Les Lectures de Commentaire

La lettre du vendredi 22 décembre 2017

En fin d'année, nous publions une rubrique dans laquelle les collaborateurs de la revue, membres du comité ou du conseil de rédaction, parlent librement et brièvement de leurs lectures, qui ne portent pas nécessairement sur des livres parus dans l'année ni sur des livres recommandés dans les médias.
Aujourd'hui, nous vous offrons quelques lectures de ces dix dernières années.

L'équipe de la revue Commentaire souhaite à ses abonnés, lecteurs et amis un joyeux Noël !

Tirole - Philippe Trainar (Commentaire Numéro 156/Hiver 2016-2017)

S'il n'y avait qu'un seul ouvrage à lire cette année, je choisirais le « Tirole ». Son Économie du bien commun, que les PUF viennent d'éditer ce printemps, dans la pure tradition intellectuelle de cette maison, est en effet un ouvrage à lire et à méditer. Il dévoile un Prix Nobel tout à la fois convaincant et encyclopédique, à l'écriture élégante et précise. Économie du bien commun est l'ouvrage d'un économiste exceptionnel. Il faut dire que Jean Tirole, dans le prolongement de Jean-Jacques Laffont dont il reconnaît bien volontiers la paternité, a révolutionné la pensée économique en substituant à l'agent anomique de l'économie traditionnelle un agent stratégique mais fragile, qui pense, réfléchit, anticipe, agit et interagit. Lire la suite

Pour Sainte-Beuve - Michel Zink (Commentaire Numéro 160/Hiver 2017-2018)

L'image de Sainte-Beuve n'est pas bonne. On le juge sévèrement. Un poète médiocre, un romancier ennuyeux, contraint de se rabattre sur l'état de critique. Et quel critique ! Positiviste, historiciste, étroit. Qui n'est pas aujourd'hui avec Proust « contre Sainte-Beuve » ? Un fruit sec envieux, trahissant l'amitié de Victor Hugo. Un arriviste réactionnaire, acceptant de Napoléon III une chaire au Collège de France, dont il est contraint d'interrompre l'enseignement sous les huées.
Ses contemporains ne se sont pourtant pas trompés en voyant en lui un critique étonnant par l'étendue de ses curiosités comme par la liberté et la pénétration de son jugement. Il suffit pour s'en convaincre d'ouvrir les Lundis ou, désormais, Le Cahier brun dans lequel il a noté ses « observations et pensées » de septembre 1847 à décembre 1868, et que Patrick Labarthe vient de publier pour la première fois dans son intégralité (Charles-Augustin Sainte Beuve, Le Cahier brun 1847-1868, Genève, Droz, 2017, 535 p.)Lire la suite

Entre Londres et Moscou, 1932-1943 - Jean-Claude Casanova (Commentaire Numéro 160/Hiver 2017-2018)

Voilà un livre prodigieux (Ivan Maïski, Journal 1932-1943. Les révélations inédites de l'ambassadeur russe à Londres, trad. de l'anglais, texte édité et commenté par Gabriel Gorodetsky, Les Belles Lettres, 2017, 752 pages). On ne s'en dessaisit pas avant d'en avoir achevé la lecture. Il s'agit du journal d'Ivan Maïski, ambassadeur de Staline à Londres de 1932 à 1943. Ses ancêtres en Pologne étaient juifs. Socialiste menchevik, il avait été forcé à l'exil. Il rejoint la Russie en 1917, mais ne se rallie aux bolcheviks qu'un temps après le coup de force d'octobre. Comme il parle l'anglais, l'allemand et le français, il devient diplomate, protégé tour à tour par Tchitcherine et Litvinov (les « cosmopolites » qui précèdent Molotov). Nommé à Londres, il tient un immense journal, bien qu'entouré d'agents du NKVD et conscient de la terreur que fait régner le soupçonneux Staline. Lire la suite

 

 

