Religion et laïcité

La lettre du vendredi 21 février 2020

C’est une question importante par elle-même, rendue plus difficile par les problèmes nouveaux que posent la place grandissante de minorités musulmanes en Europe. Voici quelques articles publiés par Commentaire sur ce sujet.

Une question d’actualité

Éric Anceau
N°155/Automne 2016

Il n'est guère de semaine qui s'écoule sans que la question de la place des religions dans nos sociétés européennes ne fasse l'actualité. Le phénomène est particulièrement net en France, pays de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905, République une et indivisible, où la laïcité a été constitutionnalisée, voilà soixante-dix ans, où l'appartenance communautaire est tenue en suspicion, où « communautarisme » et « républicanisme » ne font pas bon ménage.
Pour être sans doute un peu moins vif ailleurs, histoire oblige, le débat intéresse toute l'Europe, menacée par le fondamentalisme religieux et interpellée par la crise des migrants. [Lire la suite]

 

La loi de séparation, une exception française

Jacques-Olivier Boudon
N° 155/Automne 2016

En 2005, à l'occasion du centenaire de la loi de séparation, le président de la République, Jacques Chirac, avait tenu à en faire un moment fort de son second septennat et avait réaffirmé qu'elle représentait l'un des socles de la République laïque. C'est bien le signe que dans une société en mutation la question laïque reste fondamentale, car elle pose le problème de la relation entre l'État et les religions, que n'a jamais exclu la laïcité, en même temps qu'elle soulève la question de la cohabitation entre citoyens de confessions différentes, fondement du vivre ensemble. [Lire la suite]

 

Réflexions sur les massacres religieux de 2015

Jean-Marie Le Gall
N° 155/Automne 2016

L'histoire est souvent réduite aujourd'hui à une mémoire identitaire ou à une curiosité patrimoniale. Mais elle se doit avant tout d'être une source de réflexions pour nous aider à vivre, car, si ceux qui sont morts depuis longtemps étaient différents de nous, ils n'en étaient pas moins nos frères humains. La violence des affrontements religieux de jadis doit nous aider à comprendre et à affronter ce qui s'est passé en 2015. Combien de propos antimusulmans et anti-arabes peuvent ressembler aux propos antiprotestants et antisémites d'antan ? Cela étant, gardons-nous des anachronismes. [Lire la suite]

 

La laïcité (française) dans un monde globalisé

Thomas Maissen
N° 155/Automne 2016

Il existe différentes pratiques nationales concernant la séparation des religions et de l'État. Ces solutions, souvent institutionnalisées autour de 1900, sont le résultat de longs parcours dans les différentes sociétés occidentales. Elles n'empêchent cependant pas les conflits d'advenir ; leur nombre croît même à cause de l'immigration. Mais le défi de l'intégration ne se limite plus à l'État-nation. Les échanges internationaux à tous les niveaux se sont multipliés, les modes de vie se sont rapprochés, les médias et les débats se sont globalisés. Cela m'amène à poser la question de la pertinence et de la forme de la laïcité dans la République française, des autres modèles, des accommodations nationales et internationales, en m'inscrivant dans une perspective historique et comparative ; et cela non pas pour affaiblir notre combat culturel, s'il est nécessaire, mais pour le limiter aux domaines qui importent vraiment. [Lire gratuitement la suite]

 

Un ton élevé

Alain Besançon
N°162/Été 2018

Le discours qu'a prononcé Emmanuel Macron aux Bernardins, le 10 avril 2018, en s'adressant aux Évêques de France et à travers eux aux catholiques français a produit un grand effet, et chez certains un désarroi et même un désaveu. L'événement mérite d'être considéré. Depuis de nombreuses années, les paroles présidentielles n'étaient pas d'une élévation telle qu'elles pouvaient susciter de tels effets. Aussi avons-nous demandé à quelques-uns de nos amis, les uns catholiques, les autres non, quelles impressions ils retiraient de ce discours et quelles réflexions il leur inspirait. [Lire la suite]

 

