Pierre Hassner (1933-2018)

La lettre du vendredi 1er juin 2018

 

 

Pierre Hassner vient de disparaître. À Commentaire nous étions très attachés à sa personne, que nous admirions et que nous aimions, à ses analyses, nuancées et rigoureuses, qui nous éclairaient, à ses idées pour l’Europe et pour la liberté que nous partagions. Esprit supérieur, d’une grande générosité et d’une parfaite modestie, il appartenait au conseil de rédaction de la revue depuis l’origine. Il y a publié beaucoup d’articles et de critiques. Pour honorer sa mémoire en voici quelques-uns : les plus personnels. Il restera présent parmi nous, pour inspirer nos jeunes lecteurs comme il a inspiré les plus anciens.

Jean-Claude Casanova

L'Amérique, l'Europe et la France           

N° 159/Automne 2017

Sur Stanley Hoffmann

Dans les années 1960, Stanley Hoffmann devint, à l'occasion de la guerre du Vietnam, de plus en plus engagé dans le débat politique américain. Il fut l'un des plus éloquents adversaires de l'engagement au Vietnam et, plus généralement, de toute tentation impériale. C'est à propos du bombardement du Cambodge qu'il rompit avec Kissinger, dont il avait été l'ami et l'allié dans les débats sur les rapports des États-Unis avec l'Europe en général et de Gaulle en particulier. Il s’opposa aussi à Zbigniew Brzezinski dans des joutes oratoires sur la guerre du Vietnam. [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

Le nouveau monde des passions    

N° 152/Hiver 2015

Le monde actuel, complexe et incertain, exige une grille de lecture nouvelle pour mieux appréhender les incertitudes politiques et les formes nouvelles de violence. Le rôle trop souvent méconnu des passions doit être souligné… [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

En souvenir de Gabrielle Rolin (1927-2013)

N° 142/ Été 2013

Gabrielle Rolin (Babette pour ses amis) était une amie de Commentaire (qui publia son dernier article) et surtout des amis de celui-ci. Avant la création de la revue, elle traduisit, avec, entre autres, Jean-Claude Casanova et moi-même, La Théorie pure de la politique de Bertrand de Jouvenel, que celui-ci avait écrite en anglais. Je l'avais rencontrée en 1956-1957 à l'université de Chicago, année et endroit particulièrement importants pour moi puisque j'y découvris non seulement elle, mais Allan Bloom (avec qui nous allions former souvent un trio surprenant et orageux mais solide), Stanley Hoffmann (par elle), enfin Leo Strauss et les États-Unis. [Acheter la suite de l’article]

 

Rousseau et les relations internationales   

N° 140/Hiver 2012

À la question de savoir ce que Rousseau pensait de la théorie et de la pratique des relations internationales, on peut répondre brièvement par « pas beaucoup de bien ». Toutes deux devaient être évitées autant que possible – la théorie parce qu'elle était inutile, la pratique parce qu'elle était nuisible. [Acheter la suite de l’article]

 

Fidélité et flexibilité 

N° 137/Printemps 2012

À propos des Mémoires de Jean-Marie Soutou

Jean-Marie Soutou aimait à se présenter comme un modeste artisan de la diplomatie. Diplomate, certes, il l'était, et avec un art consommé, tant dans la pratique de cette profession que dans ses rapports humains. Mais ces notes (reprises et présentées par Georges-Henri Soutou avec une combinaison remarquable de piété filiale, de scrupule et d'exceptionnelle compétence professionnelle) confirment ce que sa conversation et ses amitiés manifestaient avec éclat. [Acheter la suite de l’article]

 

Le phénomène Kojève        

N° 128/Hiver 2009

Dans le livre important qu'il consacre à Kojève et dont on trouvera dans Commentaire le chapitre sur l'autorité (en attendant une traduction complète), James Nichols souligne le sérieux et l'importance de l'œuvre philosophique de Kojève et la flexibilité de ses prises de position politiques concrètes. En adhérant pleinement à cette démonstration, je voudrais présenter quelques variations (en partie fondées sur des souvenirs personnels et des conjectures) à propos du deuxième point, et, pour cela, restituer une dimension qu'un exposé abstrait de sa pensée risque de ne pas mettre suffisamment en lumière. Cette dimension est celle du jeu ou de la mystification. [Acheter la suite de l’article]

 

