Les classiques de la liberté (II)

La lettre du vendredi 18 mai 2018

Retrouvons, aujourd’hui, comme nous l'avions annoncé en mars dernier, une dizaine d’autres articles tirés de la série intitulée « Les classiques de la liberté ». Dès sa fondation, Commentaire s'est attaché à l'étude des fondements et des ambiguïtés du libéralisme politique. Répétons que la liberté dont il s’agit est la liberté politique. Celle de s’exprimer librement, de vivre librement, de se gouverner librement. Elle fait qu'un pays libre est un pays composé d’hommes libres. Les classiques de la liberté retenus dans cette série sont les écrivains, les philosophes, les historiens, les hommes et les femmes qui ont défendu la liberté quand elle était menacée ou quand elle n’était pas accomplie. Ce sont les hommes et les femmes qui depuis Thucydide savent qu’elle est fragile et qu'« il n’y a pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans vaillance ».
Voici donc dix nouveaux articles de cette série. Parmi eux, ceux de Pierre Manent et Patrice Rolland qui, par leur exploration de l’œuvre de Benjamin Constant, nous aident à répondre à la question : quels sont les véritables fondements de la société libérale ?

 

Cicéron et nous 

  François-Michel Pasquet
N°9/Printemps 1980

Cicéron est-il un libéral proche de nous ? Le De Republica, fruit et consolation d'une traversée du désert, est-il la Démocratie romaine d'un consul reconnu ? Les analogies sont souvent trompeuses, et probablement stériles, elles doivent cependant provoquer la curiosité. Cicéron n'hésite pas à enfreindre une loi non écrite de la sociologie classique et à accueillir plébéiens pauvres et esclaves affranchis dans les rangs des « modérés », attachés à la tradition sénatoriale mais soucieux de mobilité sociale : ce vaste groupe central aux contours peu tranchés et aux sensibilités convergentes témoigne pour une communauté ouverte et hiérarchisée, où la combinaison des principes démocratique, aristocratique et monarchique assure, grâce à une diffusion réglée des pouvoirs, une unité politique (concordia, consensus omnium) apte à relever les défis extérieurs, sous la conduite d'un Grand Protecteur (princeps), imposé à la raison de tous par ses qualités morales et les services rendus à la collectivité, et chargé de trouver dans la tradition qu'il incarne la ressource profonde d'une adaptation dominée aux évolutions qu'il perçoit. [Acheter la suite de l’article]

                                                      

Alexis de Tocqueville (1805-1859)

Pierre Godefroy, maire de Valognes, dans la Manche, et député de la circonscription dont Tocqueville fut autrefois l'élu a conçu le prix Tocqueville et constitué un jury international autrefois présidé par Alain Peyrefitte, aujourd'hui par Valéry Giscard d'Estaing. Le 17 décembre 1979, le premier Prix Tocqueville fut décerné à Raymond Aron. Nous publions des extraits des deux allocutions qui furent prononcées à cette occasion par Alain Peyrefitte et Raymond Aron.

 

Les paradoxes de Tocqueville

Alain Peyrefitte
N° 10/Eté 1980

Le premier paradoxe c'est celui de cet aristocrate apôtre de la démocratie moderne. Tocqueville est un aristocrate normand, fier de sa naissance et de ses ancêtres, dont l'un figure parmi les combattants d'Hastings en 1066, tandis qu'on retrouve dans sa parenté Malesherbes, Le Pelletier de Saint-Fargeau, Chateaubriand. Toute la famille de Tocqueville a tremblé pendant la Terreur ; et ces souvenirs sanglants ont épouvanté son enfance. Pourtant, Tocqueville fut un démocrate, Royer-Collard le raillait affectueusement, en disant de lui qu'il était « un aristocrate acceptant la défaite ». Ce passionné de liberté, pour s'imposer, dut s'opposer, en rompant courageusement avec toutes les traditions de sa famille et de son milieu. [Acheter la suite de l’article]

 

Sur Tocqueville                              

Raymond Aron
N° 10/Eté 1980

Observateur de sa patrie, Tocqueville a posé un des problèmes majeurs de notre histoire, actuel depuis deux siècles. Comment se composent, dans un pays de vieille monarchie, le centralisme administratif et les procédures du régime représentatif ? Les Français peuvent-ils trouver un régime pleinement légitime, soutenu par l'unanimité des citoyens ? Ou bien, faute d'une démocratie locale à la racine de la vie publique, la France, déchirée par tant de souvenirs tragiques et de fidélités incompatibles, est-elle toujours sujette à des crises soudaines, plus spectaculaires que profondes puisque les élites au pouvoir passent, cependant que la structure bureaucratique reste ? Peut-être un changement s'est-il produit à l'instauration de la Ve République [Acheter la suite de l’article]

