Lisons, relisons Commentaire (I)

La lettre du vendredi 20 mars 2020

Les Français sont en quarantaine et la revue avec eux. Cela ne nous empêchera pas de travailler, et n’empêchera pas nos amis lecteurs de lire ou de relire. Les universités sont fermées, les bibliothèques et les librairies aussi. Restent nos foyers, nos livres et nos ordinateurs. 

Vous pouvez sur notre site compulser les 169 numéros publiés sans interruption depuis 1978. 

Notre objectif est la parution début juin du numéro 170 de Commentaire, sous ses deux formes : certainement en numérique et, si possible, en papier. Nos bureaux resteront fermés aussi longtemps qu’il sera nécessaire, mais vous pouvez nous écrire par mail ou nous téléphoner. 

Chaque semaine, comme nous le faisons aujourd’hui, nous vous adresserons La lettre du vendredi. On dit que Newton profita d’une quarantaine sévère pour faire d’admirables découvertes. Découvrez ici quelques articles anciens parus dans les trois premières années de la revue.

 

Incertitudes françaises

Raymond Aron
N°1/Printemps 1978

Au printemps dernier, mes amis et moi, alors que nous préparions le premier numéro de Commentaire, nous choisîmes ensemble le titre de l'article politique de tête : Incertitudes françaises. Avouons-le en toute humilité : avant les vacances, nous supposions tous que la campagne électorale, prévue de septembre 1977 à mars 1978, se déroulerait bloc contre bloc, droite contre gauche, l'actuelle majorité contre les trois partis signataires du programme commun. Or, à cette date, la victoire de l'opposition nous paraissait pour le moins plausible. Du même coup, le régime de la Ve République semblait mis en question en même temps que le système économique du pays. [Lire la suite]

 

Sur quelques sources françaises
de l’antisémitisme moderne

Paul Bénichou
N°1/Printemps 1978

La persistance jusqu'à notre époque d'attitudes, de pensées et d'affects médiévaux hostiles aux Juifs peut être déplorée. Elle n'en est pas moins un fait, plus digne encore de provoquer la surprise que l'indignation. On peut expliquer de plusieurs façons la permanence de l'antisémitisme. Elle n'est peut-être qu'un cas particulier de la redoutable vitalité des préjugés. Je ne sais si cette explication est suffisante ; ce que je me propose ici n'est pas de rechercher les causes de l'antisémitisme, mais seulement de décrire un tournant de son histoire. S'il est vrai que les préjugés ont la vie dure, ils ne peuvent pourtant se perpétuer, à travers les vicissitudes des sociétés, qu'en se transformant. L'antisémitisme moderne, celui du xixe et du xxe siècles, dérive sans doute de celui des siècles antérieurs, mais il est différent de lui. Par quelles nouveautés ? Surgies où et comment ? C'est à ces questions que je souhaiterais apporter quelques éléments de réponse. [Lire la suite]

 

Soljénitsyne à Havard

Alain Besançon
N°4/Hiver 1978

Le discours qu'a prononcé Soljénitsyne à Harvard, en juin 1978, est susceptible d'au moins deux interprétations, l'une évidente et facile, l'autre plus risquée et plus hypothétique, mais qui pourrait être aussi la plus intéressante et la plus vraie. Je voudrais les présenter l'une après l'autre. Depuis 1917, il est né peu d'hommes et sans doute aucun Russe plus digne d'admiration qu'Alexandre Soljénitsyne. D'un mal radical qui a failli l'anéantir physiquement et moralement, parmi cinquante millions d'autres, il s'est échappé blessé mais vainqueur. Il a vu que la puissance du régime soviétique résidait dans le secret jalousement gardé de son principe et de ses opérations. Ce secret, il l'a pénétré et publié. [Lire la suite]

 

Comment être « socialiste-conservateur-libéral »
Credo

Leszek Kolakowski
N°4/Hiver 1978

« Avancez vers l'arrière s'il vous plaît ! Telle est la traduction approximative d'une injonction que j'entendis un jour dans un tramway de Varsovie. Je propose d'en faire le mot d'ordre d'une puissante Internationale qui n'existera jamais ». Ainsi s’exprimait le grand Kolakowski en 1978. Aujourd’hui, se joindraient à ce rassemblement  tous les lecteurs attentifs de Pascal et les partisans politiques du « en même temps ». [Lire gratuitement la suite]