La fin de l'Empire - Alain Besançon (Commentaire Numéro152/Hiver 2014-2015)
La fin de l'Empire romain d'Occident ne s'est pas faite en un jour. Elle s'étale avec des hauts et des bas sur au moins deux siècles. La crise commence au IIIe siècle, à la mort de Marc Aurèle, et déjà sous lui. […]
La thèse de l'auteur - Michel De Jaeghere, Les Derniers Jours. La fin de l'Empire romain d'Occident, Les Belles Lettres, 2015, 657 p. - est qu'il y a bien eu un effondrement. Pour le prouver, il ne part pas d'une théorie qui expliquerait par tel ou tel facteur cette catastrophe ou bien qui en dénierait la réalité. Il accompagne tout simplement la chronologie, il suit l'ordre des événements. Or il reste beaucoup de témoins. Lire la suite

 

Un manuel très utile sur l'islam Alain Besançon (Commentaire Numéro152/Hiver 2014-2015)
Les Français ne savent pas ce qu'est l'islam parce que personne ne leur a appris. En particulier les Églises, dont c'était le devoir, ou bien ignoraient l'islam ou bien refusaient de le connaître tant elles étaient soucieuses de lui faire bon visage. Pourtant l'actualité réclame une connaissance minimum de cette formation polico-religieuse qui s'impose à eux de manière fracassante. 
C'est pourquoi je me permets de recommander un manuel : Louis Garcia, Entretiens sur l'islam avec le professeur Marie-Thérèse Urvoy, Avignon, Éditions Docteur Angélique, 2015, 80 p. Ce questionnaire est court, mais clair, précis et sûr. Lire la suite

 

La Révolution et les trois fonctions - Fabrice Bouthillon (Commentaire Numéro 148/Hiver 2014-2015)
Peut-être ce qu'il y a de meilleur dans ce petit livre de Patrick Geay, La Révolution française ou le « triomphe » de la troisième fonction (Milan, Archè, « Histoire et métahistoire », 2013, 97 p.), est-il au fond son titre, car il a le mérite, et c'en est toujours un grand, de mettre en relation deux évidences qu'on n'aurait pas nécessairement songé sans lui à rapporter l'une à l'autre. Tout le monde sait que Marx tenait la révolution de 1789 pour une révolution bourgeoise. Tout le monde connaît aussi, plus ou moins, la thèse de Georges Dumézil sur l'existence, chez les peuples indo-européens, d'une idéologie spécifique selon laquelle une société est bien ordonnée lorsqu'on y distingue les trois fonctions de souveraineté (religieuse ou politique), d'activité militaire et de productivité, idéologie dont l'organisation politique de la France sous l'Ancien Régime porta la trace jusqu'à sa fin, avec la distinction des trois ordres, clergé, noblesse et tiers état. Tout ce que dit Geay, c'est que, dans l'exacte mesure où la Révolution française vit la victoire de ce dernier, et donc aussi celle de la bourgeoisie, elle fut le triomphe de la troisième fonction sur les deux autres. Lire la suite

 

Les arts de l'Europe classique - Marc Fumaroli (Commentaire Numéro 144/Hiver 2013-2014)
L'ancienne théorie de l'art, empruntée par les artistes de la Renaissance italienne à l'art gréco-latin de la parole persuasive, la rhétorique, était moins une théorie qu'un guide pratique pour l'artiste et pour l'amateur d'art. Lire la suite
Pour mieux faire connaître les peintres-académiciens de ces deux siècles féconds, les Éditions Arthéna, dirigées par des historiens d'art bénévoles, publient de magnifiques catalogues raisonnés, autant de mines de documents et de reproductions (8, rue François-Miron, 75 004, tél. 01 42 71 61 08). Tour à tour cette année ont paru un Charles Errard (1601-1689), d'Emmanuel Coquery ; un Charles-Joseph Natoire (1700-1771), de Susanna Caviglia-Brunel ; un Philippe-Jacques de Loutherbourg, d'Olivier Lefeuvre ; et on attend pour bientôt le François-Honoré Vincent (1746-1816) de Jean-Pierre Cuzin, ancien directeur du département des peintures du Louvre. De quoi se délecter et s'instruire sans s'ennuyer, selon le vœu classique du poète Horace.

Caroline de Margerie (Commentaire Numéro 140/Hiver 2012-2013)
Hilary Mantel, Wolf Hall, Londres, Fourth Estate, 2009, 672 p. et Bring up the Bodies, Londres, Fourth Estate, 2012, 432 p.) 

