Alors que les avancées scientifiques se multiplient, notre époque vit une crise majeure de crédibilité scientifique. Cette polarisation entre progrès scientifique et défiance sociétale, trop souvent exploitée politiquement, nécessite une action correctrice urgente. Trois axes d’intervention s’offrent à nous : renforcer l’éducation scientifique en donnant la priorité aux méthodes sur la mémorisation de faits, promouvoir l’unité du savoir, notamment la symbiose entre science et art dans la quête de vérités nouvelles sur notre condition humaine, et développer une démocratie fondée sur la science qui articule expertise et délibération citoyenne. L’enjeu dépasse largement la simple transmission des connaissances : il s’agit de cultiver une attitude scientifique citoyenne comme orientation culturelle fondamentale.
M. V.
« L’essentiel, ce sont les méthodes… et la méthode est ce que l’on découvre en dernier lieu. »
Friedrich Nietzsche, L’Antéchrist (1895)
La science : nature et processus
La science, telle que définie par le généticien britannique Conrad Hal Waddington dans son essai The Scientific Attitude, est « la tentative organisée de l’humanité de découvrir comment les choses fonctionnent en tant que systèmes causaux1 ». Cette définition met en évidence la nature systémique et causale de la méthode scientifique, qui cherche à établir des relations de cause à effet dans notre compréhension du monde.
Le spectre de la recherche scientifique est remarquablement vaste. Comme l’a souligné l’ingénieur américain Vannevar Bush dans son influent rapport Science : The Endless Frontier (1945), ce spectre s’étend de la recherche fondamentale, motivée par la curiosité pure et la quête de compréhension, à la recherche appliquée, orientée vers la résolution de problèmes pratiques. Entre ces deux pôles existe ce que l’Américain Donald Stokes a appelé le « quadrant de Pasteur2 », c’est-à-dire une recherche fondamentale inspirée par des considérations pratiques, illustrée par les travaux de Louis Pasteur qui poursuivait simultanément la compréhension fondamentale des micro-organismes et l’application pratique de cette connaissance pour résoudre des problèmes de santé publique.
Enfin, il existe une forme de recherche qui n’est pas motivée principalement par la compréhension théorique ou l’application pratique immédiate, et qui contribue néanmoins de manière significative à l’avancement des connaissances. On pensera notamment à l’importante contribution de Charles Darwin avec sa théorie de l’évolution3. Cette diversité d’approches et de motivations constitue la très grande richesse de l’écosystème scientifique.
Traditionnellement, le chemin qui mène de la découverte fondamentale à l’application pratique – ce qu’on appelle la recherche translationnelle – est long et semé d’embûches. Les études montrent qu’il faut en moyenne 17 ans pour qu’une découverte scientifique se traduise par des applications cliniques ou technologiques bénéficiant à la société4. Ce délai considérable s’explique par les multiples étapes de validation, d’optimisation et de réglementation nécessaires pour garantir l’efficacité et la sécurité des innovations.
Cependant, au cours de l’année 2020, la preuve a été faite que ce processus pouvait être significativement accéléré lorsque les circonstances l’exigent et que les ressources adéquates sont mobilisées. Par exemple, le développement de vaccins efficaces contre le SARS-CoV-2 en moins d’un an constitue un exploit sans précédent dans l’histoire de la médecine5. Cette réalisation remarquable illustre la puissance de la science lorsqu’elle dispose des moyens nécessaires et que les barrières institutionnelles sont adaptées pour répondre à une urgence mondiale. Cependant, cette accélération exceptionnelle n’a été possible que grâce à des décennies de recherche fondamentale préalable sur les ARN messagers et les mécanismes immunitaires, soulignant l’importance cruciale de soutenir la recherche fondamentale même en l’absence d’applications immédiates évidentes.
Réformer l’éducation scientifique
Pour contrer efficacement la perte de crédibilité scientifique, il est impératif de réformer profondément notre approche de l’éducation scientifique6. Trop souvent, l’enseignement des sciences se réduit à la mémorisation de faits et de formules abstraites, sans transmettre l’essence même de la démarche scientifique. Il est crucial de mettre davantage l’accent sur les méthodes et les processus qui permettent de faire progresser les connaissances et d’aboutir à des jugements fondés sur des preuves. Cette approche pédagogique implique d’initier les étudiants, dès le plus jeune âge, à la formulation d’hypothèses, à la conception d’expériences pour les tester, à la collecte rigoureuse de données, à l’analyse critique des résultats et à la communication transparente des conclusions.