 

Sur le Canada en 1837

Alexis de Tocqueville
N°10/Eté 1980

En 1938, un historien canadien, Edgar Mc Innis, publiait une lettre de Tocqueville à Henry Reeve sur les troubles survenus au Canada en 1837. L'original de cette lettre est conservé à la bibliothèque de l'Université de Toronto. L'éditeur J.P. Mayer de la correspondance anglaise de Tocqueville a omis cette lettre dans son édition « complète » (Correspondance anglaise, vol. I, , Gallimard, 1954). Nous savons les circonstances qui ont amené Tocqueville à écrire cette lettre. A la fin de 1837, les nouvelles d'une révolte au Canada parviennent à Londres. Henry Reeve, l'ami et le traducteur de Tocqueville, était à la fois journaliste et Clerk of the Privy Council. Il suggéra à Lansdowne, président de ce Conseil, de consulter Tocqueville, expert dans les affaires nord-américaines, et, avant même l'accord de son chef écrivit à Tocqueville pour l'interroger sur les affaires canadiennes. Voici le texte de l'importante réponse de Tocqueville telle qu'elle a été rééditée par Jacques Vallée in Tocqueville au Bas-Canada (Montréal, 1973). [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

Le système conceptuel de la Démocratie en Amérique              

François Furet
N° 12 Hiver 1980

On sait que la Démocratie en Amérique a été publiée en deux fois. Le premier volume, essentiellement consacré à la description analytique des institutions américaines, a paru en 1835 ; le second, qui étudie de façon plus abstraite l'influence de la démocratie sur les moeurs et les habitudes nationales, à partir de l'exemple américain, en 1840. Le commentaire du voyage le plus intelligent du XIXe siècle a pris à Tocqueville près de dix ans d'études supplémentaires et de travail intellectuel acharné. Les principales idées-mères, notamment celles du premier volume, le plus spécifiquement « américain », sont déjà dans les notes du voyage (en Sicile et aux États-Unis) : preuve que le voyageur est arrivé avec son « système » en tête. Mais s'il a pris son temps pour écrire, ce n'est pas seulement par goût du beau style ; c'est pour « mettre à plat » son objet d'étude, ce qui supposait beaucoup de lectures, dans le domaine constitutionnel, politique et juridique notamment. C'est ensuite et surtout parce qu'il veut « penser » complètement ce qu'il a « appris », approfondir son schème conceptuel à l'aide des matériaux américains et en raffiner la « leçon » pour les peuples européens. Tocqueville est un esprit qui laboure indéfiniment les mêmes idées et qui en déterre toujours des aspects nouveaux : le deuxième volume de la Démocratie est le meilleur exemple de ce type de patience intellectuelle. [Acheter la suite de l’article]

 

Aux origines du libéralisme : Benjamin Constant        

Pierre Manent
N° 11/Automne 1980

 

Pour la première fois peut-être dans l'histoire de la France moderne, un consensus semble depuis quelques années progressivement se dégager sur les termes du problème politique et social. L'indice et l'illustration de ce consensus, on les trouve dans l'extraordinaire fortune du couple société civile-État qui, si on laisse de côté le bunker marxiste-léniniste, sous-tend la réflexion de la plupart des publicistes. A gauche et à droite, à coup sûr, les accents sont différents ; celle-ci parle plus volontiers de l'indispensable liberté des entreprises, celle-là de leur autogestion par les travailleurs. Il reste que le couple capital-travail cède de plus en plus de terrain devant la nouvelle polarité société civile - État, étant entendu que la « société civile » tire tous les cœurs après soi, mol oreiller conceptuel des réconciliations d'après mars 1978. [Lire gratuitement la suite de l'article]

 

