Marc Fumaroli (1932-2020)

La lettre du vendredi 3 juillet 2020

Marc Fumaroli avec Pierre Manent, aux côtés de Jean-Claude Casanova, sous l’autorité de Raymond Aron, a contribué en 1978 à créer et à animer Commentaire. Il y a publié une centaine d’articles et jusqu’à ses derniers instants il s’est préoccupé de la vie et de l’avenir de la revue. Dans notre dernier numéro, paru au début de juin, on trouve un article de lui sur Vinci. Il l’a commencé sur son lit d’hôpital et l’on voit bien qu’il y cherche son chemin et qu’il ne l’a pas achevé. Nous l’avons publié en l’état pour qu’il redécouvre dans ses derniers instants son nom sur la couverture, pour lui dire qu’il nous ne quitterait pas et que nous ne le quitterions pas. Voici quelques articles de lui parus dans Commentaire depuis 1978.

Un second Gérard Philipe

Hiver 1978/N°4

Parmi toutes les fleurs artificielles, chantournées dans le fer-blanc, que nous a présentées le Festival d'automne, le Mesure pour Mesure de Brook, sans décor, sans mise en scène visible, sans « lecture » idéologique du texte, avec des acteurs sans rouerie, est apparu comme la plus rare des récompenses : une fleur fraîche. Il y a un public pour une éclosion aussi rare. [Lire l'article]

 

Une leçon de Ténèbres. Méditation au chevet d'une Reine morte : la littérature

Hiver 1979/N°8

Il avait depuis longtemps à sa portée, revenant régulièrement à la surface des piles de livres qui encombraient le sol de son bureau, un roman. Il savait vaguement, sans en être très sûr, que l'auteur dirigeait, aux éditions qui publiaient son roman, une collection consacrée aux classiques de la littérature, et qu'il avait souvent recommandée, au temps où il faisait encore des cours, à ses étudiants : comment ce livre avait-il bien pu échouer chez lui ? Une occasion lui était après tout offerte de jeter un coup d'œil sur ce qui s'écrivait aujourd'hui. La nuit était déjà très avancée quand il se saisit du livre, pensant y trouver un réconfort ou un délassement avant le sommeil. Il le referma vite, ennuyé par le tapage infernal qui régnait à toutes les pages. Un leitmotiv, revenant plusieurs fois en caractères majuscules et traversant le tintamarre, s'était pourtant fixé dans sa mémoire : « la littérature est périmée depuis longtemps et l'écrivain lui-même est un préjugé du passé. » [Lire l'article]

           

Michel Tournier et l'esprit d'enfance

Hiver 1980/N°12

Je n'avais pas plutôt dévoré le dernier livre de Michel Tournier, publié récemment chez Gallimard, que son titre, Gaspard, Melchior et Balthazar me fit songer à celui d'un récit d'Anatole France, aujourd'hui aussi oublié que son auteur, et intitulé Balthazar et la reine Balkis. J'ai eu la curiosité d'aller le relire, dans sa jolie édition originale de 1900. Ce n'est pas le meilleur France, et je ne comparerai pas l'agrément que j'y ai trouvé au plaisir que m'a donné Gaspard. Toutefois, comme il arrive, la lecture de ce charmant « primitif » m'a beaucoup aidé, rétrospectivement, à mieux goûter l'art et l'esprit de son moderne héritier. [Lire l'article]

 