 

Les angoisses existentielles des intellectuels français
Réflexion sur vingt années de révolution culturelle

Michel Crozier 
N°6/Été 1979

Le sous-titre de cet article pourrait surprendre, la révolution culturelle dont il sera question n'a rien à voir avec l’espérance maoïste. Il s'agira prosaïquement de la place et du rôle des intellectuels dans la société française. À la fin des années 40 et au début des années 1950, « l'intellectuel français » s'était vu comme le héros et en quelque sorte comme le porte-flambeau de l'humanité souffrante ; mais son « radicalisme » n'était qu'une illusion : dans ses manières et ses modes de raisonnement, c'était encore un aristocrate qui se trouvait tout d'un coup en complet décalage avec une société en voie de transformation profonde. Ce décalage très douloureux était à la source du malaise existentiel dont cet establishment commençait à se faire une nouvelle gloire romantique. Ce phénomène était général et naturel dans tous les pays de démocratie avancée, car il correspondait à l'accroissement considérable des « besoins intellectuels », donc du nombre des intellectuels, ce qui entraînait une conséquence simple : plus la société a besoin d'intellectuels et plus la position sociale de chacun des intellectuels membres d'une plus large masse se trouve paradoxalement dévalorisée : la France serait bien obligée, comme les autres pays européens, d'épouser son siècle. [Lire la suite]

 

L’abbé de Pradt et l’Europe constitutionnelle

Bertrand de Jouvenel
N°7/Automne 1979

Les écrits de l'abbé de Pradt (1759-1837) m'ont paru d'une grande actualité voici plus de cinquante ans. Ils me paraissent aujourd'hui d'une plus grande et plus durable actualité. Ce seront ici mes deux thèmes. Comment ai-je fait sa connaissance ? Chez mes amis bouquinistes, qui tiennent les plus excitants des salons, où l'on ne perd jamais son temps, où l'on fait toujours des rencontres imprévues et enrichissantes. Chez Magis, chez Clavreuil, c'est là que l'histoire était vivante. Qui était l'abbé de Pradt ? Quelle a été sa carrière ? [Lire la suite]

 

Existe-t-il un mystère nazi ?

Raymond Aron
N°7/Automne 1979

La question nazie appartient désormais aux historiens ; la question soviétique (ou stalinienne) reste actuelle. La comparaison entre le nazisme et le soviétisme, classique durant les quinze années qui suivirent la guerre, devient pour le moins difficile. Le IIIe Reich ne dura que treize années : six années et demie de paix (ou de préparation à la guerre), puis les hostilités entre septembre 1939 et mai 1945. Le régime créé par Lénine et ses compagnons célébra en 1977 son soixantième anniversaire. Les hommes au pouvoir n'ont guère connu l'ancien régime, ils n'ont pas joué un rôle important dans la révolution et la guerre civile. Nous ne saurons jamais ce qu'eût été la deuxième ou la troisième génération des hitlériens, quelle Allemagne, quelle Europe serait sortie de la victoire du IIIe Reich. [Lire la suite]

 

L’Iran, la politique et l’Écriture sainte

Christian Jambet
N°8/Hiver 1979

Que la politique puisse être tirée de de l'Écriture sainte, cela se sait, et de plus loin que Bossuet. C'est que deux traditions se contrarient, dès l'origine, dans l'horizon de la religion musulmane et shi’ite  des Persans : une tradition gnostique et une tradition littérale. En étudiant ces deux traditions l’auteur montre « ce qu’a de ruineux, de contradictoire et d’inquiétant, du point de vue même de l’Islam shi’ite, l’idée de l’unité d’une histoire sociale et du fait religieux. L’Iran mérite autre chose ». [Lire la suite]

 

Pour le retour aux humanités
Propositions pour la réforme des études littéraires en France

