Les Anglais et l'Europe

La lettre du vendredi 5 juillet 2019

Le 23 juin 2016, les Britanniques (principalement les Anglais) ont voté et décidé de quitter l’Union européenne. Les modalités devaient être définies dans les deux ans. En juillet 2019 : la sortie a été reportée au 31 octobre. Theresa May a démissionné, nous saurons le 22 juillet qui lui succédera, vraisemblablement Boris Johnson, tory pur sucre et  grand admirateur de Churchill, et peut-être du même coup la tournure ultime que prendra cet événement. En attendant, voici quelques articles sur le Brexit, dont celui de Pauline Schnapper, paru dans le numéro de juin. À ces articles sur la crise actuelle qui sépare les Anglais de l’Europe, ajoutons d’autres essais sur l’histoire et la politique de ceux qui restent  nos voisins et nos amis.

Le Brexit. Chaos politique au Royaume-Uni

Pauline Schnapper
N° 166 Été 2019

 Le référendum britannique du 23 juin 2016, qui a abouti à la décision de quitter l'Union européenne, a creusé les divisions au sein de la société britannique et provoqué une succession de crises politiques qui ont atteint une dimension constitutionnelle dont l'apprenti sorcier David Cameron était loin de prendre la mesure en organisant ce scrutin. Le Parti conservateur et le Parti travailliste, divisés comme jamais sur la question du Brexit, sont aujourd'hui dans une position de faiblesse sans précédent. Plus généralement, c'est tout le système politique national, fondé sur le principe de la démocratie représentative et de l'alternance au pouvoir des deux principaux partis, qui a été affaibli par le recours à la démocratie directe et se trouve aujourd'hui dans un état de paralysie et de déliquescence illustré entre autres par l'effondrement de la discipline des partis et du principe de responsabilité collective du gouvernement. Les conséquences délétères de ce référendum conduisent à s'interroger non seulement sur la sagesse d'y recourir pour traiter de questions constitutionnelles aussi complexes mais aussi plus généralement sur la capacité de la Constitution britannique non écrite à faire face à une crise d'une telle ampleur. [Lire la suite]

 

Le Brexit : souveraineté nationale et décrochage stratégique

Thomas d'Ibérie
N° 162 Été 2018

 Avec le Brexit, le peuple britannique a choisi un projet politique singulier visant au rétablissement de sa souveraineté nationale. Au-delà du coût économique induit par sa sortie du marché unique et de l'union douanière, le Royaume-Uni risque un décrochage stratégique et une marginalisation de son influence internationale. Le Brexit pourrait paradoxalement conduire à une dévitalisation de la souveraineté effective du peuple britannique pouvant aller jusqu'à une remise en cause de l'intégrité même du Royaume-Uni. [Lire la suite]

 

Le Brexit : retour sur des malentendus

Benoît d'Aboville
N° 160 Hiver 2017

 À propos du livre de Oliver Craig: Unleashing Demons. The Inside Story of Brexit. (Hodder & Stoughton, 2016 [rééd. poche 2017], 432 pages.)
Démentant les pronostics et prenant par surprise l'ensemble des dirigeants européens, le vote du 23 juin 2016 sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne a conduit Londres à invoquer le 29 mars 2017 l'article 50 du Traité européen. La procédure de divorce a donc été enclenchée formellement avec l'objectif d'aboutir d'ici deux ans. Les Européens se sont mis en ordre de bataille, mais il n'en va pas encore de même du côté britannique où le gouvernement et la classe politique se divisent entre partisans d'une rupture franche et ceux qui prônent une période de transition qui permettrait de minimiser les dommages pour l'économie du Royaume-Uni. [Lire gratuitement la suite]

 

Un Brexit, deux histoires

Jean-Louis Bourlanges
N° 155 Automne 2016

Que faire après ?

