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Lettre de New York : Gérard Karsenty

La lettre du vendredi 30 avril 2020

Chers Amis,

Dans les années 1980, interne en médecine à Paris, je fus introduit à Commentaire par un ami cher, ancien étudiant d'Aron. Lire Commentaire alors était un havre de lucidité, de calme, d’honnêteté, de respect pour tous, de libéralisme, de clarté d'analyse et d’absence d’hyperbole creuse. Cette revue d’obédience libérale et non sectaire était, dans cette France et cette Europe d’avant la chute du Mur, un îlot qui semblait être habité par l’âme de Montesquieu, de Tocqueville et bien sûr d’Aron. Le vacarme, la cacophonie et les excès de la presse quotidienne laissaient place aux analyses limpides, mesurées et pourtant implacables sur ce que l’on appelait encore alors l’Ouest et l’Est.

Je m’abonnais et je devins littéralement un ami de la revue. Je lisais chaque numéro avec respect, admiration, envie aussi pour ces esprits droits qui contribuaient à donner de la vie intellectuelle en France une image vaillante comme sa devise, rayonnante et, pour être franc, admirable. Cette revue, cet ami, ce nouvel ami, m’a accompagné sans faillir depuis. De la perestroïka, qui ressemblait à une fin de règne, à la chute du Mur et l’illusion de la fin de l’Histoire jusqu’à la nouvelle montée dans tous les pays, y compris celui d’où je viens et celui où je vis, des extrêmes et des démagogues. Cet ami fut aussi le témoin de mes propres évolutions, de la France vers les États-Unis, de la médecine vers la recherche expérimentale.

Quand il me fut demandé de contribuer pour la première fois, je reçus cette demande comme un compliment, une motivation pour l’excellence, et aussi une façon de remercier cette revue pour tout ce qu’elle m’avait apporté depuis 1983. Je n’ai écrit que sur ce que je crois connaître un peu : les États-Unis, la recherche médicale, Israël et parfois le cinéma. Chaque article que j’ai envoyé je l’ai fait avec humilité et admiration, je les ai écrits avec le souci de respecter l’esprit de tempérance et de liberté intellectuelle qui habite cette revue et avec le secret espoir que ces articles soient des réelles contributions et non des sujets de satisfaction personnelle.

Depuis quarante ans, Commentaire éclaire pour moi d’un œil jamais dogmatique et toujours curieux, l’évolution bien sûr imprévisible du monde, en cela elle m’a fortifié dans mon aversion des idéologies transcendantes. Commentaire a aussi été pour moi, et j’en suis reconnaissant, une tribune où en essayant de donner le meilleur de moi-même j’ai voulu donner un éclairage différent sur les États-Unis, Israël et trois ou quatre films. Être un de ses contributeurs compte parmi les honneurs de ma vie professionnelle. Continuez.

Gérard Karsenty

 

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Sur la recherche médicale
Leçons d’une expérience

N° 172/Hiver 2020

image « Ce serait folie de croire en la médecine si n’y pas croire en était une encore plus grande, car de cette succession d’erreurs sont nées quelques vérités. » Cette phrase lapidaire et pourtant si complète de Marcel Proust capture sans illusion, mais avec admiration la vérité quotidienne de la médecine, et elle va beaucoup plus loin. Pour qui est comme moi, médecin de formation et chercheur scientifique par profession, cette phrase parle autant à celui que je fus qu’à celui que je suis devenu. En effet, comme et peut-être plus que la médecine, la recherche scientifique progresse, en partie, d’erreur en erreur. [Lire l'article]

 

Au cinéma : Marriage Story
Abus de confiance, abus de pouvoir

N°169/Printemps 2020

image Voir un film c’est entrer dans une relation à la fois intellectuelle et émotionnelle d’un type bien particulier. Cette relation inhabituelle s’établit entre deux personnes qui ne se connaissent pas et ne se connaîtront probablement jamais : le spectateur et l’auteur. Et pourtant chacune de ces personnes a un réel besoin de l’autre. L’un pour justifier sa quête artistique, l’autre pour l’aider à comprendre sa propre vie. L’auteur doit savoir choisir une histoire et savoir la raconter. Au cinéma cela veut dire avoir les meilleurs acteurs possibles pour les rôles, une musique belle, mais discrète, un grand directeur de la photographie et un excellent montage. En plus d’être un auteur, Noah Baumbach est un vrai professionnel et son dernier film, Marriage Story, a tous ces ingrédients. Ensuite, comme dans toute relation artistique, le ou les thèmes abordés, les situations de la vie évoquées par l’auteur doivent être suffisamment universels pour permettre qu’une connexion intellectuelle et émotionnelle s’établisse entre l’auteur et le spectateur. C’est là où le bât blesse pour Marriage Story. [Lire l'article]

