Revenir aux classiques

La lettre du vendredi 30 mars 2018

Depuis quarante ans, Commentaire a pris l’initiative de publier des articles que nous pouvons appeler des classiques, au sens où ils méritent d’être relus régulièrement.
En voici un échantillon  :

Winston Churchill

n° 132, hiver 2010-2011

Pour le soixante-dixième anniversaire de 1940, il fallait rendre hommage à Churchill, qui fut, comme dirait Time Magazine, « l'homme de l'année quarante ». Il existait un texte de lui, jamais traduit en français, émouvant, plein de tact, d'humour, de clairvoyance politique et de sens historique, The Dream. Il date de 1947 ou 1948. Il a été publié par le Sunday Telegraph, le 30 janvier 1966, et repris dans diverses éditions des œuvres de Churchill. Nous connaissions ce texte. Thérèse Delpech aussi, qui a proposé de le traduire. Nous en avons acheté le droit au représentant de l'Estate of Sir Winston Churchill, et nous sommes heureux d'offrir cette version française à nos lecteurs.

COMMENTAIRE

Benedetto Croce

n° 101, printemps 2003

Ce texte de Benedetto Croce (1866-1952) date de 1942. Tous les Italiens cultivés le connaissent et il mérite d'être connu en France. Croce l'a publié dans le premier volume de ses Discorsi di varia filosofia (vol. I, p. 11-23, Laterza, Bari, 1945). Il a été repris, ensuite, dans la plupart des anthologies du philosophe, notamment dans La Mia Filosofia (a cura di Giuseppe Calasso, Adelphi, Milan, 1973, p. 38-53). Cet essai répond à un livre de Bertrand Russell, Why I am not a Christian (1927), ce qui explique le titre choisi par Croce. Nous publions la traduction de l'article avec l'aimable autorisation des héritiers de Benedetto Croce que nous remercions.

COMMENTAIRE

Emmanuel Kant

(et l'ineffable Barère)

 

n° 93, printemps 2001

Le texte de Kant que l'on va lire est une de ses dernières publications. Il a paru en 1800. Il s'intitule Post-scriptum d'un ami (Nachschrift eines Freundes). On trouvera le texte dans le vol. VIII de l'édition des Œuvres complètes de Kant par l'Académie de Berlin (1902, rééd. 1968), p. 443-446. À notre connaissance il n'avait jamais été traduit en français. Il tient en une page. Kant l'a rédigé à propos de l'ouvrage de Christian Gottlieb Mielckes, Littauisch-deutschen und deutsch-littauischen Wôrterbuch (Dictionnaire lituanien-allemand et allemand-lituanien). Kant esquisse un portrait des Lituaniens prussiens et prend partie pour que soit préservée la spécificité de leur caractère et maintenue la pureté de leur langue, autant à l'école primaire qu'à l'Université. Pour Kant, en effet, une République doit tendre à fédérer des peuples et des hommes libres.
On pourra comparer ce texte à celui d'un républicain d'un autre genre, le Conventionnel Barère. Comme il est moins connu, quelques mots le concernant sont nécessaires. Né en 1755, il vint de Tarbes à Paris où il joua un grand rôle pendant la Révolution. Constitutionnel et modéré, il obtint qu'on laisse intacte, sous le nom de département des Hautes-Pyrénées, l'ancienne province de Bigorre (dans laquelle il se laissait nommer Barère de Vieuzac). À la Convention, il fut girondin, puis se rallia à Robespierre. Comme il parlait et écrivait facilement, on le surnomma « l'Anacréon de la guillotine ». Il présida la Convention pour le procès du Roi. Son terrorisme forcené s'exprima dans un rapport au Comité de salut public du 5 septembre 1793 sur l'armée révolutionnaire. Il suggèra de ne pas faire prisonniers, dans les combats, les soldats anglais, mais de les exécuter. Il devint ainsi le premier théoricien du crime pour l'humanité. Membre du Comité de salut public, il participa à l'épuration de ses amis girondins. Orateur infatigable, il loua les mérites littéraires de Robespierre et, bien qu'il n'ait jamais participé à aucune bataille, exhorta nos armées, dans un genre oratoire nouveau qu'on appela les Carmagnoles, comme on dit les Philippiques. Il ne consacra pas uniquement son talent à la guerre étrangère, la guerre intérieure le préoccupa autant. Le rapport que l'on va lire, lui aussi destiné au Comité de salut public, concerne les langues régionales et la nécessité de les éradiquer. II date du 27 janvier 1794 (8 pluviôse an II). Il se passe de commentaire.
Le reste de sa vie fut édifiant. Au 9 thermidor, il abandonna Robespierre et rédigea, serviteur dans l'âme, le rapport sur sa mise hors la loi. Malgré ce revirement, ou grâce à lui, il fut déporté et put ainsi, dit Aulard, « prolonger dans toutes sortes de vicissitudes une vie sans dignité ». Bonaparte, qui s'était amusé de ses discours patriotiques, l'utilisa à un rang subalterne dans la police des renseignements généraux.