Dans Wolf Hall, qui a reçu le Man Booker Prize en 2009, l'ascension de Cromwell et celle d'Anne Boleyn sont parallèles et liées ; dans la suite, Bring up the Bodies, qui vient de remporter le Man Booker Prize 2012, l'un est l'instrument de la chute de l'autre qui n'a pas su produire un héritier mâle. Ces deux ouvrages n'ont aucun des charmes habituels du roman historique : écrits à l'indicatif présent, dans une langue presque contemporaine qui évite anachronismes et archaïsmes, ils mettent en scène un anti-héros rusé, réfléchi et secret. […] On attend avec impatience le troisième volume de cette remarquable trilogie. Lire la suite

 

Simon Leys (Commentaire Numéro 136/Hiver 2011-2012)
Il y a les livres de chevet – certains m'accompagnent depuis des années, et ils sont vraiment à mon chevet ; chaque soir, j'ouvre tantôt l'un, tantôt l'autre avant de m'endormir : le Journal de Jules Renard (Gallimard, Pléiade, 1965) ; Boswell, Life of Johnson (Oxford Paperback, 1970) ; les Cahiers de Cioran (Gallimard, coll. « Blanche », 1997, 998 p.) – pour lequel je suis en train de bricoler (pour mon usage personnel) un index (noms propres et thèmes) – et enfin les Escalios a un texto implícito de Nicolás Gómez Dávila (Bogota, Villegas Editores, 2005). Lire la suite

 

Philippe Raynaud (Commentaire Numéro 136/Hiver 2011-2012)
Plutôt – une fois n'est pas coutume – que de proposer mes choix dans la riche production académique des philosophes, des historiens et des juristes, j'ai choisi de parler de deux livres au genre littéraire incertain – mi-essais, mi-enquêtes – mais qui donnent une image à la fois inattendue et attachante de notre pays. Le livre d'Éric Dupin, Voyages en France, Seuil, 2011, 378 p., relate une série de dix-sept voyages en France. Le livre de Christophe Guilluy, Fractures françaises, François Bourin Éditeur, 2011, 206 p., est l'œuvre d'un géographe qui porte un regard très original sur la société française ;
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Cédric Argenton (Commentaire Numéro 132/Hiver 2010-2011)
Édouard Balladur, Premier ministre de cohabitation de François Mitterrand, rapporte dans ce livre, Le pouvoir ne se partage pas. Conversations avec François Mitterrand, Fayard, 2009, 436 p., les nombreuses conversations qu'il eut avec celui-là au cours des deux années qu'il passa à Matignon. Lire la suite
Raymond Aron a eu pour la pensée de son maître Alain des mots très sévères après guerre. Le citoyen contre les pouvoirs escamote en effet la dimension tragique de l'histoire. […] Dans les années 1960, les Propos sur le bonheur faisaient encore un tabac au Livre de poche. Aujourd'hui, qui se souvient d'Alain ? Voilà pourquoi la biographie de Thierry Leterre, Alain. Le premier intellectuel, Stock, 2006, 589 p. est bienvenue. Elle s'oppose d'abord à la grande tendance démocratique moderne qui est celle de l'amnésie. Lire la suite

 

Jean Gatty (Commentaire Numéro 132/Hiver 2010-2011)
J'ai repris ce livre après la mort de l'auteur - Maurice Allais. L'Impôt sur le capital et la réforme monétaire, Hermann, 1977. Et si le choc est moindre qu'à la première lecture, en 1988 ou 89, l'ouvrage reste ébouriffant. Car Maurice Allais n'y va pas, n'y allait jamais de main morte. Il faut, dit-il, supprimer les impôts sur le revenu et sur les sociétés. Ces impôts freinent en effet la création de richesses, et lèsent ainsi tous les travailleurs. Le produit de ces impôts fera-t-il défaut ? Qu'à cela ne tienne : on imposera le capital physique, c'est-à-dire l'immobilier, les usines, les équipements, les biens durables, etc. On n'imposera ni les petites ni les grandes fortunes (pas d'ISF, donc…), mais tout le capital physique et rien que lui. Lire la suite

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