Présentation de la revue de presse (n° 195)

Cette revue de presse s’ouvre sur un long et remarquable article d’Édouard Balladur qui importe pour deux raisons. La première est que son auteur dispose d’une ancienne et profonde expérience politique et la seconde qu’il devrait être lu avec l’enquête ouverte dans ce numéro de la revue sur les actions à mener après l’élection présidentielle. Édouard Balladur mesure la gravité de la situation et les risques courus par l’Europe et par notre pays mis face à son destin. Ceux qui seront en charge auront-ils la clairvoyance et le courage nécessaires pour agir ? Il formule ses recommandations à propos du redressement intérieur, de l’Europe, de la libéralisation de l’économie et de l’armement nucléaire.

Olivier Babeau s’intéresse à l’opinion de Jean-Luc Mélenchon sur la dette publique et explique que le candidat à la présidence pour la quatrième fois dit n’importe quoi. Ce qui pose un problème. Mélenchon n’est dépourvu ni de courage ni de talent. Il procède en démagogue, il se rend populaire auprès des ignorants et ne cherche ni à savoir, ni à comprendre, ni à débattre. Or le succès des démagogues et le crédit qu’on leur accorde mesurent le degré de corruption d’une démocratie et l’infortune de ceux qui doivent éduquer et informer.

Nicolas Werth connaît la Russie d’aujourd’hui et publie un livre important à son sujet. On lira ses réponses à la journaliste qui l’interroge avec compétence sur la façon dont le pouvoir russe révise l’histoire du xxe siècle par « la falsification absolue du passé » et le refus d’admettre la défaite dans la Guerre froide. Refus qui fonde l’agressive cruauté à l’égard de l’Ukraine et le désir de reconstituer un empire.

Allison Schrager est une économiste américaine qui constate qu’il est plus facile de devenir riche en Amérique qu’en Europe, sans doute parce que la société américaine traite mieux les gens riches que celles des pays européens. Constatation qui passera, chez nous, pour un compliment. Mais, comme elle ajoute que les Américains de la classe moyenne vivent mieux que les Européens de cette classe et que cela s’explique en partie par le rôle, aux États-Unis, des plus fortunés en matière de risque et d’innovation, elle nous invite à réfléchir sur la croissance en Europe, comparée à celle aux États-Unis.

Sur les conseils de Bernard de Fallois, Jean-Claude Zylberstein s’est installé éditeur, puis avocat. Il est ensuite devenu un grand éditeur indépendant, travaillant dans les vieilles maisons, là où il a plaisir à travailler. Entre autres, il a republié toute l’œuvre de notre ami Allan Bloom. Il justifie ses succès en rappelant la formule de Jean Guéhenno : « Le livre est un instrument de liberté. » S’il le fait, c’est pour lutter contre le déclin de la lecture. Joignons-nous à son combat.

Et regrettons, avec François Broche, le geste du maire de Paris qui a débaptisé la place Maurice-Barrès. Cela n’est pas grave, puisque de Neuilly l’on rejoint Paris par le somptueux boulevard Maurice-Barrès, que l’écrivain-député empruntait pour rejoindre à pied l’Assemblée nationale, mais le geste est ridicule, car le maire pouvait rendre autrement la bonne intention qui l’animait. Il aurait certainement mécontenté les grands admirateurs de Barrès que furent Léon Blum, Louis Aragon, Charles de Gaulle et François Mitterrand.