Alain Michel
N°12/Hiver 1980

L'article d'Alain Michel revêt une grande importance. Par une série de décisions irréfléchies, prises au cours des années 1960, les études littéraires ont été mises en marge de notre enseignement. Il en est résulté que nos élites intellectuelles, scientifiques, judiciaires et administratives sont désormais formées sans véritable culture dans le domaine des humanités : philosophie, littérature, histoire et arts. Certains enseignants de ces disciplines, conservateurs obtus ou novateurs béats, ont leur part de responsabilité. Mais le problème n'est ni de distribuer les blâmes et les éloges, ni de rêver d'un ordre ancien, trop facilement idéalisé d'ailleurs. En revanche, il faut, comme le fait Alain Michel, chercher les causes du mal et ses remèdes, revenir aux humanités sans renoncer aux sciences, « se défier des dialectiques réductrices et garder à l'enseignement sa nécessaire complexité ». [Lire gratuitement la suite]

 

Où sont les barbares ? Les illusions de l’universalisme culturel

Leszek Kolakowski
N°11/Automne 1980

Mon propos n'est pas de présenter une description historique du sujet. Je ne m'aventurerai pas non plus dans les prophéties. Il s'agit d'un jugement de valeur explicitement dévoilé comme tel. Il se résume en un mot : il s'agit de la défense d'une idée qui, ayant été la cible d'attaques violentes au cours des dernières décennies, a été presque entièrement retirée de la circulation : l'européocentrisme. Le mot, sans nul doute, appartient à la catégorie des concepts fourre-tout, des mots commodes que l'on utilise sans les définir et où on met d'habitude, pêle-mêle, un certain nombre d'absurdités patentes qu'il ne vaut pas la peine de dénoncer. Et le bon usage du mot consiste en ceci qu'en s'acharnant contre les absurdités qui lui sont vaguement associées, on veut détruire certaines idées non seulement défendables, mais dont la défense est parfois cruciale pour le destin de la civilisation. [Lire la suite]

 

Dissidence, littérature et vérité
À propos de Milan Kundera

Eugène Ionesco
N°11/Automne 1980

Je ne lis plus que des livres des écrivains de l'Est que l'on appelle « dissidents ». Kundera, que j'apprécie fort, est l'un de ceux-ci. Heureusement et malheureusement, ils sont les seuls à pouvoir nous dire encore des choses vraiment tragiques, authentiques, vraies. Les écrivains occidentaux ont dit tout ce qu'ils avaient à dire, au moins pour le moment. Les écrivains dissidents peuvent écrire n'importe comment. Le problème de la forme, qui caractérise les cultures alexandrines, les cultures décadentes, ne compte plus pour ceux-ci. Le contenu est plus important que la forme. Mais il faut qu'il y ait un contenu : or il existe, ce contenu, dans tous les livres des écrivains courageux de l'Est, douloureux, dramatique, impitoyable ; qu'il s'agisse comme chez Soljénitsyne, un des plus représentatifs, de l'oppression directe, des bagnes ou, comme chez Kundera, où l'oppression existe en arrière plan, des rapports individuels, de l'amour, de l'érotisme. Cette oppression se reflète dans les rapports individuels, la psychologie des êtres en est bouleversée par le nouveau sur-moi social. [Lire la suite]

 

Le système conceptuel
de la démocratie en Amérique

François Furet
N°12/Hiver 1980

On sait que La Démocratie en Amérique a été publiée en deux fois. Le premier volume, consacré à la description analytique des institutions américaines, a paru en 1835 ; le second, qui étudie de façon plus abstraite l'influence de la démocratie sur les moeurs et les habitudes nationales, à partir de l'exemple américain, en 1840. Le commentaire du voyage le plus intelligent du xixe siècle a pris à Tocqueville près de dix ans d'études supplémentaires et de travail intellectuel acharné. Les principales idées-mères, notamment celles du premier volume, le plus spécifiquement « américain », sont déjà dans les notes du voyage : preuve que le voyageur est arrivé avec son « système » en tête. Mais s'il a pris son temps pour écrire, ce n'est pas seulement par goût du beau style ; c'est pour « mettre à plat » son objet d'étude, ce qui supposait beaucoup de lectures, dans le domaine constitutionnel, politique et juridique notamment. C'est ensuite et surtout parce qu'il veut « penser » complètement ce qu'il a « appris », approfondir son schème conceptuel à l'aide des matériaux américains et en raffiner la « leçon » pour les peuples européens. Tocqueville est un esprit qui laboure indéfiniment les mêmes idées et qui en déterre toujours des aspects nouveaux : le deuxième volume de la Démocratie est le meilleur exemple de ce type de patience intellectuelle. [Lire la suite]

 

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