Michel Duclos
N° 155 Automne 2016

 « Là où est le danger, là aussi croît ce qui sauve. »  Hölderlin

Il ne faut ni négliger ni craindre les effets du Brexit. La Grande-Bretagne a pris une décision que l’on peut regretter mais que l’on peut expliquer. Un Premier ministre, too clever by half, diraient ses compatriotes, a choisi les voies de la démocratie directe dans le plus vieux pays parlementaire du monde. Il en est résulté cette déconvenue. Bagehot avait pourtant expliqué la supériorité de la représentation : un Parlement informé vaut mieux qu’une opinion sensible à la démagogie. La Grande-Bretagne, autant que le reste de l’Europe, subit les conséquences d’une immigration mal contrôlée qui accroît l’hétérogénéité des populations et nourrit les discordes. Elle subit aussi les effets de la mondialisation ou, si l’on préfère, du libre-échange, source d’instabilité et plus encore d’inquiétude. Il ne fait pas de doute que le libre-échange, en favorisant les spécialisations et en élargissant les échelles de production, contribue à l’enrichissement du monde. Mais il le fait en causant autant de troubles. Les économistes, ses défenseurs attitrés, devraient se souvenir que Ricardo souhaitait l’échange international des biens pour éviter justement les migrations qui rompent « l’attachement naturel des peuples » à leur terre. Cournot redoutait un libre-échange trop immédiat à cause des bouleversements qu’il entraînait dans la production. Enfin, Pareto montrait que le libre-échange, en rompant les aspirations à la stabilité, qui sont aussi constitutives des sociétés que les aspirations à la mobilité, menaçait l’optimum social qui ne correspond pas nécessairement à l’optimum économique. Pour ces raisons, le mariage de l’économie et de la politique reste toujours difficile. L’Union européenne n’est responsable ni du libre-échange ni des pressions migratoires, elle en subit les effets négatifs, parce qu’elle ne se donne pas les moyens d’y remédier, alors qu’elle serait en ces domaines bien plus efficace que les nations. Cela dit, le Brexit n’empêchera pas le mouvement politique qui progressivement fédère les nations européennes. Ce mouvement a connu d’autres crises : l’échec de la Communauté européenne de défense ou celui du premier projet de Constitution. Il surmontera celle-ci comme il a surmonté les précédentes. Car il naît de la profonde unité de la civilisation européenne et du souci des nations qui en portent l’héritage de ne pas figurer au « balcon de l’histoire » mais de jouer le rôle qui leur permettra d’en rester de grands acteurs. Or, ce rôle mondial, les petites nations qui constituent l’Europe ne pourront le jouer qu’en unissant leurs forces et leurs volontés. C’est la raison pour laquelle une grande partie de ce numéro est consacrée aux conséquences du Brexit et à l’avenir de la construction européenne. Jean-Louis Bourlanges et Michel Duclos réagissent à l’événement et tracent les chemins possibles de la négociation entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne. Alain Lamassoure, Thierry Chopin, Jean-François Jamet dessinent les réformes à accomplir pour rendre l’Union européenne plus active et plus conforme aux aspirations des peuples européens. On lira enfin les citations de Jean Monnet qui accompagnent ces articles. Elles disent une chose simple : l’Angleterre fait évidemment partie de l’Europe par la géographie, par l’histoire et par la civilisation. Elle s’écarte aujourd’hui des institutions de l’Union européenne. N’en doutons pas, elle y reviendra quand l’Union aura fait la preuve de sa légitimité politique. J.-C. C [Lire les articles -(1)- (2)

 

L'Europe au miroir de l'Angleterre

Sylvie Goulard
N° 151 Automne 2015

 Le Premier ministre britannique a lancé un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne. Il a raison quand il appelle les Européens à agir pour la croissance et la compétitivité, moins quand il demande un statut spécial pour les pays non membres de la zone euro ou un pouvoir renforcé des Parlements nationaux. Les questions les plus délicates, que la France ne pourra éluder, sont toutefois celles qu'il ne pose pas. [Lire la suite]

 

Le Royaume-Uni et l'Europe. Point de vue d'un historien

Michael Howard
N° 76 Hiver 1996

 Deux fois en dix ans, j’ai été invité par le chef d’un grand parti politique pro-européen, un conservateur d’abord, puis un travailliste, à lui fournir des arguments historiques pouvant être utilisés dans leur campagne en faveur de l’insertion de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne. Tous deux m’ont dit : n’est-ce pas que toute la culture britannique est européenne ? Que nous avons les mêmes racines que nos voisins de l’autre côté de la Manche ou de la mer du Nord ? Que l’interpénétration de nos cultures est ancienne et que la mer, loin de l’avoir ralentie, a favorisé les échanges de toutes sortes ? Ne saurais-je pas leur rédiger quelques phrases bien senties, aptes à convaincre un public sceptique que, puisque le passé était européen, l’avenir devait l’être aussi ? Et que la logique de l’histoire voulait que la Grande-Bretagne soit au cœur même de la Communauté ou de l’Union européenne ? [Lire la suite]

 

Les Guizot et l'Angleterre

Laurent Theis
N° 140 Hiver 2012

 Lorsque François Guizot, protestant et libéral, est nommé ambassadeur à Londres en 1840, il possède déjà une connaissance approfondie de l'histoire et de la société anglaises, sur lesquelles portent ses œuvres majeures. La politique, avec la première entente cordiale, renforce les affinités du ministre avec le voisin d'outre-Manche. Des amitiés fidèles enrichissent cette anglophilie, qui s'étend à toute la famille Guizot. Pour eux, l'Angleterre, terre d'exil en 1848, est une seconde patrie. [Lire la suite]

 

La France et l'Angleterre au XVIIIe siècle. Révolution industrielle et révolution politique