Classicisme des Bernardins

Fabrice Bouthillon
N° 162/Été 2018

L'effet produit par les propos du président Macron aux Bernardins tient pour une bonne part aux trous de la mémoire publique française, lesquels ne doivent rien au hasard. Car la situation que ce discours dénote est en elle-même d'un grand classicisme. Depuis qu'avec la Révolution, la légitimité de l'État a cessé de reposer en France sur celle de l'Église, les rapports entre les deux institutions passent régulièrement de l'opposition à la conjonction, mais l'imaginaire de guerre civile qui est malheureusement resté le nôtre depuis 1789 fait que les phases d'hostilité nous sont beaucoup plus présentes à l'esprit que les autres, à quoi aident aussi beaucoup les mythologies conjuguées de la gauche et de la droite. Je ne veux pas pour autant nier par là toute nouveauté aux Bernardins. Celle du ton est particulièrement frappante, dont j'aimerais beaucoup à croire, sans y parvenir vraiment, qu'elle signifie que les leçons du xxe siècle commencent vaille que vaille à porter. [Lire la suite]


Dieu et César redivivus

François Daguet
N° 162/Été 2018

Selon les temps et les lieux, les relations entre Dieu et César, pour simplifier entre l'Église et l'État, ont leur météorologie. Depuis 2 000 ans, elles ont connu des périodes sombres, comme les persécutions du iiie siècle, ou plus lumineuses, à certaines époques de la chrétienté, le plus souvent des moments mêlant coopération et rivalité, confiance et suspicion. L'histoire de ces relations en France est bien connue.
Le discours du Président Macron s'inscrit dans le contexte d'un durcissement des relations, explicite lors des manifestations suscitées par la loi Taubira, méprisées par le Président Hollande et contrées avec violence par le gouvernement Valls. Il faut le reconnaître simplement : la défiance n'a cessé de croître entre les gouvernements successifs et une part significative des catholiques de France – peut-être d'ailleurs la plus vivante – en dépit de la prudence extrême des responsables de l'Église dans ce pays. [Lire la suite]

 

Un discours amical et direct

Pierre Manent
N° 162/Été 2018

Les catholiques français ont apprécié à sa juste valeur le discours amical et direct – à la fois analyse et exhortation – que leur a adressé Emmanuel Macron, avec l'abondance chaleureuse qui convient à des retrouvailles trop souvent repoussées. Il a suscité la réaction immédiate, d'une rapidité et d'un unisson franchement comiques, du parti pour lequel « la France, c'est la laïcité ». [Lire la suite]

 

Le président Macron, l'Église
et la question intranquille du salut

Olivier Mongin
N° 162/Été 2018

Du discours prononcé par Emmanuel Macron devant les évêques au collège des Bernardins le 6 avril dernier, les grands médias et l'opinion publique n'ont souvent retenu que les quelques mots évoquant « le lien abîmé entre l'Église et l'État ». Cette expression, certes ambiguë, pouvait en effet donner lieu à des interprétations contrastées et susciter les polémiques inutiles qui ne prêtent guère à la moindre discussion précise et rigoureuse. Soit le Président visait sans le dire une « laïcité de combat », qui met spontanément entre parenthèses le rôle de l'Église catholique et confine la croyance religieuse dans la seule sphère privée ; soit il s'inquiétait de la méfiance accrue des catholiques à l'égard de la vie politique et de la République, et il a ainsi été soupçonné de vouloir les inviter à s'engager politiquement (à LRM plutôt qu'ailleurs, bien entendu…). [Lire la suite]

 

Un subtil exercice de langage

Jean-Thomas Nordmann
N° 162/Été 2018

Le rapport du langage à la politique mérite de figurer parmi les questions que posent l'ascension d'Emmanuel Macron et le développement de son action. Le discours prononcé le 9 avril dernier devant les évêques de France vaut sans doute d'être considéré à l'aune d'une incontestable virtuosité d'expression, et par les attitudes qu'il incarne peut-être plus que par les positions qu'il défend. [Lire la suite]

 

L'incomplétude de la démocratie

Philippe Raynaud
N° 162/Été 2018

Le discours du président de la République au collège des Bernardins a surpris et parfois choqué les militants « laïques » sans pour autant combler les attentes de tous les catholiques. Les premiers déplorent qu'Emmanuel Macron ait parlé de « réparer » le lien entre l'Église et l'État parce qu'ils considèrent que ce lien a été – ou aurait dû – être définitivement brisé par la loi de 1905 et ils s'inquiètent de ce qu'il considère comme un « devoir » le fait de ne pas « se désintéresser » de l'Église et des catholiques. Les seconds soupçonnent une tentative de « récupération » politique qui viserait à obtenir leur soutien sans s'engager sur aucun des sujets qui leur tiennent à cœur. Ces critiques sont évidemment injustes si l'on s'en tient à la lettre du discours et si on compare les positions d'Emmanuel Macron à celles de ses deux prédécesseurs. Le Président a donné de la laïcité une définition qui est parfaitement conforme à l'esprit et à la lettre de la loi de 1905 et dont on ne voit pas ce que ses contradicteurs peuvent y ajouter ou en retrancher : il faut que chacun ait la « liberté de croire comme de ne pas croire » tout en respectant « absolument et sans compromis toutes les lois de la République ». [Lire gratuitement la suite]

