Regards Est/Ouest

La lettre du vendredi 4 mai 2018

La lettre de ce vendredi poursuit la lecture-découverte du numéro anniversaire, n° 161/Printemps 2018, avec des articles portant sur la France et d’autres sur les États-Unis et sur la Russie. Sur la France, deux questions capitales  sont abordées : l’avenir de notre énergie nucléaire dont l’importance est considérable pour notre économie et la réforme du baccalauréat qui déterminera à terme les procédures d’entrée dans l’enseignement supérieur. À propos de États-Unis : le sujet central est de cerner l’étrange personnalité de Donald Trump et de mesurer la signification de sa présidence dans l’histoire américaine. À propos de la Russie, trois articles différents : le premier sur la censure qui s’y développe, le deuxième sur l’histoire de l’Ukraine que l’on falsifie et le troisième sur un grand philosophe parisien, russe d’origine, disciple de Hegel, interprète de l’histoire universelle et agent des services secrets soviétiques !

 

Philippe Knoche, « Donner sa valeur au nucléaire »

À l'horizon 2050, les besoins en électricité vont être multipliés par deux au niveau mondial. Pour lutter contre le dérèglement climatique, la production de gaz à effet de serre devra être divisée par deux. L'équation à résoudre nécessitera le développement de toutes les sources de production bas carbone. Quel rôle jouera le nucléaire pour répondre à ce défi ? Comment la filière française peut-elle y contribuer ? Pourquoi faut-il une industrie nucléaire forte ? Ce sont les pistes que cet article.  Acheter l’article

Vincent Feré, « Pour en finir avec l’école de Jules Ferry » 

L'école fait depuis longtemps l'objet de débats passionnés en France. L'adoption récente de la réforme du baccalauréat proposée par Jean-Michel Blanquer montre cependant qu'un certain consensus a commencé à se dégager sur la nécessaire réforme du système éducatif. Pour être réussie, celle-ci suppose d'en finir avec les mythes dépassés de l'école de la IIIe République, sans oublier toutefois que, depuis Jules Ferry précisément, cette question est éminemment politique. Acheter l’article

Raymond Barre, « Comment réformer le baccalauréat »  

À l'automne 1973, Joseph Fontanet, ministre de l'Éducation nationale,  avait demandé à Raymond Barre une réflexion sur « l'évolution des enseignements à la jointure du secondaire et du supérieur ». Joseph Fontanet et Georges Pompidou voulaient réformer les conditions de l'entrée dans l'enseignement supérieur. La loi de 1968 et les événements qui la précédèrent avaient figé la réflexion sur deux sujets étroitement liés : le baccalauréat et l'accès à l'université. Quarante-deux ans plus tard, la réforme proposée par le ministre Jean-Michel Blanquer montre que c'est toujours le cas. Raymond Barre avait remis son rapport le 4 janvier 1974. Peut-être trouvera-t-on ces propositions encore opportunes puisqu'elles ne sont pas éloignées de celles dont on débat aujourd'hui. Accéder gratuitement à l’article

REGARDS VERS L’OUEST

Lauric Henneton, « Que reste-t-il du rêve américain ? »

L'élection de Donald Trump a jeté une lumière nouvelle sur une question essentielle : le rêve américain est-il toujours ce qu'il était ? Derrière le slogan « Make America Great Again » se cachent le diagnostic du déclin des États-Unis et l'espoir de la reconquête d'une grandeur prétendument perdue. Cette tension entre optimisme et pessimisme, entre le dynamisme du pionnier et la peur de l'effondrement, traverse l'histoire américaine et en constitue même la colonne vertébrale. Acheter l’article

 

Harvey Mansfield, « La virilité vulgaire de Donald Trump » 

Dans cet examen de Donald Trump, Harvey Mansfield offre une puissante réflexion sur un homme plus démotique que démocrate, et par là même il montre la fragilité des institutions démocratiques face à une nouvelle forme de démagogie. Acheter l’article

 

Gérard Karsenty, « Un Président sans qualités »  

L’évolution d'un pays est faite d'épiphénomènes qui accaparent l'attention de tous et de courants de fond qui, à l'abri des regards, sans bruit, lentement, transforment le pays en profondeur mais ne deviennent apparents que lorsque leur travail est terminé. Comme le disait justement Marx : « Les hommes font leur histoire mais ne savent pas l'histoire qu'ils font. » Je ne prétends pas connaître la nature des courants profonds qui ont ou n'ont pas changé les États-Unis depuis quarante ans. Je ne sais pas si les présidences de George W. Bush, Barack Obama, Donald Trump ont influencé en profondeur l'Amérique ou tomberont dans les oubliettes de l'histoire. Ce que je sais, ce que tout le monde sait, en revanche, c'est que, par leur nature et par leur style, la campagne électorale et maintenant la présidence de Donald Trump constituent une rupture dans l'histoire politique américaine et en cela peuvent être des événements de portée historique. Ce que la campagne électorale et la présidence de Donald Trump ont aussi vérifié ou démontré, pour ceux qui ont la mémoire un peu courte, c'est que, même et surtout à l'âge électronique, on peut tout prévoir… sauf la nature humaine. Acheter l’article