Raymond Aron et la philosophie des relations internationales  

N° 122/Été 2008

J'ai utilisé, pour intituler ces notes, le terme de « philosophie » plutôt que de théorie. La théorie des relations internationales est une discipline respectable, à laquelle Aron a beaucoup réfléchie, à laquelle il a consacré des articles méthodologiques et son grand traité Paix et guerre entre les nations. Mais c'est une discipline quelque peu étroite, artificielle et abstraite, si on la sépare de l'histoire et de la philosophie. Or cette séparation serait particulièrement dommageable pour comprendre la pensée d'Aron. [Acheter la suite de l’article]

 

« Si vous voulez être entendu, écoutez »   

N° 113/Printemps 2006

En introduisant cet  article de mon ami Marc Plattner,  je mettrai en exergue trois thèmes de la politique moderne: comment concilier la globalisation et la nation, comment concilier aussi les principes universels et les particularités, comment enfin départager les Européens, tentés par le multilatéralisme, et les Américains, voulant se réserver les droits des États nationaux, étant admis que l'unilatéralisme extrême et l'internationalisme total ne définissent aujourd'hui ni l'Amérique pour le premier ni l'Europe pour le second. [Acheter la suite de l’article]

 

Morale et violence internationale   

N° 111/Automne 2005

En collaboration avec Gilles Andreani

J’ai  assuré depuis 2003 à Sciences Po un séminaire sur l'éthique et les relations internationales. L'objet de ce séminaire, créé à l'initiative de Gilles Andreani, était de confronter les visions de philosophes et d'intellectuels à celles de praticiens sur les dilemmes moraux posés par les nouvelles dimensions des relations internationales. Le rôle des armes nucléaires avait fait l'objet d'interrogations comparables au temps de la guerre froide. Ce séminaire a cherché à traiter les sujets qui ont succédé à la dissuasion au centre des dilemmes moraux de l'action internationale : les interventions humanitaires, le recours à la force, les sanctions et la justice internationales, la lutte contre le terrorisme, l'ordre mondial. Il s'est efforcé d'introduire une perspective comparatiste, en s'interrogeant sur ce qui, sur ces sujets, pouvait séparer ou rapprocher les Etats-Unis et l'Europe, dans un contexte où la guerre d'Irak faisait subir à la relation transatlantique des tensions sans précédent. De ce séminaire est issu un volume réunissant de nombreuses contributions françaises et étrangères, avec Gilles Andreani nous avons rédigé cette  introduction à ce recueil. [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

La revanche des passions   

N° 110/Été 2005

Le texte qu'on va lire est celui,  légèrement modifié, de la conférence François Furet que j'ai prononcée à l'École des hautes études en sciences sociales en mai 2004. Elle s'inspire de mon dialogue avec François Furet sur les passions révolutionnaires. Je la dédie à sa mémoire, ainsi qu'à celle des interprètes du XXe siècle auxquels il se rattache, comme Élie Halévy et Raymond Aron, et, au-delà, aux grands anciens comme Montesquieu, Constant, Tocqueville, qui tous ont su analyser les passions politiques de leur temps, à la fois en les vivant de l'intérieur et en prenant une distance critique par rapport à elles. [Acheter la suite de l’article]

 

Ce que Tocqueville nous enseigne 

N° 104/Hiver 2003

Valéry Giscard d’Estaing rend hommage à Pierre Hassner à qui a été décerné en 2003 le prix Tocqueville et Pierre Hassner répond à cet hommage. [Lire gratuitement]

Jamais de ma vie je n'ai été aussi intimidé qu'en recevant ce prix des mains d'une personne dont la dimension est celle de Valéry Giscard d'Estaing. C'est une expérience sans précédent pour moi, et d'autant plus troublante que, lorsque je considère l'œuvre et l'action de certains membres du jury et de certains des lauréats précédents, je ne peux pas ne pas être sensible, par contraste, au caractère dispersé de mes écrits et à mon absence totale de rôle politique. [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

Puissance et légitimité         

N° 100/Hiver 2002

S'il fallait à tout prix trouver un argument en faveur de la thèse de Robert Kagan, le plus valable consisterait à citer son succès en Europe, et l'empressement masochiste que les Européens mettent à se faire fouetter en prenant au sérieux une telle combinaison de présomption et de condescendance. Que le « plat du jour », en termes de discours simplificateur venu d'outre-Atlantique, soit cet article, après ceux, plus substantiels mais tout de même unilatéraux, de Francis Fukuyama et de Samuel Huntington, en dit long sur l'absence actuelle de créativité et d'assurance des Européens. [Acheter la suite de l’article]

 

