Mai 68

La lettre du vendredi 11 mai 2018

En octobre 2017 on a bien peu commémoré le centième anniversaire de la révolution d’Octobre. Pourtant elle n’avait pas manqué ni d’admirateurs dans l’intelligentsia française, ni d'importance dans l'histoire. En mai 2018, on a bien peu commémoré le soixantième anniversaire du retour au pouvoir du général de Gaulle. Pourtant cet événement a donné sa marque à la politique française depuis le milieu du XXe siècle. En revanche, tous les dix ans, l’horloge commémorative de mai 68 en France se remet en marche. Ce fut un grand événement pour ceux qui le vécurent. Fut-il un grand événement historique ? C’est une autre histoire. Commentaire a souvent abordé cette question. Voici quelques-uns des articles qui ont analysé sans célébrer.

 

Raymond Aron, "Explication sommaire de l’absurde"

n° 122, printemps 2018

Cet article est extrait de La Révolution introuvable, livre publié en 1968 chez Fayard. Dans ce chapitre, Raymond Aron ne répond pas aux questions de son interlocuteur, Alain Duhamel, comme il le fait dans le reste de l’ouvrage. Il a écrit ce texte directement, d’un seul jet, pour essayer de percer le mystère de l’événement (la « révolution » de mai 68) en reprenant le film séquence par séquence. Puis, il a analysé le retournement de situation provoqué par le triomphe de la droite gaulliste aux élections de juin, conséquence et issue de cette fameuse « révolution ». [acheter la suite de l'article]

 

 

Alain Besançon, "Souvenirs et réflexions sur mai 68"

n° 122, printemps 2018

Un jour, Mazarine, la fille du Président Mitterrand, a parlé en mal de sa famille parce qu’elle était bourgeoise. En revanche, ajoutait-elle, approbative, « ils ont tous fait mai 68 ». Ce fait est remarquable. Car, en fait de faire, cela s’est borné à une excitation et à un flot de paroles.
Et cependant… Dans chaque génération peut-être, il se produit un événement central, qui donne sa marque, son ancrage, son identité, même, à ladite génération. Le XXe siècle en a connu plusieurs, qui ne sont pas perçus de la même façon par tous, au contraire, de façon opposée, violemment contradictoire, mais qui forment repère. C’est le point d’attache des individus à l’histoire, le trait d’union des parcours individuels privés au grand événement collectif de la cité. [acheter la suite de l'article]

 

 

Jean-Claude Casanova, "Commémorons, commémorons…"

n° 122, printemps 2018

Pour mai 1968, bien que ce ne fût qu’un 40e anniversaire, nous avons eu droit à une débauche de livres et les radios s’en sont donné à cœur joie. Dans leur cas, c’était normal : elles se célébraient elles-mêmes, puisque sans elles et sans l’écho puissant qu’elles donnèrent aux manifestations, il n’y aurait pas eu de « révolution » en 68. Les éditeurs, piqués par la fièvre nostalgique, se sont transformés en officiants. Reste à savoir si les nouvelles générations, gagnées par cette ferveur, se laisseront à nouveau guider par les « idées de 68 ». [lire gratuitement la suite de l'article]

 

 

 

Nathanaël Dupré La Tour, "Paris, Prague et la modernité"

n° 122, printemps 2018

Quoi de commun entre le Printemps de Prague et mai 1968 ? Peu de choses, si l’on en croit un bon connaisseur de la France et de la Tchécoslovaquie : « Le Mai parisien mettait en cause ce qu’on appelle la culture européenne et ses valeurs traditionnelles. Le Printemps de Prague, c’était une défense passionnée de la tradition culturelle européenne dans le sens le plus large et le plus tolérant du terme (défense autant du christianisme que de l’Art moderne, tous deux pareillement niés par le pouvoir). Nous avons tous lutté pour avoir droit à cette tradition menacée par le messianisme anti-occidental du totalitarisme russe. » Voilà ce qu’écrivait Milan Kundera (dans sa préface au roman Miracle en Bohême de Josef Škvorecký, Gallimard, 1978), opposant de façon définitive la remise en cause française de la culture traditionnelle, d’une part, de l’autre la lutte tchécoslovaque pour un « droit à l’héritage » refusé par un pouvoir communiste vassal de l’Union soviétique. [acheter la suite de l'article]

 

 

Nicole Gnesotto, Prague 1968 : le trou noir de la gauche française

n° 32, hiver 1985
Pierre Grémion, Paris-Prague. (Julliard, coll. "Commentaire", 1985, 368 pages.)