REGARDS VERS L’EST

Victor Erofeev, « Triomphe de la censure en Russie »

Un cinéma de Moscou avait mis à son programme un film d'Armando Iannucci, La Mort de Staline, inspiré par la bande dessinée éponyme de deux Français, Thierry Robin et Fabien Nury. Il s'agissait d'un film produit en Angleterre en 2017, qui a connu un grand succès à Londres en octobre de cette même année et qui est actuellement en salles à Paris. L'annonce de sa sortie à Moscou conduisit quelques professionnels de la culture à s'indigner et à dénoncer par une pétition « ce pamphlet visant à humilier l'homme russe (soviétique) ». Le ministre de la Culture Vladimir Medinski avait autorisé le film. Il revint sur sa décision après cette pétition inspirée par le patriotisme « russe et soviétique ».Victor Erofeev, lui-même auteur d'une biographie au titre ironique Ce bon Staline (Albin Michel, 2005), et que nos lecteurs connaissent déjà (« Poutine : un héros de conte russe », Commentaire, n° 158, été 2017), souligne à cette occasion, dans cet article qu'il a bien voulu nous confier, le durcissement du régime russe. Acheter l’article

 

Galia Ackerman et Philippe de Lara, « L’Ukraine, l’Europe et la mémoire de la Shoah »

Indépendante depuis 1991, l'Ukraine restait marquée par soixante-dix ans de mœurs soviétiques, jusqu'à la révolution du Maïdan en 2013. L'Ukraine a alors choisi les « valeurs européennes ». C'est le seul pays dont des citoyens meurent pour le drapeau européen. Or les Européens doutent parfois de la légitimité de la nation ukrainienne. Le cliché d'un nationalisme supposé autoritaire et antisémite y est pour beaucoup. Ce cliché est inexact et injuste. Il trahit la vérité et obscurcit la conscience européenne. Accéder gratuitement à l’article

 

Raymond Nart, « Alexandre Kojevnikov dit Kojève. Un homme de l’ombre » 

   Alexandre Kojève était sûrement « un esprit supérieur.  Témoignent de sa « supériorité » ses livres (destinés exclusivement à des philosophes), le succès du séminaire sur Hegel qu'il donna dans le Paris de l'entre-deux-guerres, tous ceux qui furent médusés par ses paradoxes et ses aperçus sur la fin de l'histoire. Mais les esprits supérieurs habitent parfois des personnages qui le sont moins. Ceux qui admiraient dans Kojève sa maîtrise de Hegel et de la tradition philosophique, admiraient moins ses jugements politiques, si tant est qu'on puisse les discerner à travers ses brumes hégéliennes. « Philosophe », c'était justement le nom de code que les services secrets soviétiques donnèrent à Alexandre Kojève qui a été un de leurs agents.
   Dans les années 1980 des bruits coururent, la divulgation en Occident des archives Mithrokhine (du nom d'un dissident, archiviste du KGB, passé en Angleterre en 1992) accentuèrent les rumeurs ; la certitude vint après l'enquête que menèrent Raymond Nart et la Direction de la surveillance du territoire. C'est regrettable, pour tous ceux qui ont connu, lu et admiré Kojève, mais c'est ainsi. Kojève avait demandé et obtenu la nationalité française, il était devenu un fonctionnaire français. Sans doute faut-il peu de philosophie pour penser qu'un fonctionnaire et un Français ont des devoirs à remplir. Et beaucoup de philosophie pour penser le contraire. Chacun y réfléchira.
   Comme nous avons publié dans cette revue de notables et inédits écrits de Kojève, il était naturel que nous complétions sa biographie. Raymond Nart a bien voulu écrire cet article pour nous et nous l'en remercions. Chacun connaît le rôle essentiel qu'il a joué pendant de longues années à la DST, notamment en menant la mémorable Affaire Farewell.
   Ajoutons un mot. On ignore pourquoi Kojève a agi ainsi. Après la révolution de 1917, il s'était réfugié en Allemagne, puis en France. Il était un « bourgeois », il était le neveu de Kandinsky,  il n'a jamais envisagé, semble-t-il, de rejoindre pour y demeurer sa terre natale. Il n'était pas maître de bien grands secrets et nous ignorons tout de ce que contenaient ses envois réguliers à l'Est. En servant les Soviétiques a-t-il agi par patriotisme russe, pour de l'argent, pour aider ou pour protéger des parents ou des amis en Russie ? Nous n'en savons rien. Peut-être voulait-il enseigner aux Soviétiques le même savoir universel qu'il enseignait à l'Ouest et contribuer ainsi à la fin de l'histoire ? Peut-être, un jour, celui ou celle qui aura accès aux archives des services russes et soviétiques proposeront-ils des réponses à ces questions ? Acheter l’article

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