Marx et le marxisme dans Commentaire

La lettre du vendredi 28 septembre 2018

À propos du bicentenaire de la naissance  de Marx (1818-1883), revenons sur quelques contributions de Commentaire à la connaissance de son œuvre et de l’influence qu’elle a exercée.

 

Si Raymond Aron reconnaissait volontiers du génie à Marx, il précisait que ce « demi-dieu » avait, comme Nietzsche et Freud, « dit et autorisé à dire presque n’importe quoi », et s’il a consacré tant de sa vie à l’étude de Marx et du marxisme, c’était surtout parce que le marxisme servait de fondement à une religion séculière, le communisme, et d’idéologie à l’Empire soviétique. La fascination qu’a exercée l’œuvre de Marx tenait, notamment parmi les intellectuels, à l’attrait ou à la terreur qu’exerçait le régime fondé par son disciple Lénine. Aussi fallait-il bien étudier l’œuvre de Marx pour en comprendre toutes les conséquences historiques.

Comme Aron devait l’écrire à la fin de ses Mémoires, « le Marx utile, si je puis dire, celui qui a changé peut-être l’histoire du monde, est celui qui a répandu les idées fausses  : le taux de plus-value qu’il suggère donne à penser que la nationalisation des moyens de production permet de récupérer pour les travailleurs des quantités énormes de valeur, accaparées par les détenteurs des moyens de production ; le socialisme ou, tout au moins le communisme, élimine la catégorie de “l’économique” et la “science sordide” elle-même. En tant qu’économiste, Marx reste peut-être le plus riche, le plus passionnant de son temps. En tant qu’économiste-prophète, en tant qu’ancêtre putatif du marxisme-léninisme, il est un sophiste maudit qui porte sa part de responsabilité dans les horreurs du xxe siècle.»

Mais, comme aujourd’hui le « socialisme réel », le « marxisme-léninisme », la « socialisation des moyens de production », le communisme en un mot ont sans doute disparu de notre horizon historique, peut-être est-il temps, en s’aidant du livre d’Aron, d’oublier le « sophiste maudit » pour ne se souvenir que du philosophe critique.

J.-C. C.

Ce qui n'a pas marché en Russie. Le fantôme du marxisme-léninisme

Martin Malia
N° 89 Printemps 2000

La démission de Boris Eltsine et la passation des pouvoirs à Poutine ont été le seul vrai tournant historique du « show » du millénaire. Bien sûr, étant donné la réputation abominable du président russe en Occident, ce coup d'éclat de la Saint-Sylvestre a souvent été interprété comme une manœuvre cynique, sinon criminelle, pour assurer la fortune et la sécurité personnelle de la « Famille » et de ses suppôts « oligarchiques ». Il serait pourtant plus sage de le comprendre dans le contexte de toute la carrière d’Eltsine, comme le point final digne d'un mandat, mélangé certes, mais à la longue globalement positif. [Lire la suite de l'article]

 

La religion et le profane. Islam, nationalisme et marxisme au XXe siècle

Ernest Gellner
N° 85 Printemps 1999

Cet article est basé sur la transcription d'une conférence prononcée par Ernest Gellner, en octobre 1995, lors d'un colloque, à Heidelberg, portant sur « La religion comme culture et anticulture ». Ce fut très probablement sa dernière conférence, car il mourut au début du mois de novembre suivant, à Prague. [Lire la suite de l'article]

 

Capitalisme et impérialisme  

Kostas Papaioannou
I. « Marx et Malthus », N° 23 Automne 1983
II. « Marx et les colonies », N° 24 Hiver 1983
III. « Marx et l’échange inégal », N° 25 Printemps 1984

 

Dans le livre V du Capital qui ne parut jamais, Marx envisageait d’étudier le marché mondial ; le livre IV, lui, devait être consacré à l'État. Le passage d'un livre à l'autre devait faire apparaître la tension entre l'État, prétendument souverain, et le marché mondial qu'impliquait le capitalisme. Aussi la deuxième section du livre IV devait-elle étudier l'État dans ses rapports avec l'extérieur sous l'angle de l'émigration et de la colonisation. C'est ce point charnière, dans le projet de système et dans la conception de l'histoire de Marx, que Kostas Papaioannou étudie dans ces trois articles. [Lire la suite des articles I - II - III]