L'ami fidèle  

N° 84/Hiver 1998

Hommage à François Furet

Quand je pense à François Furet, deux sentiments dominent : la reconnaissance et la complicité. Je ne parlerai pas dans ce cadre de son travail intellectuel et de l'importance que revêtent à mes yeux, en dehors même de son travail central sur la Révolution française, ses contributions sur des thèmes qui me sont plus familiers, comme son article sur « Les intellectuels français et le structuralisme » ou son grand livre Le Passé d'une illusion. Je me limiterai à ce qui appartient aux rapports personnels et à la vie privée… [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

Une vie réussie         

N° 76/Hiver 1996

Sur son ami Allan Bloom

J’ai hésité à intituler ces quelques pages : « Une vie réussie ». On pourrait interpréter ce titre dans le sens de la réussite matérielle ou sociale - un sens que Bloom n'aurait pas désavoué, lui qui répétait souvent, après le succès phénoménal de L'Âme désarmée, la même plaisanterie : « Mon père voulait que je devienne banquier, mais je savais bien où était l'argent : du côté de la philosophie politique », et qui, vingt ou trente ans auparavant, invité dans la famille Rothschild, s'écriait : « Ah, si ma grand-mère avait pu me voir ! » Et on pourrait aussi trouver ce titre optimiste de mauvais goût - devant les souffrances de ses dernières années et devant les inquiétudes, les angoisses, les indignations, les envies, les ressentiments, les appréhensions des années précédentes. [Acheter la suite de l’article]

 

La mascarade relativiste     

N° 75/Automne 1996

Pour le grand public français, Ernest Gellner reste avant tout l'auteur de Nations et nationalisme (livre paru en anglais en 1983, traduit en 1989 chez Payot) et l'un des théoriciens les plus célèbres du nationalisme, comme phénomène moderne fondé sur les conditions culturelles indispensables au fonctionnement de la société industrielle. [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

Un Spengler pour l'après-guerre froide ?

N° 66/Été 1994

Sur la guerre des civilisations de Huntington

On ne s'ennuie jamais avec Sam Huntington. La quarantaine d'années de sa carrière en a fait l'un des political scientists américains à la fois les plus encyclopédiques et les plus percutants, dont l'œuvre couvre à la fois la sociologie militaire et la stratégie, la politique des pays en voie de développement et celle des sociétés post-industrielles, les problèmes de la violence et ceux de la démocratie. [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

Richard Lôwenthal, ou la double fidélité 

N° 56/Hiver 1991

Nous rendons hommage à Richard Löwenthal qui appartenait au comité de patronage de notre revue depuis sa création. Pierre Hassner, celui d'entre nous à l'avoir le mieux connu, retrace sa vie et montre quelle fut sa double fidélité. [Acheter la suite de l’article]

 

L'Histoire va dans le sens de la liberté      

N° 54/Été 1991

C'est en 1948, réfugié roumain de quinze ans, que j'ai découvert par hasard le livre qui s'appelait Le Grand Schisme. J'ai entendu Raymond Aron pour la première fois en 1950, le jour de l'invasion de la Corée du Sud et de son grand éditorial où, au Monde qui disait « il est urgent d'attendre », il répondait dans Le Figaro : « il est urgent d'agir ». [Acheter la suite de l’article]

 

Fin de l'histoire ou phase d'un cycle ?      

N° 47/Automne 1989 

Ce qui fait le charme de l'article de Fukuyama (« La fin de l’histoire ? » Commentaire, n° 47), c'est en grande partie son intrépidité, c'est la vigueur impétueuse avec laquelle il se fraye un chemin à coups de hache à travers le dédale des complexités politiques et philosophiques pour affirmer une thèse outrageusement provocante. C'est en cela, plus peut-être que par le contenu de son analyse,  qu'il apparaît comme le digne héritier d'Alexandre Kojève, de son audace intellectuelle et de son goût irrésistible pour épater le bourgeois. J'ai presque honte, dès lors, d'approcher son texte armé de ma panoplie de « oui, mais », de « d'une part » et de « d'autre part ». Aussi voudrais-je faire précéder mon commentaire par une déclaration : je pense non seulement que cet article est brillant et stimulant, mais aussi que sa thèse est plus juste que fausse. [Acheter la suite de l’article]

 