De Malraux à Lang :
l'excroissance des Affaires culturelles

Été 1982/N°18

Nous avons en France toutes sortes de traditions d'État, et une administration qui, jusqu'à l'apparition de l'ENA et la croissante influence des syndicats, faisait, semble-t-il, l'admiration du monde entier. Nous avons même une tradition de mécénat d'État, qui se réclame de l'exemple de Colbert. Il y aurait beaucoup à dire sur cet « exemple », emprunté à une société très différente de la nôtre, et dont le bilan est somme toute moins brillant que celui de la période Anne d'Autriche-Mazarin. Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la « tradition » ultérieure : à relire l'histoire, comme on a tendance à le faire chez nous, à travers des idéaux actuels, on finirait par croire que chaque époque de notre culture se juge au degré d'intérêt éclairé que les représentants de l'État lui ont porté. En fait, dès l'époque du premier Versailles, le plus étincelant, les écrivains, les artistes, les musiciens attirés par le roi et la Cour s'étaient formés ailleurs, avaient été découverts ailleurs. La société civile, dans sa propre fécondité, a le plus souvent fait surgir de son sein, et selon ce que nous appellerions volontiers, par anachronisme, « l'initiative privée », les virtuoses de la beauté, laissant à la Cour et à l'Église le soin de leur donner ensuite la consécration et la gloire. L'idée selon laquelle l'État est en mesure de créer de toutes pièces, à force de mesures sociales et de dispositions financières, les conditions d'une Renaissance, n'est rien d'autre qu'une nuée, sans aucune assise historique, même en France. [Lire grauitement l'article]

 

Au royaume d'Ubu
Catherine Clément régente la culture

Automne 1982/N°19

Le titre de l’article dit tout, sur la régente et sur la culture. [Lire gratuitement l'article]

 

La Fontaine et la liberté

Été 1986/N°34

Une âme libérale sous le grand roi. Ainsi fut ce poète alexandrin, ennemi de toute discipline imposée, et à tant d'égards « déplacé » sous Louis XIV. L'apologue ésopique a été l'os de seiche où il a dû aiguiser son art, pour lui faire une place reconnue dans les Belles-Lettres du règne. Le chantre attitré de Saint-Mandé et de Vaux eût été plus à son aise sous la régence du duc d'Orléans. Il eût pu, dans une époque de paix et de prospérité libérales, s'abandonner à sa pente pour la poésie galante et de circonstance. Le règne du grand roi, la majesté d'État et d'Église qui imposent alors leur ordre officiel et moral, avec la grandeur militaire, fut à la fois son malheur d'homme et sa chance d'artiste. Empruntant à Port-Royal un genre d'essence brève et d'inspiration austère, il fut tenu d'y resserrer sa fluidité, d'y exercer sa facilité, et d'y développer un art à double entente où son humour s'est aiguisé sans rien perdre de sa naturelle douceur. L'apologue fut sa contrainte à lui, et il fut aussi son alibi vis-à-vis de l'esthétique officielle. Mais il lui rendit en échange, et à plus longue portée, de donner à son art si singulier une portée universelle, un immense et durable public. Si bien qu'indirectement, les Fables, tout en échappant, à la dérobée, au Zeitgeist de la monarchie solaire, sont aussi et indéniablement un des chefs-d’œuvre du siècle de Louis le Grand. [Lire gratuitement l'article]

 

Croquis contemporains
Lettre de Rome : une visite à la chapelle Sixtine

Printemps 1987/N°37

Le monte-charge est installé dans un bâti de tubulures soigneusement bâché. Cet accessoire de chantier, et l'énorme appontement métallique dont il est l'appendice, jureraient violemment avec l'antique majesté du lieu si celui-ci pouvait encore tenir tête à cette occupation impérieuse. Vidé de toute présence et vigueur liturgiques, hangar sublime, il n'a d'autre réaction qu'un grand brûlé dans la chambre des urgences, disparaissant sous un édifice de bandages, de tubes, de tuyaux, de fils électriques, d'instruments chromés, assisté par une équipe d'infirmières et observé au passage par des curieux vaguement compatissants. [Lire l'article]

 

Résolument classique

Été 1989/N°46

Dans l'avion, entre Le Caire et Paris. On vient de quitter les pyramides de Chéops et de Chéphren, on a vu face à face, mais non seul à seul, bon nombre de dieux. Tout à l'heure, si on le souhaite, on va les retrouver, avec ceux de la Grèce, de Mésopotamie : il suffira de descendre sous la Pyramide du Louvre, où les fastes du Second Empire se reflètent dans les miroirs de la Ve République. Entre deux méditations sur la mort et les dieux, on feuillette la belle revue en couleurs, sur papier glacé, d'Air France. La vedette, pour cette fois, est The Bicentennial of the French Revolution. Puis une série de récits brefs, drôles, illustrés avec goût, le vante sous plusieurs facettes. Le « Comité Colbert » du Bicentenaire suggère néanmoins un sens civique pour ces souvenirs : « Une belle occasion de mesurer le prix et la fragilité des libertés acquises, et de penser aux couleurs vives de celles qui restent à conquérir, ardemment. » Là-dessus, une gracieuse hôtesse, d'une pimpante élégance, sert le champagne, même dans notre classe économique. [Lire l'article]