 

 Au IIe siècle après Marx

Serge-Christophe Kolm
N° 23 Automne 1983

Le siècle de Marx est un nom approprié pour les cent dernières années, depuis sa mort en 1883. Celui des « bourgeois conquérants », qui le précède depuis l'écroulement de l'ancien régime, s'efface alors devant une lutte de classes plus équilibrée, où les gauches à l'assaut du capitalisme de marché, bannière rouge frappée de Marx en tête, conquièrent, l'un après l'autre, des pans successifs des pouvoirs et du monde. Au début, la résistance sociale prend du poids, les syndicats ouvriers s'étendent - ils gagnent la légalité en France quelques mois après la mort de Marx -, les partis de gauche deviennent de masse. Puis la révolution russe éclate, les « croisades contre le bolchévisme » déferlent, le grand empire « soviétique » s'installe, les fils du ciel réussissent « l'assaut du ciel » que la Commune de Paris manqua, les luttes de libération embrasent les tiers-mondes, et, de front ou par ricochet, elles décolonisent les empires d'Occident. [Lire la suite de l'article]

 

Marx : grandeur et illusion 

Ferdinand Mount
N° 157 Printemps 2017

Gareth Stedman Jones : Karl Marx. Greatness and illusion. (Allen Lane, 2016, 726 pages.) 
Ferdinand Mount a consacré à ce livre important et original l'article que l'on va lire. [Lire la suite de l'article]

 

Le Marx de Tönnies

Raymond Boudon
N° 140 Hiver 2012

Ferdinand Tönnies : Karl Marx, sa vie et son œuvre. (Traduction et présentation de Sylvie Mesure, Presses universitaires)
C’est un livre peu connu, mais qui représente un chaînon important dans l'histoire des sciences sociales. [Lire la suite de l'article]

 

Le programme commun de la gauche ou le cercle carré (1973)

Raymond Aron
N° 28 Hiver 1984

Raymond Aron raconte dans ses Mémoires (p. 560-562) le succès que connut l'article que nous reproduisons : Le cercle carré. Il s'agissait d'une critique du programme commun de gouvernement adopté par le parti socialiste et le parti communiste en vue des élections législatives de mars 1973, le dernier grand programme politique français d’inspiration marxiste. Il fut publié par Le Figaro du 8 février 1973. Il témoigne d'un engagement complet de Raymond Aron dans la bataille politique de 1973, bataille qui devait se poursuivre en 1974, 1978 et 1981. [Lire la suite de l'article]

 

Marx, la Pologne et la Russie

Kostas Papaioannou
N° 17 Printemps 1982

Ce qui effrayait le plus les Occidentaux, au XIXe siècle, c'était l'extraordinaire efficacité de la diplomatie russe. « Il semble que la Russie possède le don de fasciner ses ennemis et de les faire coopérer à son élévation et à sa grandeur », écrivait en 1851 l'auteur anonyme de La Russie considérée au point de vue européen. De son côté, Michelet se déclarait horrifié par « cette force dissolvante, ce froid poison que la Russie fait circuler peu à peu, qui détend le nerf de la vie, démoralise ses futures victimes et les livre sans défense ». « Deux puissances, ajoutait-il, ont seules connu la mécanique du mensonge, et l'ont pratiqué en grand : les Jésuites et les Russes. » Que pense Marx de la Russie ? [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