En se concentrant sur ces compétences fondamentales, l’éducation scientifique peut développer chez les citoyens une véritable pensée critique, essentielle pour naviguer dans un monde de plus en plus complexe et saturé d’informations qui sont de valeurs très inégales. En particulier, l’histoire de la science, avec ses tâtonnements, ses controverses et ses révolutions conceptuelles, constitue une ressource pédagogique précieuse pour montrer que la science est bien une entreprise humaine, collective et évolutive, et non un corpus figé de vérités immuables7.
La crédibilité de la science repose fondamentalement sur trois piliers méthodologiques essentiels : la rigueur, la robustesse et la reproductibilité, souvent désignés comme les « 3R » de la méthode scientifique8.
La rigueur implique une bonne stratégie expérimentale, une attention méticuleuse aux détails méthodologiques et une analyse statistique appropriée. Elle exige également une transparence totale quant aux hypothèses formulées et aux limites des études réalisées.
La robustesse concerne la capacité des résultats scientifiques à résister à diverses perturbations méthodologiques. Une découverte est considérée comme robuste lorsqu’elle persiste malgré des variations dans les conditions expérimentales, les méthodes d’analyse ou les populations étudiées. Cette qualité est essentielle pour distinguer les effets réels des artefacts méthodologiques.
La reproductibilité, quant à elle, constitue la pierre angulaire de la validation scientifique. Elle désigne la capacité d’une étude à être reproduite par d’autres chercheurs, dans d’autres contextes, avec des résultats comparables. La « crise de reproductibilité » qui touche certains domaines scientifiques ces dernières années souligne l’importance cruciale de ce principe9. L’enseignement de ces trois principes fondamentaux doit être renforcé à tous les niveaux de la formation scientifique. Les étudiants doivent comprendre que ces exigences méthodologiques ne sont pas des obstacles bureaucratiques, mais des garanties essentielles de la fiabilité des connaissances produites.
Dans une ère dominée par l’accessibilité à des données massives et des algorithmes complexes, la maîtrise de la pensée quantitative devient une compétence fondamentale. « Penser par les nombres10 », comme le suggère Ian Ayres dans son ouvrage Super Crunchers, implique de comprendre comment les données peuvent être collectées, analysées et interprétées pour éclairer la prise de décision. Cette approche quantitative nécessite une familiarité avec les concepts statistiques de base, une aptitude à interpréter des graphiques et des tableaux et une capacité à bien distinguer les corrélations des relations causales. Elle exige également une compréhension intuitive des ordres de grandeur et une prise de conscience des incertitudes inhérentes à toute mesure.
Parallèlement, l’importance des contrôles expérimentaux doit être soulignée comme un aspect central de la méthode scientifique11. Un contrôle bien conçu permet d’isoler l’effet spécifique d’une variable en neutralisant l’influence potentielle de facteurs confondants. La comparaison entre groupes expérimentaux et groupes contrôles constitue l’un des moyens les plus puissants pour établir des relations causales fiables. Ces principes méthodologiques ne sont pas réservés aux scientifiques professionnels ; ils représentent des outils intellectuels précieux pour tout citoyen souhaitant évaluer de manière critique les informations multiples et variées auxquelles il est confronté quotidiennement.
L’éducation scientifique doit mettre en évidence cette différence fondamentale entre ce qui nous semble intuitivement vrai et ce que les preuves empiriques soutiennent.
La distinction entre vérité scientifique (truth) et ce que le satiriste politique américain Stephen Colbert appelle truthiness12 est devenue particulièrement pertinente dans notre ère de post-vérité. Le terme truthiness désigne cette aptitude qui fait qu’une affirmation semble vraie en fonction de nos intuitions ou de nos préférences, indépendamment des preuves objectives qui la soutiennent. La science, en revanche, s’attache à établir des vérités fondées sur des observations systématiques, des expériences contrôlées et des raisonnements logiques rigoureux. Elle reconnaît que nos intuitions et nos biais cognitifs peuvent nous induire en erreur, et elle développe des méthodologies spécifiquement conçues pour minimiser ces sources d’erreur.
