Présentation de la revue de presse (n° 185)

Commençons cette revue de presse par un article de Francis Fukuyama sur l’état de la démocratie mondiale en 2024. État qui n’est guère brillant, car il est dominé par le retour politique de Donald Trump. On le croyait discrédité et écarté de la course présidentielle. Discrédité, il le reste, mais son énergie et son intuition profonde des passions qui animent une large partie de l’opinion américaine peuvent le faire élire une seconde fois en novembre prochain. Deux espoirs restent pour lui barrer la route : les juges et la conscience de l’opinion. On peut douter, même si on la souhaite, de la possibilité pour les juges de bloquer Trump ; la procédure le protège autant qu’elle préserve les innocents. Resterait à compter sur les Républicains modérés et à espérer qu’ils prennent conscience des conséquences de la réinstallation à la Maison-Blanche de Trump pour les États-Unis, pour le monde et surtout pour l’idée démocratique. La plus ancienne Constitution libérale et démocratique montrerait que le suffrage universel, contrairement à son rôle qui est de choisir le plus vertueux, le plus véridique et le plus avisé, peut placer à sa tête un fieffé menteur, un démagogue absolu, un ignorant vaniteux.

Alain Frachon dans l’article qui suit démontre pourquoi les mécanismes institutionnels des États-Unis sont en panne : à cause de la fascination que Trump exerce sur une large majorité du Parti républicain et de la crainte qu’il inspire à ses élus, en bloquant les compromis bipartisans traditionnels au Congrès et en transformant en parcours triomphal la procédure des primaires, tant acclamée comme un instrument de progrès démocratique dans le fonctionnement des partis politiques.

Toujours sur les États-Unis, l’article de Roger Kimball porte sur la crise de l’université Columbia provoquée par le drame du 7 octobre en Israël. Au moment où la démocratie américaine connaît une crise politique, une autre se développe dans ses universités. Kimball montre par un exemple particulier que cette crise universitaire tient à deux causes : la faiblesse des dirigeants universitaires et la diffusion d’une idéologie qui politise la vie académique et qui contredit les principes d’excellence, de sélection compétitive des professeurs et des étudiants, fondés sur le seul mérite intellectuel. Principes qui ont permis à la science et à l’éducation américaines ses immenses succès.

Venons-en, avec l’article de Galia Ackerman, au monde terrifiant de la Russie d’aujourd’hui. Elle tire la leçon de la mort d’Alexeï Navalny et cite le texte qu’il a écrit le jour de son dernier anniversaire : « La vie est ainsi faite que le progrès de notre société et un avenir meilleur ne sont possibles que si un certain nombre de gens sont prêts à payer pour le droit d’avoir des convictions. » Le courage et la dignité de Navalny doivent conduire les Européens qui, au nom de la liberté et de la justice, condamnent la politique de Poutine en Russie à ne pas oublier que leurs sentiments sont partagés par beaucoup de Russes.

Nous conclurons par deux articles qui en appellent à la raison. Gilles Andréani analyse la situation ukrainienne. Il constate que la guerre va durer, et qu’il est vain de répéter que l’Ukraine ne peut gagner et qu’elle doit négocier. Poutine ne cède rien et attend les élections américaines. Dès lors, pour l’Europe, il s’agit de moins parler et de donner à l’Ukraine les moyens de se défendre.

En France, comme le montre Éric Le Boucher, une grande question se pose, la plus importante pour l’avenir du pays. Les partis et le personnel politiques ont perdu tout sens de la cohérence budgétaire. Ils ne savent plus parler que de dépenses. Le ralentissement de la croissance offre l’occasion : il est temps, par un véritable débat national, de poser de façon précise la question du rôle de l’État et de ses limites.

Notes et références

  1. Crédits illustration : Breitformat