 

La culture et les loisirs
Une nouvelle religion d'État

Automne 1990/N°51

Dans son acception actuelle, éléphantiasique, le mot culture fait partie de ce vocabulaire étrange, inquiétant, envahissant, qui a introduit une sorte de fonction compulsive dans le langage, et dont la boulimie sémantique est inépuisable. À un degré de voracité un peu moindre, le mot « intellectuel » appartient à cette même famille de mutants langagiers. Dès que l'on a adopté ce vocable, on est sans défense contre les équivoques et les amalgames les plus confondants pour la pensée. Une dérive vertigineuse commence et la fascination du mauvais infini s'exerce sans retenue. [Lire l'article]

 

Un dimanche d'hiver littéraire à Paris

Été 1992/N°58

Avec un peu de chance, de bonnes informations, et si vous avez l'appétit d'un Boswell, vous pouvez encore faire quelques aubaines à Paris. De préférence réservez le dimanche pour engranger des ressources pour votre Journal. Les écrivains français ne se risquent plus guère hors de chez eux ou de chez leurs éditeurs que ce jour-là. Les derniers salons littéraires ont fermé depuis longtemps. Mais postez-vous derrière une statue de reine de France, au jardin du Luxembourg, un dimanche d'hiver, vers onze heures, plutôt du côté du boulevard Saint-Michel : vous ne tarderez pas à voir paraître un petit vieillard à casquette, enveloppé d'une canadienne, marchant d'un pas vif, et jetant autour de lui des regards soupçonneux, tant il craint d'être troublé dans sa promenade familière et solitaire. C'est E.M. Cioran. Son Précis de décomposition, paru en 1949, révéla chez cet exilé roumain un très grand prosateur français. Cioran écrit dans une langue assez châtiée et abstraite pour rendre le nihilisme fréquentable. Il ne publie plus depuis longtemps. Ce Socrate est devenu une légende mondaine. Il n'est plus accompagné, dans ses promenades, par son ami Julien Poirier, en littérature Julien Gracq. [Lire l'article]

 

Le Discours aux Welches de Voltaire
(1763-1764) ou de la vanité française

Été 1994/N°66

Faisons, en faveur du Tricentenaire de la naissance de Voltaire, une entorse à la règle de cette petite Anthologie : abandonnons cette fois les étrangers qui ont bien voulu écrire dans notre langue, et citons un texte peu connu de l'auteur de Candide. Ce Discours aux Welches a les faveurs du directeur de cette revue. Comme on le sait, il est difficile de résister à ses amicales injonctions. Ce Discours a été écrit à Ferney, où Voltaire « chevalier, gentilhomme de la chambre du roi, comte de Tourney, Prégny et Chambéry, seigneur du Ferney », jouit d'une indépendance au moins comparable à celle dont s'était félicité Montaigne au XVIe siècle. Son autorité et sa gloire littéraires font de Ferney une redoutable puissance européenne, le centre nerveux d'un réseau diplomatique et d'un empire éditorial dont l'influence sur les affaires, sur l'opinion et sur les idées du temps pouvait être jalousée par le pape et par les plus puissants princes ! [Lire gratuitement l'article]

 

L'Italie : une nation difficile

Été 1996/N°74

L’Italie, pour les Français, est à la fois très proche et très lointaine. On la connaît ou on croit la connaître, comme patrie de la Renaissance, terre de lumière, de beauté et de souvenirs de voyage idéalisés. Elle inspire cependant commisération et irritation pour son instabilité politique, et des désordres d’autant plus incompréhensibles que l’histoire de l’Italie, avant et après La Chartreuse de Parme, est à peu près parfaitement inconnue des Français ?
La méditation sur « L’Italie, nation difficile », de Giuseppe Calasso, que nous publions en traduction française, peut introduire le lecteur français à cette Italie inconnue, qui est l’Italie politique d’aujourd’hui, fille d’une très longue et très complexe histoire. [Lire l'article]