L’éducation scientifique doit mettre en évidence cette différence fondamentale entre ce qui nous semble intuitivement vrai et ce que les preuves empiriques soutiennent. Elle doit cultiver une saine méfiance envers les certitudes non examinées et encourager une attitude d’humilité épistémique – la reconnaissance que nos connaissances sont toujours provisoires et susceptibles d’être révisées à la lumière de nouvelles preuves. Cette distinction est particulièrement importante dans un contexte où les médias sociaux et autres plateformes numériques permettent une diffusion sans précédent d’informations non vérifiées, le plus souvent conçues pour provoquer des réactions émotionnelles plutôt que pour informer le citoyen de manière objective. Cette problématique est analysée en profondeur par Cailin O’Connor et James Owen Weatherall dans leur essai The Misinformation Age : How False Beliefs Spread13.
Promouvoir l’unité du savoir
Le concept de consilience, popularisé par le biologiste américain Edward Wilson14, fait référence à l’unité fondamentale de la connaissance humaine, au-delà des frontières disciplinaires traditionnelles. Selon cette perspective, les différents domaines du savoir – des sciences naturelles aux sciences sociales, en passant par les arts – partagent une cohérence profonde et peuvent s’enrichir mutuellement. Cette vision s’oppose à la fragmentation croissante des savoirs qui caractérise l’hyperspécialisation académique contemporaine.
En effet, bien que la spécialisation ait permis des avancées considérables dans de nombreux domaines, elle a également créé des silos intellectuels qui limitent notre capacité à appréhender les problèmes complexes nécessitant une approche intégrée. La promotion de la consilience implique le développement de cadres conceptuels permettant d’établir des ponts entre différentes disciplines. Par exemple, les avancées en neuroscience peuvent éclairer notre compréhension de l’expérience esthétique, tandis que les perspectives issues des sciences sociales peuvent enrichir notre réflexion sur les implications éthiques des nouvelles technologies.
Les grands défis contemporains – du changement climatique aux pandémies, en passant par les inégalités sociales – exigent précisément cette approche intégrée, capable de mobiliser des connaissances issues de multiples disciplines et de les articuler de manière cohérente. Edgar Morin, dans sa pensée de la complexité, propose le concept de « reliance » qui va au-delà de la simple interdisciplinarité pour créer des liens organiques entre les savoirs15. Cette « reliance » permet de tisser ensemble les connaissances séparées et de dépasser la fragmentation du savoir pour appréhender la complexité du réel dans sa globalité.
Contrairement à une vision répandue qui oppose art et science comme des domaines antithétiques, ces deux formes d’activité humaine partagent des affinités profondes. Comme le souligne le Prix Nobel de médecine Eric Kandel dans The Age of Insight : The Quest to Understand the Unconscious in Art, Mind, and Brain16, la fonction des artistes, tout comme celle des scientifiques, n’est pas simplement de véhiculer la beauté mais de révéler de nouvelles vérités sur notre monde et notre condition. Les grands artistes, à l’instar des scientifiques, s’efforcent de déconstruire les apparences superficielles pour accéder à des réalités plus profondes.
La relation entre mathématiques et musique constitue l’une des illustrations les plus éloquentes de la consilience des savoirs17. En termes culturels, la reconnaissance de cette alliance entre deux domaines souvent perçus comme antithétiques – l’abstraction mathématique rationnelle d’un côté, l’expression musicale émotionnelle de l’autre – contribue à dépasser la dichotomie artificielle entre « sciences dures » et « humanités ». Cette complémentarité entre démarches scientifique et artistique peut être exploitée en pédagogie pour enrichir l’éducation dans ces deux domaines. En effet, les méthodes d’enseignement intégrant art et science stimulent la créativité, encouragent la pensée divergente et permettent d’aborder les concepts abstraits sous des angles multiples, facilitant ainsi leur compréhension approfondie. De plus, l’art constitue un puissant médium pour communiquer des idées scientifiques complexes à un public large, contribuant ainsi à renforcer la culture scientifique générale de la société18.
