Sur l'Inde et sur la Chine

La lettre du vendredi 27 septembre 2019

Christophe Jaffrelot, ancien directeur du CERI à Sciences Po, directeur de recherche au CNRS, a publié en 2019 un important ouvrage sur L’Inde de Modi. National-populisme et démocratie ethnique (Fayard, 2019), a dirigé L’Inde contemporaine. De 1990 à aujourd’hui, (Pluriel, 2019) et codirigé Pouvoirs populistes (Presses de Sciences Po, 2019). Son article « Inde : triomphe du national-populisme » a paru dans notre numéro d’automne et il a bien voulu revenir pour nos lecteurs, dans cette lettre du vendredi, sur la situation actuelle de l’Inde. Mais on ne peut parler de l’Inde sans parler aussi de la Chine. Aussi nos lecteurs trouveront-ils dans cette lettre  des renvois à plusieurs de nos articles traitant de ces deux puissances majeures.

 

L’Inde, du national-populisme au « security state » ?

 L’article que je publie dans Commentaire ce mois-ci et l’ouvrage qui l’a précédé de quelques mois, L’Inde de Modi (Fayard), analysent le passage de l’Inde du multiculturalisme hérité de Gandhi et Nehru à une forme de démocratie ethnique ravalant les minorités, de fait sinon de droit, au rang de citoyens de seconde zone. L’artisan de cette transformation n’est autre que le Premier ministre Narendra Modi, qui a pris le pouvoir en 2014 sur la base, notamment, d’un répertoire national-populiste défendant les intérêts et l’identité de la majorité hindoue et en jouant sur la peur de l’autre, le musulman.

Les élections de 2019 ont fait franchir à l’Inde une étape de plus dans cette direction. La campagne de Modi a en effet pris un tour sécuritaire, à la suite de l’attentat suicide d’un jihadiste à Pulwama (Jammu-et-Cachemire), qui s’est traduit par la mort de quarante soldats indiens. Modi y a répliqué par des frappes aériennes d’une audace inouïe qui visaient un camp d’entraînement islamiste en territoire pakistanais. Ce coup d’éclat a suscité une vague d’hystérie nationaliste relayée et amplifiée par des chaînes d’information continue dépourvue de toute éthique journalistique.

Si Modi a cherché à exploiter le registre nationaliste à ce point, c’est qu’il ne pouvait guère compter sur ses résultats économiques pour obtenir un deuxième mandat. Les promesses électorales de 2014 en termes de création d’emplois étaient notamment restées lettre morte, le chômage atteignant des niveaux inégalés depuis 45 ans.

Or la situation risque encore d’empirer sur ce front étant donné la chute du taux d’investissement (passé sous la barre des 30 % du PNB), le niveau des capacités inutilisées  dans l’industrie (25 % en moyenne), la chute de la consommation en milieu rural – victime d’une crise agricole profonde –, l’ampleur des créances douteuses grevant le bilan des banques et la baisse du taux d’épargne, l’érosion des exportations en dépit de la glissade de la roupie, passée de 53 à 72 pour un dollar en quelques années.

Dans ces conditions, le coup de force réalisé au Jammu et Cachemire – seul État de l’Inde à majorité musulmane – en août dernier revêt un relief particulier. L’abolition brutale du statut d’autonomie dont jouissait cet État et l’arrestation de centaines d’opposants politiques suggèrent en effet que Narendra Modi va continuer à jouer sur la fibre nationaliste hindoue pour compenser de piètres résultats économiques. Cela suffira-t-il pour garder le pouvoir ? Une aventure sécuritaire ou militaire plus poussée encore sera-t-elle nécessaire ? L’avenir nous le dira bientôt…

Christophe Jaffrelot

Inde : triomphe du national-populisme

Christophe Jaffrelot 
N° 167 Automne 2019

Les élections générales qui se sont tenues en Inde au printemps dernier ont permis au BJP, le parti du Premier ministre sortant, Narendra Modi, de conforter son caractère hégémonique. Cette victoire est moins celle de sa politique économique et sociale dont les résultats sont pour le moins mitigés que celle d’un national-populisme reposant sur l’argument sécuritaire et le besoin d’un homme fort. Ces thèmes, à grand renfort de propagande, ont séduit des électeurs issus de tous les milieux sociaux – et peu convaincus par l’opposition. Le nouveau Parlement consacre le retour des hautes castes au pouvoir et la croissance du nombre de députés en délicatesse avec la justice. [Lire la suite]

 