L'antitotalitarisme d'aujourd'hui n'est pas l'héritier de la gauche de 1970 : il s'est fait contre elle, à côté, en dépit d'elle. Le Paris-Prague de Pierre Grémion se veut à cet égard une douloureuse cure de désintoxication. Durant une décennie, partis et intellectuels de gauche sont en effet restés dans leur majorité réticents ou aveugles aux trois actes de la tragédie tchèque : le printemps de 1968, la répression de 1972, la charte de 1977. Dans la généalogie de l'antitotalitarisme français, Prague relève donc par excellence du non-événement, de la gauche du martien ou du dynosaure. Il y avait eu une génération de 56 avec Budapest, il y en aura une autre en 1974 avec Soljenitsyne. Entre les deux, Prague, c'est le trou noir de la gauche française, vu d'aujourd'hui. [acheter la suite de l'article]

 

 

Antoine Prost, "Les universités françaises de 1808 à 1968"

n° 137, printemps 2012

L’histoire des universités du début du XIXe siècle aux événements de 1968 s’articule autour de la date-pivot de 1896, date de la loi qui les a créées.
L’Université impériale était une vaste corporation, structurée en académies dirigées par des recteurs sous l’autorité d’un Grand Maître. Ce n’était pas la réunion de véritables universités. L’enseignement supérieur était organisé en facultés. Celles de droit, de médecine et de pharmacie étaient les anciennes écoles spéciales. Comme leurs formations étaient utiles, voire requises, pour certaines carrières, elles avaient des étudiants. Les facultés de lettres et de sciences n’en avaient pas. Elles remplissaient une tout autre fonction. [acheter la suite de l'article]

 

Raymond Aron, "L'illusionniste. La loi de 1968 sur les universités"

n° 28, hiver 1984

Après les événements de mai 1968 le gouvernement de Maurice Couve de Murville entreprit de reformer les universités. La loi d'orientation fut débattue à l'Assemblée nationale à partir du 3 octobre 1968. Elle fut adoptée, à l'unanimité, après déclaration d'urgence, le 10 octobre 1968. Le 3 octobre 1968 Raymond Aron consacra son article du Figaro au projet de loi et à son auteur, Edgar Faure. [acheter la suite de l'article]

 

 

Alfred Fabre-Luce, "Malraux en jugement"

n° 122, printemps 2018

Fabre-Luce, dès le début des événements, avait quitté son domicile de l’avenue Foch pour s’installer dans un petit hôtel de la rive gauche, « plus près du tourbillon ». Son livre, l’un des plus brillants de la période, est né de ce reportage. Celui que ses amis avaient surnommé autrefois l’« homme le plus intelligent de France » critiquait depuis longtemps le général de Gaulle. Il avait même publié en 1962, en Suisse, un livre, Haute Cour, qui fut interdit et pour lequel il fut poursuivi. Il y dressait un bilan historique et politique de l’action du Général. Il avait imaginé de le faire sous la forme d’un procès au cours duquel l’accusation et la défense s’exprimaient, laissant le lecteur libre de décider, à l’issue des débats, du jugement qu’il convenait de porter.
En mai 1968, l’apologue prit chair. La fuite à Baden imita la fuite à Varennes. Mais la fuite à Baden réussit. Le Général revint en triomphateur. [acheter la suite de l'article]

 

Alain Besançon, "À propos du Père Congar. L'Église et mai 1968"

n° 97, printemps 2002
Yves Congar : Journal d’un théologien, 1946-1956. (Cerf, 2001, 462 pages.)

L’effet le plus patent de 1968 est la chute de l’autorité, plus précisément de l’autorité qui s’exerce de personne à personne : celle du professeur sur l’élève, du patron sur l’employé, de l’évêque sur le prêtre, du mari sur la femme, du père sur l’enfant, etc.
Cette deuxième révolution, aussi importante que celle qui, en 1789, a instauré la démocratie politique, et qui en est la suite logique puisqu’elle peut être analysée comme un débordement de la démocratie hors de l’ordre politique, a commencé et a porté ses plus grands effets dans les deux pays qui avaient initié la première révolution, l’Amérique et la France, et dans le même ordre chronologique. [acheter la suite de l'article]

 

Enzo Bettiza, "En mai 68"

n° 116, hiver 2006

Ma première rencontre avec Jean-François Revel date de 1968, dans un Paris suspendu entre le structuralisme à la mode et le début des mouvements étudiants de mai. J’avais été envoyé par le Corriere della Sera pour effectuer un reportage sur les nouveautés culturelles françaises. Je me suis établi entre mars et avril à l’hôtel du Pont-Royal et, amicalement assisté par François Fejtö et François Bondy, lequel dirigeait alors la revue Preuves, j’ai entamé une longue descente dans l’univers de l’intelligentsia parisienne. [acheter la suite de l'article]

 

Antoine Jeancourt-Galignani, "L’Inspection des Finances en mai 1968"

n° 147, automne 2014

À la différence des membres des autres grands corps de l’État, les inspecteurs des Finances n’ont pas éprouvé le besoin, en mai 1968, d’exprimer par des communiqués l’intensité de leurs émotions et de leurs réflexions. Ils n’en ont pas moins traversé cette brève tempête sans s’émouvoir ni réfléchir. Antoine Jeancourt-Galignani, qui était alors le jeune chargé de mission auprès du chef de service de l’Inspection générale des Finances, raconte avec malice comment les « événements » furent vécus au saint des saints de la Rue de Rivoli. [lire gratuitement la suite de l'article]

*

**

Retrouvez tous nos articles sur www.commentaire.fr

Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova
116 rue du Bac – 75007 Paris – ISSN 0180- 8214
Copyright © 1978-2018 Commentaire - Tous droits réservés
twitter
facebook
Si vous ne souhaitez plus recevoir cette newsletter, désabonnez-vous en suivant ce lien pixel