L'essence du totalitarisme. À propos de Hannah Arendt

Raymond Aron
N° 112 Hiver 2005

« On aurait tort de tenir pour définitivement acquis le fait de la déraison humaine. » C'est sur cette phrase optimiste que s'achève l'article que Raymond Aron consacra en 1954 à Hannah Arendt et à son livre sur les origines du totalitarisme. Aron est le premier à s'être intéressé à ce livre et il fut le seul en France pendant longtemps parce que, pour le monde intellectuel français, ce livre n'était pas « politiquement correct » puisqu'il identifiait le communisme soviétique et le nazisme allemand comme les deux formes jumelles du totalitarisme. Depuis Hannah Arendt a atteint le sommet de la gloire. La postérité dira si les intellectuels français n'ont pas été tour à tour excessifs dans l'indifférence comme dans l'adoration. La relecture de l'article de Raymond Aron, article admirateur et mesuré, contribuera certainement à une meilleure appréciation de cette œuvre. [Lire la suite de l'article]

 

Illogisme de la doctrine néo-marxienne de l'échange inégal

Paul A. Samuelson
N° 17 Printemps 1982

P.A. Samuelson, prix Nobel de sciences économiques, racontait l'anecdote suivante : « Il y a des années, j'étais fellow de Harvard en compagnie du mathématicien Stanislas Ulam, qui  était déjà, à un très jeune âge, un spécialiste de topologie de réputation mondiale. Il était également un délicieux causeur et il aimait, pour me taquiner, me mettre au défi de trouver dans l'ensemble des sciences sociales une seule proposition qui soit à la fois vraie sans être évidente. Il me prenait chaque fois de court. Mais aujourd'hui, quelque trente ans plus tard, une réponse me vient par l'esprit de l'escalier : la théorie ricardienne de l'avantage comparatif, qui démontre que deux pays tirent mutuellement profit du commerce, même si en valeur absolue la productivité de l'un est supérieure - ou inférieure - à celle de l'autre pour tous les produits. Que cette théorie soit irréfutable, cela n'a pas besoin d'être démontré à un mathématicien. Qu'elle ne soit pas évidente est attesté par les milliers d'hommes éminents qui n'ont jamais été capables de la comprendre eux-mêmes ou de l'accepter après qu'on la leur avait expliquée. »

Il est vrai que la théorie de l'avantage comparatif n'a jamais cessé d'être discutée. Le thème de l’échange inégal a connu un immense succès dans l’univers intellectuel du para-marxisme. Il illustre la thèse selon laquelle l'échange économique entre pays riches et pays pauvres perpétue l'inégalité, ce qui expliquerait la richesse des uns et la pauvreté des autres. Dans son article, P.A. Samuelson s'attache à relever les failles de cette construction idéologique. [Lire la suite de l'article]

 

« Je vote en faveur du libre-échange »

Karl Marx
N° 119 
Automne 2007

Ne croyez pas, Messieurs, qu'en faisant la critique de la liberté commerciale nous ayons l'intention de défendre le système protectionniste. On se dit ennemi du régime constitutionnel, on ne se dit pas pour cela ami de l'Ancien Régime. D'ailleurs, le système protectionniste n'est qu'un moyen d'établir chez un peuple la grande industrie, c'est-à-dire de le faire dépendre du marché de l'univers, et du moment qu'on dépend du marché de l'univers, on dépend déjà plus ou moins du libre-échange. Outre cela, le système protecteur contribue à développer la libre concurrence dans l'intérieur d'un pays. […] Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l'extrême l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C'est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange. 

Karl Marx
Discours sur le libre-échange, Bruxelles, 9 janvier 1848. À la demande d'Engels, depuis 1885, ce texte figure en annexe des éditions de Misère de la philosophie.

 

Adam Smith et Karl Marx sur le sort du prolétariat

Bertrand de Jouvenel
N° 12 Hiver 1980

J’ai lu Marx assidûment à partir de 1926, Adam Smith beaucoup plus tard. Et, reprenant combien de fois la lecture de l'un et de l'autre, ma conviction originelle de leur contraste a peu à peu évolué vers le sentiment de leur parenté. [Lire la suite de l'article]

 