L'Inde aux urnes. La prégnance du régional et du vote ethnique

Christophe Jaffrelot et Gilles Verniers
N° 127 Automne 2009

Commencées le 13 avril 2009 , les élections indiennes se sont terminées le 16 mai dans la plus grande indifférence des médias occidentaux. Ce scrutin, pourtant, est en lui-même sensationnel car non seulement 714 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes, mais aussi 60 % d’entre eux environ ont voté – ce qui est fort appréciable – et que les électeurs ont reconduit au pouvoir le Parti du Congrès alors que l’habitude était, depuis vingt ans, de « sortir les sortants ». [Lire gratuitement la suite]

 

La montée en puissance de l'Asie

Pierre Buhler
N° 111 Automne 2005

« L’Inde est l'une des rares nations qui aient les ressources et la capacité de tenir debout par elles- mêmes. Aujourd'hui, probablement, seuls les États-Unis et l'Union soviétique sont dans ce cas. » C'est dans sa cellule de prison que Jawaharlal Nehru rédige, en 1944, ces lignes. Le Royaume-Uni, ajoute-t-il, sera affaibli par la dispersion de son Empire. Et seules « la Chine et l'Inde sont potentiellement capables de rejoindre ce groupe. Chacune est compacte, homogène, pleine de richesses naturelles, de main-d'œuvre, de talent humain et de capacités ». Cette vision semble, au lendemain de la guerre, incongrue dans le paysage politique de l'Asie. Plus de la moitié de l'humanité y vit, mais ce sont pour l'essentiel des masses indigentes ployant sous la misère et la croissance démographique, en proie à la guerre civile ou toujours sous le joug colonial. Un demi-siècle plus tard, la population de la Chine a plus que doublé, celle de l'Inde pratiquement triplé, et les deux pays représentent à eux seuls plus du tiers de la population mondiale. Les héritiers de Mao ont respectueusement enterré le maoïsme et ceux de Nehru ont fait de même avec le modèle archaïque de planification à l'indienne. [Lire la suite]

 

Un avertissement venu d'Asie ? Le nucléaire au prochain siècle

Thérèse Delpech
N° 84 Hiver 1998

Les explosions nucléaires indiennes qui ont eu lieu dans le désert du Rajasthan le 11 mai dernier ne faisaient pas partie des plans des chantres du nouvel ordre mondial du début des années quatre-vingt-dix. Elles apportent pourtant, sur la sécurité du prochain siècle, un éclairage aussi intéressant que la chute du mur de Berlin. Mais comme elles se sont produites en Asie, dans une partie du monde qui a peu de raisons de suivre le rythme de nos réconciliations occidentales, le message est un peu différent. Il ne s'agit pas de sécurité collective, et moins encore de rapprochement. C'est la rivalité naissante des deux géants asiatiques, l'Inde et la Chine, qui est ainsi annoncée à un Occident incrédule. A force de prophétiser l'avènement d'un monde multipolaire, on aurait pu se douter que l'Inde aurait une place dans ce nouvel ensemble, et que celle-ci ne serait pas mesquine. Mais bien peu d'analyses ont été consacrées aux différents pôles en question, et surtout aux relations qu'ils pourront entretenir. C'est pourtant là, du point de vue stratégique, une question essentielle. [Lire la suite]

 

La diplomatie (en Chine) n'est pas un dîner de gala

René Viénet
N° 166 Été 2019

 Cet article est plus qu'un compte rendu des mémoires de Claude Martin, publiés sous le titre : La diplomatie n'est pas un dîner de gala (Éditions de l'Aube, 2018, 946 pages), car il est d'un style et d'une vigueur amusée propres à son auteur, René Viénet, mais c'est aussi un propos rare dans le genre de l'exercice qui consiste à parler d'un livre. René Viénet profite de l'occasion pour se distraire et distraire ses lecteurs en réglant quelques vieux comptes, de plus d'un siècle, et d'autres plus récents, avec des diplomates, des ministres et des spécialistes des relations avec la Chine, qui manifestement ne sont pas de son goût. Nous lui laissons la liberté de ses appréciations et, à nos lecteurs, celle de les apprécier. [Lire la suite]

 

Chine

Jean-Luc Domenach
N° 121 Printemps 2008

Depuis trente ans, l’évolution chinoise n’a jamais été prévue. On devrait se préoccuper de cette série d’erreurs ou d’imprévisions. [Lire gratuitement la suite]

 

Anatomie d'une dictature post-totalitaire
La Chine d'aujourd'hui

Simon Leys
N° 137 Printemps 2012

 Les essais de Liu Xiaobo sur la Chine d'aujourd'hui permettent de faire l'anatomie d'une dictature post-totalitaire. De la décrire et d'en comprendre la pathologie. Le texte que nous publions ici, et que l'auteur a bien voulu nous confier, fera partie de son livre, Le Studio de l'inutilité, à paraître ce printemps aux éditions Flammarion. [Lire la suite]

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