J.-C. C.

Samuel P. Huntington

n° 66, été 1994

La majeure partie de cette livraison de Commentaire est consacrée à l'état du monde après la fin de la guerre froide et à son avenir au XXIe siècle.
Nous avons publié dans le numéro 47 (automne 1989) le grand article de Francis Fukuyama sur la de l'histoire en le faisant suivre d'un débat entre spécialistes américains et européens.
Nous ouvrons ce numéro avec un article, important, de Samuel P. Huntington. D'abord publié en anglais par Foreign Affairs (été 1993), ce texte a connu un grand retentissement aux États-Unis. L'auteur, professeur à Harvard, est un des plus brillants et des plus célèbres analystes politiques des États-Unis.
Nous l'avons fait suivre d'une discussion par des auteurs européens et américains: Daniel Bell, Alain Besançon, François Duchêne, André Fontaine, Pierre Hassner, William Pfaff, Giuseppe Sacco.
C'est avec la même attention à l'égard du monde qui vient que nos lecteurs liront les articles qui suivent cette controverse et qui portent sur l'Asie, la Russie et la construction de l'Europe.
En contrepoint, ils noteront que nous célébrons le tricentenaire de la naissance de Voltaire (1694) en republiant un texte trop ignoré : Le Discours aux Welches. Écrit destiné à ramener les Français à la raison et à les préserver des préjugés nationalistes, de la vanité dont naissent ces passions et des défauts qu'elles engendrent.

COMMENTAIRE

Raymond Aron

n° 64, hiver 1993

L'essai qui suit a été écrit par Raymond Aron en 1976 pour les Mélanges – le Festschrift – en l'honneur de Manès Sperber, son vieil ami. Nous en publions le texte original tiré des archives Raymond Aron. Il fut à l'époque traduit et publié en allemand à Vienne et en anglais dans une revue publiée à Londres et dirigée par le regretté Leo Labedz. En 1976, en France, nous ne disposions d'aucune revue dans laquelle cet article aurait pu être publié : Preuves, Le Contrat social avaient cessé de paraître, et Contrepoint (première manière) également.
Le communisme a disparu. Soljénitsyne s'apprête à rentrer en Russie. Sartre est mort. Les jeunes gens d'aujourd'hui liront ce texte et sauront ainsi que penser de la formule fameuse selon laquelle « il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron ».

COMMENTAIRE

Saul Bellow

n° 60, hiver 1992

Allan Bloom avait choisi pour nous cet article de son ami Saul Bellow. Il nous avait suggéré d'en publier la traduction française et nous convînmes cet été que la probable élection de Clinton rendait cette publication, que la qualité de l'article imposait, encore plus opportune. Non point qu'il faille faire la moindre comparaison entre Roosevelt et le nouveau Président, qui diffèrent l'un de l'autre à tant d'égard, mais parce que le lecteur français pourra, par un utile aller et retour dans le temps, réfléchir à cette façon américaine de comprendre la politique et d'espérer en elle. La Grande dépression servit de détonateur à une révolution et engendra en Franklin Delano Roosevelt un homme exceptionnel. Il enseigna à ses compatriotes à vaincre, leurs peurs. Et par l'extraordinaire activité qu'il déploya, dès les premiers mois d'exercice de son mandat, il leur insuffla un espoir nouveau. Miracle en démocratie, il rayonna sur chacun, partout, jusque sur la tête d'un jeune écrivain vivant à Chicago...

COMMENTAIRE

Francis Fukuyama

n° 47, automne 1989

Francis Fukuyama a rédigé cet article après une conférence prononcée au Olin Center de l’université de Chicago. Il tient à exprimer sa reconnaissance aux professeurs Nathan Tarcov et Allan Bloom qui le dirigent. Les opinions qu’il exprime ne reflètent ni celles de la Rand Corporation à laquelle il a appartenu, ni celles du service de planification du département d’État américain dont il est directeur adjoint.
Nous publions dans ce numéro les commentaires d’Allan Bloom, Pierre Hassner et Alain Besançon.

COMMENTAIRE

Simon Leys

n° 24, hiver 1983-1984 et n° 25, printemps 1984

On a peine à croire qu'il y a déjà trente-trois ans qu'Orwell dort dans son petit cimetière campagnard. Ce mort continue à nous parler avec plus de force et de clarté que la plupart des commentateurs et politiciens dont nous pouvons lire la prose dans le journal du matin. Et pourtant, en France, il demeure sinon inconnu, du moins largement mécompris. Est-ce seulement un effet de l'incurable provincialisme culturel de ce pays ? En fait, le malentendu qui l'entoure ici doit avoir également des causes politiques, semblables peut-être à celles qui permirent jadis à Sartre et Beauvoir d'excommunier si durablement des rangs de l'intelligentsia bien-pensante un Camus ou un Koestler, coupables de la même lucidité…

