Il n’est pas étonnant de commencer cette revue de presse par un portrait qui est un hommage. Cela tient au talent de l’auteur, Alain Duhamel, qui a connu Lionel Jospin et dont les jugements pondérés sur les politiques contemporains, réunis dans le livre d’où nous le tirons, offrent une somme indispensable à la réflexion politique. Cela tient aussi au sujet : Lionel Jospin a commencé trotskyste et terminé plus à droite, disons socialiste et libéral. Devenu Premier ministre il a déclaré qu’on ne reviendrait pas à l’« économie administrée ». De plus, imitant Édouard Balladur, il a beaucoup privatisé. À l’élection présidentielle de 2002, son échec tient à la gauche, puisque Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira se portèrent candidats contre lui. Pour le situer, il suffit de lire ce qu’écrivent férocement de lui Jean-Luc Mélenchon et Alain Badiou, incarnations du socialisme radical ! Si Lionel Jospin, au détriment de la compétitivité, a supporté les 35 heures, dues à l’imprévoyance de Dominique Strauss-Kahn et à l’entêtement de Martine Aubry, il n’a pas fait pire que son vainqueur, Jacques Chirac, qui a sacralisé cette redoutable erreur économique.
Le problème central de la politique mondiale aujourd’hui tient à la certitude sur le rôle des États-Unis ; aussi avons-nous retenu deux articles importants. Christopher Caldwell considère que nous sommes à une étape décisive de leur déclin impérial. Ils n’ont pas les moyens d’imposer leur volonté à l’Iran. « Ils risquent de perdre leur réputation, leurs amis ou leur âme. »
Dans l’interview qu’il donne à William Kristol, Robert Kagan pense que Trump n’a pas de stratégie cohérente au Moyen-Orient : « Il se trouve à la croisée des chemins. Il a le choix entre deux options : établir une présence militaire américaine importante et durable pour consolider les acquis de la guerre ou se retirer et laisser les choses suivre leur cours. » De ces deux options problématiques, la seconde paraît la plus vraisemblable.
L’Ifop a montré la montée de la religiosité chez les musulmans de France. On a dénoncé cette enquête comme « islamophobe ». Dans un article riche et sage, Pierre-André Taguieff suggère de s’en tenir à une vision réaliste des évolutions observables.
Terminons par l’impressionnante interview que Marcel Gauchet a donnée au journal Causeur. Elle permet de bien distinguer le néolibéralisme, objet de nos maux, du libéralisme classique. Par l’universalisation des droits individuels, le néolibéralisme met en cause l’enracinement naturel et le patriotisme rationnel. Reste à y revenir par la méditation sur l’histoire et la philosophie politique.