François Furet
N° 117 Printemps 2007

 Au début des années 1970, devant assurer un enseignement économique à Sciences Po, je souhaitais qu'il soit créé un cours parallèle d'histoire économique. Sans le recul de l'histoire, l'analyse économique n'est pas formatrice. Comme je n'étais pas convaincu de la vertu de ce que l'on enseignait auparavant, j'avais suggéré au directeur de l'époque qu'un nouveau cours soit confié à François Furet pour l'Ancien Régime, Maurice Lévy-Leboyer pour le XIXe siècle et Raymond Barre (qui rentrait de Bruxelles) pour le XXe siècle. L'article qui suit est tiré des quatre leçons que donna François. J'ai retrouvé ce polycopié destiné aux élèves et procédé à quelques corrections de forme. On découvrira donc François Furet à l'œuvre devant de très jeunes élèves : clair, synthétique, ne retenant que les grandes questions, y répondant avec nuances. Il pratiquait ce même art dans le journalisme et dans la conversation. Grand historien, grand écrivain, il a été aussi un grand professeur. Qu'il serve également d'exemple dans ce rôle plus modeste. J.-C. C. [Lire la suite]

 

Lord Acton, historien libéral et catholique

Franck Lessay
N° 68 Hiver 1994

 Les raisons pour lesquelles on relit un historien du passé ont toujours quelque chose d'ambigu. L'intérêt peut tenir au style, à la place occupée dans le développement de l'historiographie, à la valeur des jugements généraux portés par l'auteur, au caractère prophétique de certains de ses aperçus. On présume que, depuis son époque, la recherche historique a progressé, comme il paraît naturel. Mais la vérité de type scientifique n'est pas, en l'occurrence, l'objet qu'on poursuit en premier. Lord Acton obéit à la règle, dont l'œuvre abondante et diverse, sans dire le dernier mot des sujets qu'elle aborde, mérite amplement la relecture. Il est vrai, aussi, que cet éminent écrivain victorien fut un historien bien singulier. Il atteignit le sommet de la hiérarchie académique alors qu'il n'avait pas suivi de carrière universitaire. Whig intransigeant, c'était un catholique fervent, quand le parti libéral s'identifiait, traditionnellement, à la défense du protestantisme. Thuriféraire de l'Église romaine, il échappa de peu à l'excommunication. Cosmopolite par la naissance, l'esprit, les goûts, il revendiqua hautement son appartenance à la nation anglaise. Il écrivit beaucoup mais ne composa pas l'Histoire de la liberté dont il rêva et qui aurait dû offrir la synthèse de son savoir et de sa philosophie. Il ne fit pas autre chose, pourtant, que travailler à ce projet, qui inspire tous ses écrits – essais, articles, conférences – et donne à son œuvre, par-delà la variété des thèmes traités, une cohérence profonde, en même temps qu'il en souligne l'originalité et en explique la pertinence durable. [Lire gratuitement la suite]

 

Penser la révolution anglaise

Franck Lessay
N° 47 Automne 1989

 Rendant compte, voici bientôt quarante ans, du livre de Keith Feiling, A History of England, A.J.P. Taylor écrivait dans The New Statesman : « L'interprétation whig de l'histoire est aisée à définir; toute notre pensée politique en découle. C'est le récit bâti autour des libertés anglaises fondées par la Magna Carta, consolidées par la Glorieuse Révolution, élargies par la grande réforme électorale de 1832, et atteignant leur plus haut épanouissement avec le gouvernement travailliste. Selon la formule de Ramsay Macdonald, " plus haut, toujours plus haut – plus loin, toujours plus loin ". C'est la doctrine de l'histoire conçue comme progrès : les hommes devenant sans cesse plus sages et plus tolérants ; les maisons plus confortables ; la nourriture plus abondante ; les nouvelles lois toujours meilleures que les anciennes ; les idées nouvelles supérieures aux idées d'autrefois ; les épouses nouvelles l'emportant toujours sur celles d'avant (situation fréquente dans l'aristocratie whig). »
À l'opposé, affirmait-il, l'historien tory constitue « une catégorie insaisissable ». S'appuyant sur l'exemple de Keith Feiling, il avançait cette interprétation : « L'esprit tory en histoire se révèle à l'accent mis sur la gestion, à l'élimination des idées de l'histoire et à leur remplacement par des mobiles personnels affreusement banals et la routine administrative. Avant de lire le livre de Feiling, je pensais que ce qui s'opposait à l'histoire whig, c'était l'histoire telle qu'elle se déroulait réellement. Je me rends compte aujourd'hui pour la première fois que, lorsqu'on ôte les idées de l'histoire, on y introduit le torysme. » Il était inévitable, selon A.J.P. Taylor, qu'en réaction à une trop longue domination du champ historiographique par l'idéologie whig, l'approche tory du passé l'emportât. Mais ce triomphe, précisait-il, ne serait que provisoire. L'histoire tory était elle-même trop pétrie encore d'a priori de toute sorte, voire de sentimentalité, pour s'imposer durablement dans un paysage intellectuel marqué par l'ambition de la scientificité. Aussi concluait-il sa réflexion sur le sujet en ces termes : « Ce à quoi nous devons nous attendre, c'est une histoire qui ne sera ni whig ni tory, mais byzantine. » Laissons à d'autres le soin de déterminer si les développements les plus récents de l'historiographie anglo-saxonne justifient le pronostic de byzantinisme. En revanche, on peut légitimement s'interroger sur les conditions mêmes de possibilité, aujourd'hui, d'un modèle de lecture whig ou tory de ces événements capitaux que sont les deux révolutions d'Angleterre. [Lire la suite]

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