Nº 183

Sans commentaire

Le rôle des sciences sociales

Le meurtre par la police la semaine dernière de Nahel, un jeune de 17 ans, livreur, racisé, habitant de Nanterre, a suscité un vif émoi dans la population. Cet assassinat a provoqué une colère légitime de la part de celles et ceux qui vivent au quotidien l’expérience croisée de différentes discriminations, la précarité, les violences de la part de l’État, et les restrictions de circulation par les contrôles policiers. Il a aussi donné lieu à une contre-mobilisation réactionnaire : une collecte en ligne a ainsi réuni plus d’un million d’euros pour soutenir le policier qui a tué Nahel ; l’extrême droite en a profité pour organiser des manifestations racistes dans plusieurs villes ; deux syndicats de police sont même allés jusqu’à développer un discours ouvertement factieux.
Ces événements nous amènent forcément à interroger le rôle des sciences sociales, alors que nous sommes réuni.e.s lors du 10e congrès de l’Association française de sociologie, dont le thème, “Intersections, circulations”, résonne tout particulièrement avec cette actualité.
Les sciences sociales, et en particulier la sociologie, ont pour vocation d’analyser le monde et de proposer des explications, mais aussi de déconstruire les discours et les pratiques qui naturalisent et justifient les différentes dominations sociales imbriquées (racisme, sexisme et exploitation notamment).
Parce qu’elles jouent ce rôle, les sciences sociales sont particulièrement importantes, et c’est pourquoi il est d’autant plus préoccupant qu’elles soient aujourd’hui attaquées, dans un contexte de montée depuis plusieurs années de la répression et de l’autoritarisme, de la militarisation du maintien de l’ordre (notamment lors des révoltes de 2005 ou plus récemment lors du mouvement des Gilets jaunes, pour ne citer que ces deux exemples).
C’est pourquoi le congrès de l’AFS rassemblé en AG le jeudi 6 juillet 2023 apporte son soutien aux revendications légitimes qui émanent des quartiers populaires : vérité, justice et égalité. L’AFS dénonce les violences policières systémiques, s’indigne contre la “justice” expéditive et la répression judiciaire lourde à laquelle nous assistons depuis plusieurs jours, et s’inquiète de la montée de l’extrême droite.

Association française de sociologie

Motion de l’Assemblée générale du 6 juillet 2023

Guignol

Je ne vais pas continuer à faire le guignol avec des gens qui me prennent pour un con.

Olivier Faure

Public Sénat, 7 juin 2023

En quelque sorte

Le discours du talent arrange ceux qui dominent, ceux qui réussissent, mais cela invisibilise les autres, retenus derrière, et ça légitime en quelque sorte l’ordre social.

Samah Karaki (docteur en neurosciences)

France Inter, 2 août 2023

Vocation

Le Figaro Magazine. Le Président Macron a essayé au début [de trouver une voie de sortie avec Poutine], et il s’est fait mener par le bout du nez…

Nicolas Sarkozy. — L’intuition du Président Macron était la bonne. Il n’a pas, hélas, été au bout, notamment à cause de la pression des pays européens de l’Est. On me dit que Vladimir Poutine n’est plus celui que j’ai connu. Je n’en suis pas convaincu. J’ai eu des dizaines de conversations avec lui. Il n’est pas irrationnel. Il faut donc prendre le risque de sortir de cette impasse, car sur ce sujet les intérêts européens ne sont pas alignés sur les intérêts américains. (…)

— Vous dites – et vous êtes le seul à oser ce mot qui fait bondir Volodymyr Zelensky – que l’Ukraine ne devrait ni entrer dans l’Union européenne ni dans l’OTAN, qu’elle devrait « rester neutre ». Mais Poutine ne fait-il pas tout pour pousser l’Ukraine dans les bras de l’Europe ?

— Il faut d’abord s’entendre sur ce qu’est la vocation de l’Ukraine. Rejoindre l’Union européenne ? Je ne le pense pas. L’Ukraine est un trait d’union entre l’Ouest et l’Est. Il faut qu’elle le reste. On est en train de faire des promesses fallacieuses qui ne seront pas tenues. À l’image de celles qui ont été faites à la Turquie pendant des décennies.
Pas seulement parce que l’Ukraine n’est pas prête et qu’elle ne répond pas aux critères fixés pour l’adhésion. Mais parce qu’elle doit rester un pays neutre. Je ne vois pas en quoi cette neutralité serait une insulte. Elle pourrait d’ailleurs être garantie par un accord international prévoyant des assurances de sécurité extrêmement fortes, pour la protéger contre tout risque de nouvelle agression.

— Elle choque ceux qui, en Europe, considèrent que l’Ukraine est européenne et en paye le prix fort…

— Je peux les comprendre, mais il faut être cohérent et surtout être réaliste. L’Ukraine a une vocation de pont entre l’Europe et la Russie. Demander à l’Ukraine de choisir entre ces deux entités me paraît contraire à l’Histoire et à la géographie de cette région si complexe. Et il serait naïf de croire que la chute de Vladimir Poutine y changerait quelque chose.

Nicolas Sarkozy

Interview au Figaro Magazine, 18 août 2023

Du mal à voir

En Occident, ils ont du mal à voir ce que le système de pouvoir russe a de nuancé, sa capacité de rationalité et de mesure, de refus de la montée aux extrêmes.

Emmanuel Todd

Sud Radio, 25 juin 2023

Fiers et heureux

S’il est une caractéristique indiscutablement de gauche à Libé, c’est la capacité de ce journal, historiquement pauvre, à prendre l’argent des riches pour se financer. Ils sont quelques-uns [Jérôme Seydoux, Édouard de Rothschild, Bruno Ledoux, Patrick Drahi], millionnaires ou milliardaires, à s’être persuadés qu’ils deviendraient chacun leur tour le propriétaire qui remettrait cet objet, incompréhensible pour eux, dans le droit chemin économique. Tous sont partis au bout de quelques années, officiellement fiers et heureux d’avoir sauvé un titre emblématique de la presse française, mais trouvant que le sacerdoce finissait par coûter quand même un peu cher…

Jérôme Leffiliâtre

Libération, 29 juillet 2023