Équivoques du libéralisme. A propos de Benjamin Constant 

Patrice Rolland
N° 15/Automne 1981


L'analyse économique de la genèse de l'individu repose, chez Constant, sur l'opposition de la Cité et de l'Etat, de la Guerre et du Commerce : « la guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d'atteindre le même but : celui de posséder ce que l'on désire ». Décrivant deux outils sociaux d'appropriation et de satisfaction du désir, il conçoit de plus, clairement, comment chacun de ces outils façonne en retour la société. Au-delà des formes sociales, c'est l'homme lui-même qui est transformé. Pourquoi la seule liberté concevable dans l'Antiquité est-elle la liberté politique qui « consistait à exercer collectivement mais directement plusieurs parties de la souveraineté toute entière », si ce n'est parce que la Cité ne survivait que par l'action collective que constitue par excellence la guerre ? Une telle explication ressort très clairement chez Constant de la description qu'il donne de la Cité [Acheter la suite de l’article]

 

Équivoques du libéralisme.  A propos de Benjamin Constant (suite et fin)

Patrice Rolland
N° 16/Hiver 1981


La pensée de la Société en tant qu'elle est une totalité sociale est un des aspects problématiques de la pensée libérale, comme de toute philosophie politique individualiste. Benjamin Constant n'échappe pas aux critiques tant des idéologies organicistes, réactionnaires ou socialistes, que de la sociologie, même si, moins logique et plus réaliste qu'un Bastiat, la priorité qu'il accorde à la régulation économique des rapports sociaux ne va pas jusqu'à la quasi-négation de l'Etat. Cependant la façon dont il « reconstruit » les rapports politiques et se réapproprie la liberté politique des Anciens, reste encore dans un premier temps très fortement dominée par son « économisme»: « La liberté politique n'est autre chose que la faculté d'être heureux, sans qu'aucune puissance humaine ne trouble arbitrairement ce bonheur. Si la liberté politique ne fait pas partie de mes jouissances immédiates, c'est elle qui les garantit . » [Acheter la suite de l’article]

 

Jules Ferry et la révolution française :
la révolution n’est pas un bloc
 

Jules Ferry
N° 13/Printemps 1981

On célèbre cette année le centième anniversaire des lois scolaires de Jules Ferry. On se souviendra aussi qu'il fut un grand libéral et notamment qu'il n'acceptait pas le culte de la Terreur, et qu'il refusait par avance la formule de Clemenceau, aussi fausse qu'il est possible : « la révolution est un bloc ». La Terreur n'est pas nécessaire (1866) « Celui qui aura démontré que la Terreur n'était pas nécessaire, celui qui aura débarrassé la démocratie de ce rêve de dictature qui tantôt la remue comme une tentation, tantôt l'obsède comme un cauchemar, celui-là aura bien mérité de l'avenir [Lire gratuitement la suite de l’article]

 

Renan, l’État et les « passions françaises »       

Laudyce Rétat
N° 13/Printemps 1981

À travers le paradoxe d'un à-rebours temporel, Renan, dans ses études de 1877 sur le XIVe siècle politique et religieux, formule et actualise, par la rétrospection même, son interrogation du monde contemporain. En plongeant dans le Moyen Age pour y observer la naissance de l'État moderne, il tente de saisir la source de la source, l'annonce, sinon la figure, de la Révolution. Dès la fin du XIIIe siècle, avec le règne de Philippe le Bel, l'historien voit se définir, contre tout contrôle ou arbitrage papal, une société civile et sécularisée. Échappant, par l'audace de ses légistes, à la tutelle théologique comme aux exigences du particularisme féodal, la royauté française tend alors à se confondre avec un appareil de plus en plus systématiquement centralisateur. Que cette métamorphose de la royauté en État reçoive sa garantie d'un petit-fils de Saint-Louis peut sembler dérision historique. [Acheter la suite de l’article]

 

Les origines du libéralisme. Pierre Nicole         

Guy Berger
N° 14/Eté 1981

 

Les conditions d’apparition de la catégorie économique
Dans son livre Homo aequalis, genèse et épanouissement de l'idéologie économique, Louis Dumont a  posé avec clarté la question philosophique et historique des conditions de l'apparition de la catégorie économique. « L'ère moderne a été témoin de l'émergence d'un nouveau mode de considération des phénomènes humains et de la délimitation d'un domaine séparé qui sont couramment évoqués par nous par les mots, économie, économique. Comment cette nouvelle catégorie est-elle apparue, qui constitue en même temps un compartiment séparé dans la mentalité moderne et un continent livré à une discipline scientifique ? ». [Acheter la suite de l’article]

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