 

L'héritage du christianisme aujourd'hui

Alain Besançon
N° 161/Printemps 2018

Qu'est-ce que le christianisme ? Si l'on demande aux gens ce que c'est, on aura des réponses extraordinairement variées, vagues ou pas de réponse du tout, que la personne interrogée soit chrétienne ou pas.
En France sous l’Ancien Régime, l'Église catholique manœuvra entre l'État royal et la papauté, fidèle à l'un pour faire pression sur l'autre, et elle resta un corps puissant et relativement autonome. Elle se réforma sur le modèle proposé par le Concile de Trente. Au xviiie siècle, elle présentait une belle façade. Le clergé était plus instruit et plus soucieux de ses devoirs qu'auparavant. L'enseignement secondaire, l'assistance publique, l'alphabétisation des masses paysannes étaient convenablement assurés. La révolution démolit tout. Le christianisme fut presque suspendu (ni Hugo, ni Michelet ne furent baptisés) et il ne fut rétabli que par Napoléon.
Je vais me concentrer sur le long xixe siècle, qui dure à peu près de la Restauration de 1815 jusqu'à l'ouverture du second concile du Vatican, en 1959. C'est de ce siècle que nous héritons. Distinguons trois héritages, l'héritage politique, l'héritage des mœurs et l'héritage de la pensée. [Lire la suite]

 

Les juifs : un peuple et deux nations ?

Dominique Schnapper
N° 163/Automne 2018

Comme je publie, chez Gallimard, un livre intitulé La Citoyenneté à l'épreuve. La démocratie et les juifs, j'ai choisi pour Commentaire les pages suivantes. Elles partent d'un constat : si les juifs sont devenus des citoyens de raison dans les démocraties européennes, leur sort semble plus glorieux aux États-Unis. En 1875, ils représentaient dans ce pays 5 % de la population juive mondiale, en 1939, 9 %, en 1945, 40 %, auxquels il faut ajouter la population juive de l'État d'Israël, en sorte que plus de 80 % de la judaïcité est désormais établie aux États-Unis et en Israël. Les échanges et les soutiens réciproques – à la fois matériels et symboliques – entre les Israéliens juifs et les juifs américains sont si étroits et si intenses que certains d'entre eux ont pu avancer qu'il s'agissait d'un seul et même peuple divisé en deux nations. [Lire la suite]

 

La persécution des Juifs, hier et aujourd'hui

Gérard Maarek
N° 163/Automne 2018

Notre ami Gérard Maarek est bien connu des économistes et des statisticiens français. Il a joué un grand rôle à l'INSEE et à son école d'application. Il vit désormais en Israël et il a bien voulu nous confier cet article. Plutôt ce témoignage, que ceux qui oublient la dette profonde de l'Europe à l'égard d'Israël et du peuple juif devraient méditer. [Lire la suite]


Existe-t-il une spiritualité athée ?

André Comte-Sponville
N° 160/Hiver 2017

Nous sommes tellement habitués, depuis vingt siècles d'Occident chrétien, à vivre dans des sociétés où la seule spiritualité socialement disponible était une religion (en l'occurrence le christianisme pour nos pays) qu'on a fini par croire que « religion » et « spiritualité » étaient synonymes – auquel cas mon titre serait non seulement paradoxal mais contradictoire. Si « spiritualité » n'était qu'un autre mot pour désigner la religion, au sens occidental du terme (comme croyance en un ou plusieurs Dieux), l'idée même d'une spiritualité non religieuse serait une contradiction dans les termes. Mais c'est bien sûr cette synonymie que je conteste. [Lire la suite]

 

Pourquoi nous ne pouvons pas
ne pas nous dire « chrétiens »

Benedetto Croce
N°101/ Printemps 2003

Ce texte de Benedetto Croce (1866-1952) date de 1942. Tous les Italiens cultivés le connaissent et il mérite d'être connu en France. Croce l'a publié en 1945. Il repond à un livre de Bertrand Russell, Why I am not a Christian (1927), ce qui explique le titre. Nous publions la traduction de l'article avec l'aimable autorisation des héritiers de Benedetto Croce que nous remercions. [Lire la suite]

Chaque samedi, de 8h à 8h30 et à tout moment en podcast,
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