S. L.

Cicéron

n° 21, printemps 1983

Quintus Tullius Cicero, frère unique de Marcus Tullius, est né en 102 (avant J.-C.). S'il reçut la même éducation que son frère aîné, à Rome et à Athènes, il n'en eut ni le génie, ni la gloire. Magistrat et soldat, il connut simplement les étapes de la course aux honneurs : tour à tour édile, prêteur, gouverneur en Asie, légat de César en Gaule. Là il combattit les Nerviens et César loua son courage. Il prit part, sans doute, au siège d'Alésia et, après la victoire, conduisit une légion tenir ses quartiers d'hiver derrière la Saône. En 51, en Cilicie, il servit de lieutenant à son frère. Ils revinrent à Rome ensemble, à la veille de la guerre civile. Il prit le parti de Pompée. Comme son frère il se déclara contre Antoine, et comme son frère il fut victime de la vengeance d'Antoine. Trahi par ses esclaves, il mourut assassiné, avec son propre fils, en 43. On connaît de lui quelques lettres et un court traité, le De petitione consulatus, qui prend la forme d'une lettre adressée à son frère en 64, an de Rome 690, alors que Marcus Tullius briguait le consulat. On dit que la première lettre de Ciceron à son frère Quintus est en quelque sorte la réponse à ce traité et son pendant. Adressée au gouverneur de la province d'Asie, cette lettre emporte de sages conseils d'administration, d'équité et de calme (Quintus était passionné). Mais elle ne contient aucune allusion à la Demande de consulat. Aussi certains doutent-ils de l'authenticité du court traité de Quintus. En est-il bien l'auteur ? A-t-elle bien été écrite à la fin de la République ? Peu importe. Depuis des siècles, la Demande de consulat tient lieu de classique sur la conduite d'une élection. La première traduction française a paru en 1583, à la suite du De officiis. La seconde figure dans l'édition Nizard des Œuvres de Cicéron (vol. IV, 1881). L'auteur en est Eusèbe Salverte. C'est elle que nous reproduisons.
Pourquoi publier ce texte ? Parce que la République romaine tient une place maîtresse dans l'histoire de la liberté. Et qu'à ces racines antiques de la liberté nous devons l'institution fondamentale de l'élection. Avec ce que l'élection implique : la candidature, la lutte politique, les partis, l'éloquence des joutes civiques ; mais aussi l'ambition, l'intrigue, la ruse, le règne de l'opinion, la fragilité de ses faveurs, la discorde. La réflexion sur l'élection appelle cette combinaison de pessimisme et de vertu qui est le propre des Latins en politique et particulièrement en politique démocratique. Sans doute les moeurs de l'élection obscurcissent-elles, parfois, l'utopie démocratique. Et pourtant : sans élection, ni liberté, ni république. Sans elle : des vices bien plus grands. « Lorsque le peuple n'eut plus rien à donner, et que le Prince, au nom du Sénat, disposa de tous les emplois, on les demanda et on les obtint par des voies indignes : la flatterie, l'infamie, les crimes furent des arts nécessaires pour y parvenir » (Montesquieu).

J.-C. C.

Jean-Paul Sartre

n° 11, automne 1980

Dans un des cahiers que l'École normale supérieure mettait à notre disposition, il y a une soixantaine d'années, j'ai retrouvé, écrit sur le papier jaune, un poème que Jean-Paul Sartre m'avait donné.

Raymond Aron

Alexandre Kojève

n° 9, printemps 1980

Ce texte est tiré d'une conférence prononcée en allemand, à Dusseldorf, le 16 janvier 1957. Elle ne fut jamais publiée. Kojève distribua la version française à quelques amis. Le titre en était Le colonialisme dans une perspective européenne. L'essentiel de l'exposé portait sur les relations entre les pays capitalistes développés et le Tiers-Monde. Kojève annonçait la mort du colonialisme traditionnel et l'apparition d'un colonialisme donnant, c'est-à-dire qui donne aux pays sous-développés plus qu'il n'en reçoit. La transformation du colonialisme avait été précédée par celle, encore plus radicale, du capitalisme. Celle-ci tenait à ce que Marx avait eu raison, mais que Ford avait été son seul prophète. C'est ce que Kojève explique dans les lignes qui suivent, en précisant que ses « plaisanteries ont un fond sérieux et une intention pédagogique ». Ce texte correspond à la première partie de son exposé. Nous avons ajouté le titre et les sous-titres.

J.-C. C

Leszek Kolakowski

n° 4, hiver 1978-1978 et n° 132, hiver 2010-2011

Avancez vers l'arrière s'il vous plaît ! Telle est la traduction approximative d'une injonction que j'entendis un jour dans un tramway de Varsovie. Je propose d'en faire le mot d'ordre d'une puissante Internationale qui n'existera jamais…

L. K.

Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova
116 rue du Bac – 75007 Paris – ISSN 0180- 8214
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