 

Du royaume à l'État moderne :
morales du Grand Siècle

Hiver 1996/N°76

Nous publions en bonnes feuilles quelques pages du livre de notre ami Marc Fumaroli, Le Poète et le Roi. Jean de La Fontaine en son siècle, à paraître en début d’année 1997 aux éditions de Fallois. [Lire gratuitement l'article]

 

Charles-Joseph de Ligne (1735-1814) : le dernier des hommes d’esprit


Lettres du prince de Ligne à la marquise de Coigny
et au comte de Ségur

Hiver 1999/N°86

Marc Fumaroli a publié dans Commentaire une trentaine d’articles qui constituaient une « Petite anthologie de la prose française » dont celui-ci sur le Prince de Ligne et le suivant sur Eugène de Savoie. Ligne, prince de l’Empire, originaire d’une famille illustre des Pays-Bas catholiques, était Français par la langue et par l’éducation (il fut élève des Jésuites à Louis-le-grand). C’est du côté des Lumières et de Voltaire qu’il faut le ranger et parmi nos grands écrivains qu’il faut le classer. Il était l’un des auteurs préférés de Simon Leys. [Lire l'article]

 

L’Achille français des Habsbourg : Eugène, prince de Savoir-Carignan

Printemps 2001/N°93

Napoléon tenait le prince Eugène pour l'un des sept plus grands chefs de guerre de l'Histoire. Les six autres étaient Alexandre, Hannibal, César, Gustave-Adolphe, Turenne et Frédéric le Grand. Frédéric le Grand, justement, considérait Eugène comme son modèle et son maître, il l'appelait l’ « Atlas » de la monarchie des Habsbourg, et le « véritable Empereur » germanique. Voltaire, dans Le Siècle de Louis XIV, achevé à Potsdam, fait crédit à Eugène d'avoir ébranlé la grandeur de son propre héros, et mis à genoux la puissance ottomane. Aujourd'hui, sa statue équestre se dresse au centre de Vienne, ses palais sont parmi les monuments les plus admirés et visités de la capitale autrichienne, ses collections de dessins et d'estampes sont la gloire de l'Albertina. [Lire l'article]

 

Remarques sur L'Influence des passions ou le bonheur des individus et des nations
de Mme de Staël (1797)

Été 2001/N°94

« Ce livre est un ramassis d'idées prises un peu partout, assaisonnées d'un style très négligé et très obscur qui tient du mauvais goût du temps. On voit que la dame est pénétrée de la Révolution, qu'elle y rapporte toutes ses pensées, qu'elle flatte le pouvoir du moment pour retourner à Paris, que c'est l'éloignement de cette capitale qui est la passion qui la dévore. Dans le chapitre de l'Amour de la gloire, elle peint son père, parce qu'elle le croit le plus grand homme du siècle… Elle croit connaître l'amour, et ne connaît que les égarements de l'imagination… Le seul chapitre de l'Esprit de parti est intéressant, parce que, ayant vécu au milieu des intrigues de la Révolution, elle en connaît tous les dédales. Ce livre est un de ceux qui tomberont comme tant d'autres qui sont nés pendant les troubles du moment et finissent avec eux. » [Lire l'article]

 

Ground zéro : l'État culturel aujourd'hui

Printemps 2002/N°97

Pour qui a contemplé, peu de jours après le 11 septembre, du haut d'un observatoire de fortune, avec un petit groupe d'étrangers conduits par Rudolph Giuliani, casque en tête, le paysage de désastre qu'il a nommé lui-même Ground zero, le programme énoncé récemment par notre propre secrétaire d'État au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle a de quoi donner le frisson. [Lire l'article]

 

Chateaubriand et Fontanes (I et II)

Été et automne 2003/N°102 et 103

Un dialogue entre Chateaubriand et Fontanes. [Lire l'article parties I et II]

 

Bruno Neveu (1936-2004)

Été 2004/N°106

Marc Fumaroli, qui nous avait fait connaître Bruno Neveu , dit au nom de Commentaire, le chagrin que cause la disparition et le souvenir que nous conserverons de ce savant accompli, de ce pénétrant interprète de la religion et de la pensée française du XVIIème siècle et de cet ami irremplaçable. [Lire l'article]