La méthode scientifique, loin d’être confinée aux sciences naturelles, peut servir de cadre méthodologique commun à travers un large éventail de disciplines. Ses principes fondamentaux – formuler des hypothèses testables, collecter des données systématiques, analyser ces données de manière rigoureuse et réviser les théories à la lumière des résultats expérimentaux – peuvent être adaptés et appliqués à de nombreux domaines d’investigation. Dans les sciences sociales, par exemple, l’adoption de méthodes expérimentales rigoureuses a permis des avancées significatives dans notre compréhension du comportement humain, des processus cognitifs et des dynamiques sociales. De même, l’approche quantitative et empirique a renouvelé certains domaines des humanités, comme l’histoire ou la littérature, à travers l’analyse computationnelle de vastes corpus textuels ou l’étude statistique de tendances historiques sur le long terme. Cette transversalité méthodologique ne signifie pas l’imposition d’un modèle unique et rigide à toutes les formes de savoir. Elle suggère plutôt la possibilité d’un dialogue méthodologique fécond, permettant à différentes traditions intellectuelles de s’enrichir mutuellement tout en maintenant leurs identités distinctes. En promouvant cette vision de la méthode scientifique comme langage commun entre disciplines, nous pouvons contribuer à surmonter les clivages intellectuels qui fragmentent notre compréhension du monde.
Vers une démocratie fondée sur la science
Dans le contexte actuel de défiance envers les experts et de polarisation politique croissante, la question de l’articulation entre expertise scientifique et prise de décision démocratique se pose avec une acuité particulière. L’idée d’une « démocratie fondée sur la science », telle que proposée par le philosophe des sciences Philip Kitcher19, vise à dépasser l’apparente contradiction entre ces deux sources de légitimité. Cette approche ne consiste pas à remplacer la démocratie par une technocratie où les décisions seraient prises exclusivement par des experts scientifiques, mais plutôt à enrichir nos processus démocratiques avec les valeurs et méthodologies scientifiques. Elle implique la création d’espaces délibératifs où citoyens et experts peuvent dialoguer de manière constructive, dans un cadre favorisant la rationalité, l’examen critique des arguments et la prise en compte des preuves empiriques. Ces dispositifs permettent aux citoyens de s’approprier les connaissances pertinentes, de poser des questions aux experts et de formuler collectivement des recommandations politiques informées. La légitimité des décisions ainsi prises repose non pas sur l’autorité des experts, mais sur la qualité du processus délibératif lui-même et sur la capacité des participants à intégrer différentes formes de savoirs – scientifiques, expérientiels, éthiques – dans leur réflexion collective20.
La prolifération de la désinformation constitue l’un des défis majeurs pour la crédibilité scientifique et pour la qualité du débat démocratique. Comme l’ont analysé Cailin O’Connor et James Owen Weatherall dans The Misinformation Age, les mécanismes de propagation des fausses informations sont complexes et profondément enracinés dans nos structures sociales et cognitives. Face à ce défi, une approche purement factuelle, consistant à opposer les « vrais faits » aux « faits alternatifs », s’avère souvent inefficace voire contreproductive. Une stratégie plus prometteuse consiste à s’attaquer aux racines structurelles de la désinformation : renforcer l’éducation scientifique des professionnels de l’information et des médias, leur permettant ainsi d’évaluer de manière critique la fiabilité des sources et la qualité des arguments ; promouvoir la transparence dans le processus scientifique, afin de rendre visible la manière dont les connaissances sont produites, validées et révisées ; développer des plateformes et des formats de communication scientifique adaptés aux différents publics, en prenant en compte leurs préoccupations et leurs cadres de référence ; encourager les chercheurs à s’engager dans le débat public et à communiquer directement avec les citoyens, sans intermédiaires déformants. Ces approches reconnaissent que la confiance dans la science ne peut être imposée d’en haut, mais doit être reconstruite par un engagement authentique avec les préoccupations et les perspectives diverses qui existent au sein de la société.