 

Un Président sans qualités

N° 161/Printemps 2018

image L’évolution d’un pays est faite d’épiphénomènes qui accaparent l’attention de tous et de courants de fond qui, à l’abri des regards, sans bruit, lentement, transforment le pays en profondeur, mais ne deviennent apparents que lorsque leur travail est terminé. Comme le disait si justement Marx : « Les hommes font leur histoire, mais ne savent pas l’histoire qu’ils font. » Mais on peut affirmer que, par leur nature et par leur style, la campagne électorale et maintenant la présidence de Donald Trump constituent une rupture dans l’histoire politique américaine. [Lire l'article]

 

États de siège, Israël aujourd’hui

N° 153/Printemps 2016

image Je suis allé pour la première fois en Israël en 1972 quand j’avais 18 ans, en compagnon de route dont l’inconditionnalité s’expliquait par mon origine et mon âge. J’ai ensuite séjourné régulièrement, travaillé, forgé des relations personnelles extrêmement fortes dans ce pays durant les quatre années qui suivirent. Je n’y suis pas retourné entre 1976 et 2013. Cette interruption involontaire de presque quarante ans a pour conséquence que j’étais plus à même de percevoir une évolution profonde de la société israélienne que si j’avais continué mes visites annuelles. C’est à cette perception d’Israël aujourd’hui qu’est consacré l’essai qui suit. [Lire l'article]

 

Lawrence Joseph Henderson ou le courage de l’esprit

N° 149/Printemps 2015

image Lawrence Joseph Henderson (1878-1942) fut une des gloires de Harvard. Il y avait été élève au College puis à l’École de médecine. Il fit ses premières recherches à Strasbourg, avant 1914, dans le laboratoire de physiologie de Franz Hofmeister. Il étudia également à Grenoble, puis enseigna à Harvard jusqu’à ses derniers jours. Cas unique, il professa la biochimie, la chimie et la sociologie. Il a été le précurseur et l’inspirateur de Karl Albert Hasselbach (l’équation Henderson-Hasselbach est utilisée pour calculer le pH comme mesure de l’acidité). Son premier grand livre, au titre difficile à traduire, The Fitness of the Environment (1913, puis constamment réédité), devrait être lu comme l’ouvrage séminal par les écologistes, il y démontre les relations entre la matière et l’organique. Ce qui le conduit à conclure, après avoir étudié les propriétés biologiques de la matière, que « tout le processus de l’évolution, à la fois cosmique et organique, est un, et que le biologiste peut légitimement considérer l’univers comme étant par essence “biocentric” ». En 1928, il publia son grand livre de physiologie : Blood. A Study in General Physiology. Il souligne l’importance des concepts d’équilibre et d’homéostasie. Ce qui le mena, esprit universel, à l’étude de la sociologie et notamment à l’œuvre de Pareto dont il devint enthousiaste entre 1926 et 1928. Ce qui le conduisit à écrire un livre sur Pareto (Pareto General Sociology: A Physiologist Interpretation, 1937) et à enseigner la sociologie. Son cours « Sociology 23 » eut à Harvard une influence considérable, suivie par une grande partie de la Faculty, dont Lowell, le président, et l’historien Crane Brinton. Il eut pour élèves et disciples George Homans, Talcott Parsons, Robert K. Merton, Chester Barnard, Clyde Kluckhohn, Elton Mayo. C’est Henderson qui inventa le concept de « système social » et qui inspira à Parsons son premier grand livre The Structure of Social Action. Il imposa Parsons à Harvard contre l’avis de Pitirim Sorokin que Lénine avait chassé de Russie et qui régnait jalousement sur le département de sociologie. Par son enseignement et ses écrits, Henderson peut être considéré comme l’un des fondateurs de la sociologie générale et théorique aux États-Unis, courant bien distinct de celui de la sociologie empirique qui prospérera à partir de l’université de Chicago. Nous sommes heureux que Gérard Karsenty, qui enseigne la physiologie à Columbia, veuille bien faire revivre pour nos lecteurs cette grande figure, à la fois éclectique et synthétique, dont tous les livres méritent d’être lus et médités. J.-C. C. [Lire l'article]

 