 

Les boucs émissaires. Le destin des Jésuites dans la France du XVIIIe siècle

Hiver 2004/N°108

Aprés deux siècles où les Jésuites contribuèrent à la culture, à la science et aux arts de l'Europe, il faut bien en arriver à leur renvoi brutal. Dans ce moment d'ingratitude, c'est la France qui a joué le rôle de diabolus ex machina. Il fallait bien que quelqu'un, et de préférence un Français, se chargeât de décrire et d'expliquer cet événement. J'essaierai, en m'appuyant sur les travaux récents, d'aller au fond des choses. Je ne cacherai pas ma sympathie de principe pour une Compagnie dont les églises, les collèges, les bibliothèques, les œuvres d'art, sur presque toute la surface d'une terre qui s'offrait à elle agrandie par les découvertes de Colomb et de Magellan, inspirent aujourd'hui au voyageur et aux visiteurs de musées une admiration comparable à celle que font naître, tout autour de la Méditerranée, les majestueuses ruines des cités romaines et byzantines. Aux fruits on juge l'arbre. J'entrerai néanmoins dans les raisons des adversaires français de la Compagnie, assez acharnés et persévérants pendant deux siècles pour obtenir soudain, au moment propice, la dispersion d'une « famille spirituelle » dont la fécondité mondiale faisait et fait encore un vif contraste avec l'âpreté chicanière, l'étroitesse de vues et l'acharnement à détruire qui lui furent alors opposés en France. [Lire l'article]

 

De Montaigne à Pascal : les humanités, la science moderne et la foi (I et II)

Automne et hiver 2005/N°111 et 112

Marc Fumaroli  propose ici, en bonnes feuilles, un « exercice critique » consacré à L'Art de conférer de Montaigne et à L’Esprit de géométrie de Pascal, deux « discours de la méthode » qui n'ont rien perdu de leur portée à notre époque, où l'on s'ingénie à sacrifier les humanités à de pseudosciences, et à opposer la science aux humanités. [Lire l'article parties I et II]

 

De l'État cultivé à l'État culturel

Printemps 2006/N°113

L'histoire de France est pourvoyeuse de mythes aussi tenaces que les credo religieux. Surgie en 1958 pour restaurer l'autorité de l'État, la Ve République, faisant de son président un roi qui gouverne et un chef d'État plébiscité, s'est rêvée en « Grand Siècle » ou en second « Grand Consulat ». [Lire gratuitement l'article]

 

État éducateur et État culturel :
un dilemme français irrésolu

Été 2007/N°118

Cette conférence a été prononcée en septembre 2006, au Mexique, devant un public de diplomates et d’universitaires. Dans l’esprit du conférencier, après un quart de siècle, c’était sa réponse au fameux discours de Jack Lang à la conférence de l’UNESCO qui s’était tenue, en juillet 1982, à Mexico. [Lire l'article]

 

Discours de réception de Gérard Régnier

Été 2009/N°126

Marc Fumaroli a reçu sous la Coupole Gérard Régnier. Nous sommes heureux, en reprenant une tradition abandonnée par la presse, de publier son discours. Nous le sommes d’autant plus que Gérard Régnier a une double identité. D’un côté, le conservateur du musée Picasso, l’historien de l’art. De l’autre, Jean Clair, écrivain de la NRF depuis longtemps et que les lecteurs de Commentaire connaissent bien puisqu’il écrit régulièrement dans notre revue. [Lire l'article]

 

Résurrection d'un prince français oublié : Théophile Gautier

Hiver 2011/N°136

Voltaire a été le premier à faire valoir cette vérité élémentaire : les princes véritables qui ont honoré le nom de la France, ce ne sont pas ses chefs politiques et militaires, mais ses grands écrivains, de Montaigne à Proust en passant par Balzac et Hugo. À l'étranger, en original ou en traduction, ils ne vieillissent pas, ils restent les ambassadeurs les plus appréciés et les moins coûteux de l'Hexagone. Nulle part comme en France ne s'est incarnée dans de grands écrivains, de régime en régime, en marge comme à l'opposé du pouvoir politique, une principauté spirituelle laïque dont le rayon d'action ne s'arrête pas aux frontières françaises, mais s'étend au vaste domaine tout humain, tout poétique, tout artiste, de la vérité des cœurs et des lumières de l'esprit. [Lire l'article]

