Le désaccord du participe passé

Par le texte qui suit Lyvann Vaté conclut la « querelle du participe passé » initiée lors de la parution dans nos pages de son article « La logique de la langue : cas d’école ».

Il répond ici à la lettre que nous avaient adressée, en réaction à son article, Anne Abeillé et Liliane Sprenger-Charolles, co-autrices du rapport « « Rationaliser l’orthographe du français pour mieux l’enseigner » », publié par le Conseil scientifique de l’Éducation nationale en juin 2024.

Commentaire

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Notes et références

  1. Elles insistent lourdement sur la quarantaine de variantes et la pluralité des exceptions, que nous indiquions d’ailleurs dans notre texte initial : tout ce que nous disions, c’est que l’existence d’exceptions n’invalide par la pertinence de la règle. C’est même le sens d’une règle générale et non universelle : elle conserve sa légitimité tout en connaissant néanmoins des exceptions.

  2. L’obstination déraisonnable de réalignement du graphème sur le phonème semble en effet occulter les possibles vertus d’un alignement, à l’inverse, de l’oral sur l’écrit (il ne s’agit pas, pour autant, de prononcer toutes les lettres de mots comme « pied » ou « pays », pour reprendre les exemples mentionnés).

  3. Arrêté du 28-12 1976 relatif aux tolérances grammaticales et orthographiques, cité par A. Abeillé et L. Sprenger-Charolles. Il est à noter que cet arrêté avait simplement pour fonction d’indiquer les cas dans lesquels on ne peut imputer de « faute » aux candidats à l’occasion des examens et concours, non de révolutionner l’enseignement du français à l’école ou d’amender les manuels scolaires dans leur ensemble. Le projet qui est ici discuté se donne un objet bien moins circonscrit.

  4. Exemple issu du point 13b de l’arrêté Haby. Dans la mesure où ni nous, ni le rapport du Conseil scientifique ne souhaite contester les tolérances précisées dans l’arrêté, nous nous étonnons qu’il y soit fait mention dans le droit de réponse et ne le mobilisons que dans la mesure où nos interlocutrices ont cru judicieux de s’appuyer sur un arrêté qui confirme en tout point la légitimité de la règle que nous défendons (au sens, du moins, où il ne revient pas dessus).

  5. Dans leur diatribe, nos interlocutrices ôtent l’accent circonflexe du mot « maitrise/maîtrise », conformément à la position qu’elles défendent depuis toujours, aux dernières révisions de la langue et à l’arrêté de 1976 qui tolèrent les deux graphies concurrentes. En l’espèce, je maintiens que la présence de l’accent circonflexe dans ce mot manifeste son affiliation étymologique et signale sa proximité avec d’autres mots (« magistral », « maestria », etc.) La proposition relative à l’accord du participe est d’une nature complètement différente puisqu’au lieu de tolérer des graphies différentes on remplacerait une règle par une autre : jamais l’arrêté Haby ni aucune autre forme de législation n’a jamais demandé une telle révision.

  6. Voir le point 9 de l’arrêté : « On est resté/restés bons amis ».

Lyvann Vaté

Lyvann Vaté

Professeur agrégé de philosophie et doctorant en philosophie politique. Il a notamment publié plusieurs travaux de théorie politique et de philosophie contemporaine dans les revues Cités (Presses universitaires de France) et Le Philosophoire (Vrin).