Un cercle comme une ornière

N° 141/Printemps 2013

image Pour une part, la plus belle, le cinéma est un art tout à la fois généreux et indulgent. En permettant à qui sait bien le faire d’allier le verbe, la musique, la couleur et le mouvement, il peut générer des impressions plus fortes que n’importe quelle autre forme d’expression. Ces impressions sont d’autant plus fortes si le cinéma s’attache à représenter des notions simples, mais éternelles : l’amour et/ou la haine, la solitude, l’amitié et/ou la trahison, la joie et/ou la peine, la richesse et/ou la misère. Qui n’a pas été touché, qui peut oublier après l’avoir vu une seule fois Jean-Pierre Léaud découvrant la mer dans Les Quatre Cents Coups ou Charlie Chaplin préparant un repas fait de lacets de chaussures dans La Ruée vers l’or ? Mais, aussi généreux et indulgent qu’il soit, le cinéma, comme tout art, a son point faible et ses limites. Ces limites sont celles du temps. [Lire l'article]

 

Le nouveau défi américain

N° 136/Hiver 2011

Incident transitoire ou signe d’une évolution plus profonde, le système politique américain ne fonctionne plus. Les Américains eux-mêmes s’en rendent compte sans pouvoir remédier à cette situation ou même en mesurer toutes les implications. Plus généralement, il semble que la société américaine ne soit pas capable de relever les défis qui se posent à elle tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Voici les observations d’un savant français vivant depuis longtemps aux États-Unis. [Lire l'article]

 

Coup de pied dans la fourmilière. Et après ?

N° 133/Printemps 2011

imageLe professeur Philippe Even (auteur de La Recherche biomédicale en danger, Le Cherche Midi, 2010,) est un homme clairvoyant qui a su comprendre l’importance d’une activité professionnelle qu’il n’a jamais pratiquée lui-même. Peu d’hommes dans sa situation ont fait preuve de tant de lucidité. En effet, clinicien de formation, excellant dans ce rôle difficile, quand, devenu doyen de la prestigieuse faculté de médecine de Necker Enfants-Malades, il a reconnu rapidement que sans une recherche biologique de premier ordre, une faculté de médecine ressemblerait davantage à un musée du savoir qu’à une usine à savoir. Cette évolution tant personnelle que professionnelle doit être saluée pour son courage, sa justesse d’esprit et sa nature exceptionnelle. Quel autre clinicien de formation arrivé au même poste et au même âge a su ou a voulu faire prendre une telle inflexion à sa faculté ? Lorsqu’un tel homme se met à écrire sur la recherche en biologie en France, on ne peut être, a priori, que favorablement disposé. [Lire l'article]

 

Idées rarement reçues sur les États-Unis

N° 130/Été 2010

image Les conversations de Philippe Meyer avec Harold Kaplan nous ont fait saisir ce qu’un Américain cultivé, vivant en France et imprégné de culture française, pouvait penser de notre pays. Il est, symétriquement, intéressant de saisir ce qu’un savant français, imprégné de culture américaine et vivant aux États-Unis, pense de ce pays. Les États-Unis servent d’épouvantail, de repoussoir, de référence ou d’exemple quand ce n’est pas tout cela à la fois. Tous pensent les connaître et donc formuler un jugement de connaisseur. Pourtant les Français qui y vivent constatent que leurs compatriotes qui visitent ce pays peinent à le déchiffrer. L’ambition de l’article de Gérard Karsenty consiste à dévoiler les aspects à la fois les plus importants, les mieux cachés et les plus originaux de la culture américaine. [Lire gratuitement l'article]

 

Changer la recherche pour sauver la recherche

N° 107/Automne 2004

Il n’y a pas de critère objectif pour mesurer le succès de l’entreprise scientifique d’un pays. Cela est vrai pour toutes les disciplines scientifiques, y compris celle que je connais le mieux, la recherche biomédicale. L’obtention du prix Nobel n’est pas ce critère au-dessus de toute critique, il est extrêmement réducteur et parfois injuste, car de très grands chercheurs ayant fait des découvertes de dimension historique ne l’ont jamais obtenu. Néanmoins, le prestige attaché à cette récompense, l’acharnement que chaque pays met à l’obtenir pour ses propres chercheurs et les vagues médiatiques qui se forment à chaque fois en cas de succès suffisent à indiquer qu’il reste un bon, imparfait, mais bon, critère d’évaluation de la vigueur de la recherche scientifique d’un pays. [Lire gratuitement l'article]

 

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