 

Un goût gallican ?
Poussin et la réforme des arts français

Automne 2016/N°155

Nicolas Poussin (1594-1665) appartient à la génération française qui parvient à l'âge adulte à la fin du règne d'Henri IV et sous la régence de Marie de Médicis. Il fait partie de ce groupe de réformateurs lucides et résolus qui, sans se concerter, mais non sans converger, dans les plus différents domaines, le religieux, le politique, le littéraire, l'artistique, le philosophique, se sont employés à rendre au royaume, dans le sillage d'Henri IV, le sens de l'ordre, de l'esprit de suite, de l'excellence patiemment obtenue. Tous, depuis le cardinal de Bérulle et sa spiritualité mystique, jusqu'au cardinal de Richelieu et son génie politique, depuis Corneille et son théâtre jusqu'à Descartes et sa méthode, depuis Malherbe et sa poétique jusqu'à Molière et son rire, auraient pu contresigner la profession de foi de Nicolas Poussin adressée à Chantelou en 1642 : « Mon naturel me contraint de chercher et aimer les choses bien ordonnées, fuyant la confusion qui m'est aussi contraire et ennemie comme est la lumière des obscures ténèbres. » [Lire gratuitement l'article]

 

Chateaubriand et la vertu de l'amitié

Automne 2018/N°163

Marc Fumaroli a choisi ces pages pour nos lecteurs. Elles sont extraites de sa riche préface à l'édition d'un volume particulier de la correspondance de Chateaubriand avec deux femmes, Delphine de Custine et Claire de Duras, L'Amante et l'Amie. [Lire gratuitement l'article]

 

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À vouloir confondre, au nom de la Terreur [dans les Lettres], l'étoffe des lieux communs avec leur usure dans la vie courante, à plus forte raison avec leur usage de propagande ou de publicité commerciale, on jette le bébé avec l'eau sale, on sort de la conversation civile et humaine. Politiquement, on se place en dehors de la démocratie. Sous couleur de faire la guerre totale aux « poncifs » bourgeois, on liquide aussi les questions générales que ces poncifs supposent, qui hantent tous les hommes, qui définissent leur humanité, et dont la littérature depuis toujours est tissée. Car ces questions simples et fortes, communes à tous les publics, sont susceptibles des réponses les plus diverses, selon les lieux, les personnes, les talents, les circonstances. Et ces réponses elles-mêmes, pour peu qu'elles ne soient pas insincères et touchent de près ou de loin au secret des cœurs, intéressent tout le monde, car elles réveillent en nous tous une de ces questions qui n'ont point de fin et qui nous poignent. Il faut être bien pédant pour ne pas voir que les réponses d'Édith Piaf de Maurice Chevalier ou de Charles Aznavour (que les Mythologies de Barthes n'évoquent pas) peuvent toucher, selon les heures, autant que celles de James Joyce ou de Marcel Proust. En réalité, l'art populaire, quand il réussit à être vraiment populaire, peut aller jusqu'au secret des lieux communs aussi bien que l'art savant. L'un et l'autre chacun dans son ordre, participent à leur manière de la grande démocratie des lieux communs. Celle-ci repose en dernière analyse sur la nature humaine, dont le secret est manqué à coup sûr quand, après l'avoir interdite, on la condamne à ruminer ses crimes, et à les expier en se pliant à une culture qui ne lui dit rien, mais qu'elle doit faire semblant d'aimer pour ses péchés. Cette critique terroriste rend impossible tout art populaire, aussi bien que tout art et littérature vivants. Cet adjectif a été dérobé par la Culture d'État. Pour elle, « vivant » signifie contemporain et au goût des coteries régnantes. Vivant signifie en réalité en accord avec la nature, et comme telle, vainqueur du Temps. Tel est le « secret » au fond des lieux communs qui hantait Paulhan.

Marc Fumaroli

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