L'Europe entre les États-Unis et l'Union soviétique 

N° 33/Printemps 1986

L'Europe est à la fois une, géographiquement et culturellement, divisée en nations, et partagée en deux. Les États-Unis et l'URSS sont à la fois deux puissances globales et deux puissances européennes, deux États comme les autres et les leaders de deux alliances, les porteurs de deux idéologies. L'Europe est ce continent où les divisions politiques semblent inscrites dans l'histoire et dans la géographie, où l'opposition de l'Ouest et de l'Est semble avoir à la fois un sens géopolitique (coalition maritime et coalition continentale), un sens idéologique (démocratie libérale ou capitaliste contre communisme) et un sens culturel (l'Église d'Occident contre l'Église d'Orient, Rome contre Byzance). C'est cette congruence des dimensions et des clivages, qui semble faire de l'Europe une région à part, celle qui, dans un monde en proie aux bouleversements les plus spectaculaires, semble rester le dernier refuge de la bipolarité et de la stabilité. [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

L'histoire du XXe siècle

N° 28/Hiver 1984

De la théorie à l'histoire, sur Raymond Aron

Raymond Aron aurait sans doute souhaité que ceux qui lui rendent hommage fassent parler leur esprit critique autant que leur sentiment ou leur mémoire, qu'ils donnent à l'analyse de son œuvre autant de place qu'au témoignage sur sa personne. Mais nul mieux que lui n'aurait compris (et n'a permis de comprendre) qu'un jugement sur la contribution intellectuelle de ses différents ouvrages soit inséparable de l'expérience vécue du lecteur. [Acheter la suite de l’article]

 

Le miroir totalitaire. Le totalitarisme soviétique
vu de l'ouest

N° 26/Été 1984

Nous publions dans les pages suivantes des extraits de deux études de P. Hassner et P. Manent, qui ont été élaborées à l'occasion du Colloque sur le totalitarisme, organisé en février 1984 à Paris, par la Fondation nationale des Sciences Politiques. [Acheter la suite de l’article]

 

Social-démocratie et politique étrangère

N° 20/Hiver 1982

La principale difficulté que je trouve à commenter le texte de Kolakowski (« Ce qui est vivant (et ce qui est mort) dans l’idéal social-démocrate » tient à mon accord entier avec lui. On peut certes trouver que sa définition de la définition de la social-démocratie est trop large ou ne rend pas suffisamment compte de l'épaisseur historique et sociale du concept ; mais si, considérant que les définitions sont libres, il s'agit de prendre position sur celle de Kolakowski, je ne peux que reprendre à son propos la phrase de Hegel sur le luthéranisme comme, expression de la liberté de l'esprit : « Voilà la dernière bannière, la bannière que nous servons et que nous portons. » [Acheter la suite de l’article]

 

Prosaïque et puissante l'URSS vue d'Europe occidentale (2e partie). Les partis communistes et socialistes

N° 9/Printemps 1980

À quelque chose malheur est bon. Revoir en septembre 1979 et février 1980 un texte écrit en juillet 1978 pose des problèmes redoutables, mais, par là même, fournit des indications précieuses sur le thème même qui est à la charnière des deux parties de cet article : les attitudes des partis communistes italien et français envers l'Union soviétique. Si les variations, les hésitations et les contradictions du PCI persistent, le sens général de son évolution aussi bien que son souci de combiner adaptation et continuité ne sont pas douteux. [Acheter la suite de l’article]

 

Prosaïque et puissante l'URSS vue d'Europe occidentale (1re partie)          

N° 8/Hiver 1979

Un soir de juin 1977, le Président Giscard d'Estaing recevait en grande pompe le Secrétaire général Brejnev. De nombreuses figures du Tout-Paris, culturel et politique, avaient été invitées ; mais aucun intellectuel de marque n'était là. Car au même moment, ils étaient tous - de Jean-Paul Sartre à Eugène Ionesco, de Michel Foucault aux « nouveaux philosophes » - au théâtre Récamier où ils offraient une contre-réception aux dissidents soviétiques. [Acheter la suite de l’article]

 

« L'Euro-communisme ». Stade final du communisme ou de l'Europe ? 

N° 2/Été 1978

C'est bien ce que craignent les idéologues du Kremlin. Si l'euro-communisme a une réalité, c'est précisément vu de l'Est. Aux yeux de Moscou, il y a certainement une tendance commune aux partis communistes de l'Europe occidentale à s'émanciper de sa tutelle. Aux yeux des pays satellites, il y a certainement, à l'Ouest, un modèle de socialisme différent qui légitime les critiques des dissidents et les tâtonnements des réformistes et, par là même, inquiète les conservateurs. En va-t-il de même si l'on se place au point de vue de l'Europe occidentale ? [Acheter la suite de l’article] 

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Retrouvez, dans la rubrique "Auteurs", l'intégralité des articles de Pierre Hassner publiés dans la revue. 

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