Progresser vers l’état privilégié d’amateur éclairé

La lettre du vendredi 22 septembre 2017

La lettre du vendredi poursuit sa série "Portrait" des auteurs de Commentaire avec Jean-Thomas Nordmann. Ancien élève de l'École normale supérieure (ENS), agrégé des lettres, professeur émérite de littérature française à l'université d'Amiens, ancien député au Parlement européen, Jean-Thomas Nordmann est membre du comité de rédaction de Commentaire depuis la fondation de la revue.
Parmi ses publications : Histoire des radicaux (La Table ronde, 1974) ; La France radicale (Gallimard, 1977) ; Taine et la critique scientifique (PUF, 1992) ; La Critique littéraire française au XIXe siècle (Livre de poche, 2001).

Commentaire fut pour moi une autre,
une nouvelle école.

L'esprit curieux de Jean-Thomas Nordmann
Je suis un touche à tout, ou, pour user d’un terme un peu moins péjoratif, un amateur. A l’issue d’études secondaires sans éclat, j’ai beaucoup apprécié la scolarité de la khâgne, cette classe de préparation au concours de l’ENS : libéré des disciplines scientifiques, je pouvais m’adonner  conjointement à la philosophie, à l’histoire et à la littérature. Rue d’Ulm, j’ai longtemps hésité à choisir ma voie et, si j’ai opté pour l’agrégation de lettres classiques, c’était avec la tristesse de sacrifier provisoirement d’autres centres d’intérêt.

Je pris ensuite une sorte de revanche en élaborant une thèse de doctorat d’Etat sur Taine : s’étant illustré comme philosophe, comme historien et comme critique littéraire, cet auteur avait été, un peu comme moi, un khâgneux prolongé ; en raison de la désaffection dont il était victime, il suffisait de le lire attentivement pour multiplier les découvertes et pour montrer sa modernité.

Professeur de littérature française, j’ai gagné ma vie à diversifier mes lectures ; ayant eu l’occasion d’enseigner également l’histoire contemporaine à Sciences Po pendant vingt ans, j’ai eu le sentiment d’une vie professionnelle se confondant avec une formation continue. Il en fut de même s’agissant de mes autres activités : député au Parlement européen dix-huit années durant, je ne me suis jamais spécialisé, siégeant dans des commissions différentes à chaque mandat. Justifiant une certaine paresse par le mot de Bergson « on n’est jamais tenu de faire un livre », j’ai publié peu d’ouvrages, mais chaque fois pour combler un manque.

Commentaire fut pour moi une autre, une nouvelle école : son comité de rédaction offre l’occasion d’agréables échanges et renforce, quand il ne les crée point, de véritables amitiés ; les orientations de la revue correspondent à mes convictions et à mes engagements ; la diversité des thèmes qu’elle aborde répond à mes curiosités. Je suis honoré de lui fournir une modeste contribution, notamment par des recensions : la surabondance des publications légitime la critique dans son acception étymologique de tri ; il est bon de rendre justice à des livres que l’inflation des publications pourrait faire négliger en s’appuyant sur deux critères : la valeur ajoutée de l’ouvrage, ce qu’il apporte par rapport à ses prédécesseurs et le plaisir qu’on peut prendre à le lire. A faire part de ces qualités on profite soi-même de l’agrément et des enseignements qu’on a décelés. Ce peut-être un moyen de progresser vers l’état privilégié d’amateur éclairé. Commentaire est pour cela d’un puissant secours.

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La lettre du vendredi suggère la lecture des quatre articles suivants, dont le premier est en lecture gratuite pendant une semaine. 

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Retrouvez, dans la rubrique Auteurs, l'intégralité des articles de Jean-Thomas Nordmann publiés dans la revue.

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