L’avènement de l’intelligence artificielle (IA) représente à la fois une opportunité extraordinaire et un défi majeur pour notre civilisation fondée sur la connaissance21. Les systèmes d’IA transforment rapidement nos capacités de recherche scientifique, d’analyse de données et de résolution de problèmes complexes. Cependant, ces technologies soulèvent également des questions fondamentales concernant notre future relation à la connaissance et à la vérité scientifique. Ces préoccupations rejoignent celles exprimées par de nombreux chercheurs et éthiciens qui craignent que les systèmes d’IA, s’ils sont développés sans supervision éthique adéquate, puissent exacerber les inégalités sociales, menacer l’emploi, compromettre la vie privée et potentiellement échapper au contrôle humain. Face à ces défis, il devient crucial d’intégrer les perspectives éthiques et les considérations de justice sociale dans le développement même des technologies d’IA. Cela implique de garantir la transparence des algorithmes, la diversité des équipes de développement, et la participation démocratique dans la gouvernance de ces technologies transformatives.
Au-delà des institutions et des politiques spécifiques, Conrad Hal Waddington plaidait pour l’adoption de l’attitude scientifique comme orientation culturelle fondamentale de nos sociétés. Cette attitude, caractérisée par la curiosité, l’ouverture d’esprit, la rigueur intellectuelle et la disposition à réviser ses croyances à la lumière de nouvelles preuves, constitue un antidote puissant contre le dogmatisme, le sectarisme et le fanatisme qui menacent la cohésion sociale. Contrairement à certaines caricatures, l’attitude scientifique authentique est profondément humaniste. Comme le soulignait Waddington, elle est « tolérante, amicale et humaine ». Elle reconnaît les limites de nos connaissances actuelles et la faillibilité de notre compréhension, tout en maintenant la conviction que, par un effort collectif et systématique, nous pouvons progressivement améliorer notre compréhension du monde. Cette attitude n’est pas l’apanage des scientifiques professionnels. Elle peut et doit être cultivée chez tous les citoyens. Elle implique une disposition à écouter attentivement les arguments contraires, à rechercher activement des preuves susceptibles de contredire nos convictions et à modifier nos positions lorsque les données l’exigent. En tant qu’inspiration culturelle dominante, l’attitude scientifique influence déjà profondément de nombreux domaines de la création humaine, y compris les arts. De nombreux artistes contemporains puisent dans les concepts, les méthodes et les découvertes scientifiques pour nourrir leur pratique créative, illustrant la fertilité de cette intersection entre science et art.
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Face aux défis contemporains que constituent la désinformation massive et la méfiance croissante envers les institutions scientifiques, il est crucial de réaffirmer la valeur fondamentale de la démarche scientifique dans notre société. Cette réaffirmation ne signifie pas un retour naïf à une conception positiviste simpliste de la science comme source de vérités absolues et définitives. Elle implique plutôt une compréhension nuancée de l’entreprise scientifique comme processus collectif, historiquement situé et toujours provisoire, et néanmoins capable de produire des connaissances fiables et des avancées significatives pour l’humanité. En renforçant l’éducation scientifique – non seulement à travers la transmission de connaissances factuelles, mais surtout par l’enseignement des méthodes et des valeurs qui sous-tendent la production de ces connaissances –, nous pouvons équiper les citoyens des outils intellectuels nécessaires pour naviguer dans un monde complexe et saturé d’informations contradictoires. En promouvant une vision unifiée de la connaissance, qui transcende les clivages disciplinaires traditionnels et reconnaît les complémentarités entre science, humanités et art, nous pouvons enrichir notre compréhension globale des phénomènes complexes qui nous confrontent aujourd’hui, tels que les pandémies ou le changement climatique.
Enfin, en développant des modèles de gouvernance qui articulent de manière constructive l’expertise scientifique et la délibération démocratique, nous pouvons espérer prendre des décisions collectives plus éclairées et plus légitimes sur les grandes questions contemporaines. La science n’est pas simplement un corpus de connaissances spécialisées, mais une attitude authentique face au monde et une manière de vivre qui, si elle est pleinement embrassée, peut nous conduire vers un avenir plus rationnel, plus solidaire et plus humain.