Le monde musulman

La lettre du vendredi 14 février 2020

La population musulmane représentait en 1800 environ 9,4 % de la population mondiale, en 2055 elle représentera 22 %. C’est dire son importance et celle des problèmes qui s’y posent, car le monde musulman s’étend sur un ensemble complexe composé de pays riches et de pays pauvres, affrontant des difficultés politiques, connaissant une exceptionnelle croissance démographique, autant la pauvreté urbaine et la misère rurale que la richesse pétrolière. Un monde divisé politiquement et religieusement. Un monde qui s’est historiquement heurté à ses voisins au moment de son expansion vers l’est et vers l’ouest, puis entre l’Empire Ottoman et l’Europe, un monde qui a été colonisé par l’Occident, puis qui s’est libéré et dans lequel impérialisme et luttes de libération ont laissé de profondes traces. Un monde angoissant si l’on dressait la liste complète des sujets. Elle serait longue : entre autres, les guerres du Proche-Orient (entre l’Iran et l’Irak, entre les États-Unis et l’Irak), le terrorisme, les guerres d’Israël avec ses voisins, le Sahel, l’Iran, la Syrie, l’Arabie Saoudite, le problème palestinien, la question des minorités musulmanes dans les Balkans, en Europe, en Inde et en Chine. Commentaire s’est fixé pour tâche d’étudier davantage le monde musulman. Mais voici pour nos lecteurs quelques-uns des articles que nous avons publiés sur ce sujet ces dernières années.

Sur le « vrai » islam


Rémi Brague
N°149/Printemps 2015

Le 26 novembre 2013, le Pape François a écrit : « Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l'affection envers les vrais croyants de l'islam doit nous porter à éviter d'odieuses généralisations, parce que le véritable islam et une adéquate interprétation du Coran s'opposent à toute violence. » L'intention est excellente et le texte a été bien accueilli de toutes parts. Reste qu'il contient une question de taille. Distinguons un point de fait et un point de droit. Quant au fait, chacun prétend représenter l'islam « vrai ». Les terroristes eux aussi ; ils se réclament d'un islam intransigeant, accusent ceux qui ne les suivent pas de tiédeur, voire d'avoir trahi leur religion. La question de droit est plus vaste : comment faire pour distinguer l'islam vrai de celui qui ne l'est pas ?
Je voudrais ici tout simplement faire prendre conscience de la largeur de l'éventail sémantique que recouvre l'expression « islam vrai » et mettre en garde contre son ambiguïté. [Lire gratuitement la suite]

 

Islam et démocratie.
Essai d'analyse comparée (I et II)


Mohamed Cherkaoui
N° 166/Été 2019 et N° 167/Automne 2019

Islam et démocratie sont-ils conciliables ? Existe-t-il un lien entre préférence politique et religion ? Mohamed Cherkaoui a pour objectif de répondre à ces questions en partant des comportements individuels, en croisant des indicateurs de pratique religieuse et des expressions ou attentes politiques. Il établit qu'il existe trois modèles démocratiques et qu'il est bien difficile de classer les pays musulmans dans une catégorie homogène. Il souligne aussi que, pour expliquer les aspirations de chacun, d'autres facteurs que la religion sont à prendre en compte. [Lire les parties I et II]

 

Contre l'essentialisme. La notion de progrès dans
la conception islamique de l'homme et du monde

Adonis
N° 153/Printemps 2016

Au temps de la « Révolution » syrienne, l’auteur a très tôt interrogé les soubassements d'une révolte « née dans les mosquées », et ne posant pas les questions essentielles de l'homme – c'est-à-dire de la femme. On se rend compte aujourd'hui de la vérité de son approche : il a su mettre en évidence ce que nous ne voulions pas voir, car nous n'acceptions que ce que nous recherchions. Ce regard n'est pas celui de l'enquêteur sur le terrain – même si, en conscience morale qu'il est, on le tient au courant de ce qui se passe dans tous les pays du monde arabe, tout le temps ; c'est celui du poète qui connaît les cœurs, a sondé les profondeurs du passé et peut ainsi, comme très peu d'autres, lire le présent et le futur. Il peut ainsi, comme dans ce texte prévu pour une intervention aux Nations unies et finalement publié en clôture du volume d'entretiens avec Houria Abdelouahed intitulé Violence et Islam (Seuil, 2015), sentir mieux que beaucoup le poids des institutions du pouvoir, leur capacité d'oppression jamais niée dans l'histoire du gouvernement des hommes ; et, surtout, percevoir la gloire des individus, des personnes humaines, qui acceptent d'exister en liberté. Par sa propre vie, par sa pensée, par sa poésie, il enseigne à être libre ; il montre dans son propre être ce que peut signifier un concept grandiose d'identité : l'attirement de tous les autres en soi, la perpétuation de son être ; l'amour et la joie, la gravité et la tristesse ; et, surtout, tenant tout cela, l'ambition du poème, dans laquelle tout s'origine et où enfin tout vient se consumer. [Lire la suite]