Capitalisme et socialisme. Marx est Dieu, Ford est son prophète 

Alexandre Kojève
N° 9 Printemps 1980

Ce texte, tiré d'une conférence prononcée en allemand, à Düsseldorf, le 16 janvier 1957, ne fut jamais publié. Kojève communiqua la version française à Raymond Aron. Le titre en était « Le colonialisme dans une perspective européenne ». L'essentiel de l'exposé portait sur les relations entre les pays capitalistes développés et le Tiers-Monde. Kojève annonçait la mort du colonialisme traditionnel et l'apparition d'un colonialisme donnant, c'est-à-dire qui donne aux pays sous-développés plus qu'il n'en reçoit. La transformation du colonialisme avait été précédée par celle, encore plus radicale, du capitalisme. Celle-ci tenait à ce que Marx avait eu raison, mais que Ford avait été son seul prophète. C'est ce que Kojève explique dans les lignes qui suivent, en précisant que ses « plaisanteries ont un fond sérieux et une intention pédagogique ». [Lire la suite de l'article]

 

« La diplomatie russe »

Karl Marx
N° 19 Automne 1982

La diplomatie russe reposait... sur la lâcheté des hommes d'État de l'Occident...
… Comptant sur la lâcheté et la timidité des puissances occidentales il (le tsar) intimide l'Europe et exagère ses prétentions afin de paraître généreux quand il se contente ensuite de ce qu'il voulait atteindre immédiatement...
… Le byzantinisme cédera-t-il devant la civilisation occidentale ou fera-t-il revivre son influence néfaste dans des formes plus terribles et plus tyranniques que jamais ?

Karl Marx

 

Marx et l’aube de l’histoire universelle

Kostas Papaioannou
N° 17 Printemps 1982

Ce texte, sous le titre "L'Aube de l'histoire universelle", constitue l'introduction d'un manuscrit de 114 pages que Kostas Papaioannou nous avait confié, en 1980, pour en discuter et en tirer des articles pour Commentaire. Kostas préparait un grand livre sur Marx et la civilisation moderne, à la fois universelle et divisée. À la fin du texte que nous publions, il nous indique le plan de son projet : lre partie, Les fondements économiques de l'ère planétaire ; 2e partie, Empires et Nations ; 3e partie, Marx et Engels stratèges et pédagogues du prolétariat international. Le manuscrit correspond aux premiers chapitres de la première partie. À partir des différents articles de Kostas, dont on trouvera la bibliographie dans ce numéro de Commentaire, et des manuscrits qu'il a laissés, souhaitons que soit édité le grand volume sur Marx auquel il n'a pas cessé de songer et de travailler (ce volume, préfacé par Raymond Aron fut édité par Gallimard en 1983 : « De Marx et du marxisme »). [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

Le statut social du marxisme 

Alexandre Zinoviev
N° 8
 Hiver 1979

Le problème du statut social du marxisme est devenu particulièrement brûlant depuis que les plaies les plus repoussantes de la société communiste (qui prétend se construire sur un projet marxiste) sont devenues évidentes. Pour voir clair dans ce problème, il faut opérer les distinctions suivantes : 1) entre la science, la religion et l'idéologie ; 2) entre les prétentions du marxisme et son action réelle, entre sa forme, susceptible d'adaptations, et son essence masquée ; 3) entre le rôle que joue le marxisme lorsqu'une certaine catégorie de personnes cherche à résoudre les problèmes d'une société bourgeoise ou d'une autre société non socialiste (non communiste) et qu'elle vise le pouvoir dans l'intention de résoudre ces problèmes (au moins dans ses intérêts), et le marxisme placé dans les conditions d'une société où il est déjà devenu l'idéologie dominante de l'État, où des individus se sont emparés du pouvoir et ont entrepris d'édifier une société nouvelle, « socialiste » (ou communiste). En outre, il faut distinguer le noyau stable (l'essence) du marxisme et ses variations en fonction de l'époque et du lieu. [Lire la suite de l'article]

 

Marx et la société civile 

Pierre Rosanvallon
N° 4 Hiver 1978

Dans un livre paru en février 1979, et intitulé Le capitalisme utopique, Essai sur la naissance de l'idée de marché (Éditions du Seuil), Pierre Rosanvallon étudie les origines philosophiques et politiques de l'économie moderne et de la conception économique de la société. Nous publions ici, en bonnes feuilles, l'essentiel du chapitre consacré à Marx. [Lire la suite de l'article]

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