 

Tunisie 2011-2018 : chronique d'une révolution

Elyès Jouini
N° 165/Printemps 2019

De Gaulle et Bourguiba, un malentendu permanent

Maurice Vaïsse
N° 165/Printemps 2019

Nous sommes heureux de publier dans ce numéro deux articles sur la Tunisie qui est certainement le pays du Maghreb dont la France se sent aujourd'hui la plus proche en raison du passé et en raison de l'évolution institutionnelle qu'elle connaît. Le premier de ces articles concerne justement cette évolution depuis 2011. Le second article porte sur une période difficile et parfois douloureuse des rapports entre la France et la Tunisie, celle au cours de laquelle se sont opposés avant de se réconcilier le fondateur de la Tunisie moderne, Habib Bourguiba, et le fondateur de la Ve République, Charles de Gaulle. [Lire les articles d'E. Jouini et de M. Vaïsse]

 

La Nouvelle Turquie de Tayyip Erdoğan

Tancrède Josseran
N° 164/Hiver 2018

Ankara, 24 juin 2018 : Recep Tayyip Erdoğan (né en 1954) s'avance sur le balcon du quartier général du Parti de la justice et du développement (AKP – Adalet ve Kalkınma Partisi). Devant lui frémit une mer de drapeaux écarlates frappés du croissant et de l'étoile. Telles des lucioles, les plasmas des portables ponctuent la marée humaine. Soudain, le silence se fait : « Mes chers frères et sœurs, je vous salue. Vous étiez inquiets mais nous n'avons courbé devant aucun pouvoir, devant aucun homme. Le seul tribunal que nous reconnaissons c'est le tribunal divin. » [Lire la suite]

 

Le Sahel peut-il retrouver la paix ?

Nicolas Normand
N° 164/Hiver 2018

Six ans après une rébellion touarègue et une offensive jihadiste au nord du Mali, l'insécurité s'est étendue à de nouvelles régions, au Mali même, « homme malade » du Sahel, mais aussi dans les pays avoisinants, malgré l'intervention armée de la France et la mobilisation de la communauté internationale. Il semble donc nécessaire de tirer les leçons de cette expérience apparemment peu concluante et, pour l'avenir, de se demander s'il est possible de mieux faire. [Lire la suite]

 

Aux racines du conflit syrien

Bassma Kodmani
N° 154/Été 2016

« Nos têtes savaient que le régime était trop puissant et trop impitoyable pour être renversé par une campagne pacifiste même si nos cœurs nous disaient de continuer », Nelson Mandela.
Le soulèvement de 2011 était clairement l'affirmation d'une communauté politique, d'une société où les élites ont fait cause commune avec les classes moyennes urbaines et rurales pour proclamer la fin de leur servitude et la libération du pays. La terminologie employée par les insurgés rappelle étrangement celle des Palestiniens à l'égard de l'occupant israélien et le choix de leurs slogans pour les manifestations était le plus souvent en référence à la grande révolte nationale contre la France des années 1920. Ce n'est qu'après les deux premières années d'une révolte transformée en conflit ouvert que les esprits ont été gangrénés par le confessionnalisme. [Lire la suite]

 

Notre ami Bachar al-Assad

Michel Duclos
N° 159/Automne 2017

Le rôle d'Assad dans le conflit en Syrie et dans son règlement éventuel se prête à des prises de position à l'emporte-pièce. En mettant l'exigence de son départ au centre de leur rhétorique, nos dirigeants ont en fait tactiquement rendu plus difficile l'éviction du personnage, puisqu'ils heurtaient de front l'aversion pour le régime change largement répandue de par le monde. En reprochant aux gouvernements occidentaux de trop « personnaliser » la question syrienne, les critiques ont empêché de voir qu'en effet, la plupart des fils du drame syrien remontent à, et se nouent autour de, la personne du Président, même réduit de facto à un rôle de seigneur des seigneurs de guerre. Nous avons demandé à Michel Duclos, ancien ambassadeur à Damas (2006-2009), auteur d'une note remarquée pour l'Institut Montaigne en juin de cette année sur la Syrie (« Syrie : en finir avec une guerre sans fin »), de donner son sentiment. [Lire la suite]

 

La guerre contre le terrorisme est-elle gagnée ?

Armand Laferrère
N°139/Automne 2018

Notre siècle est défini par les attaques terroristes islamistes contre l'Occident et contre les puissances musulmanes modérées. Le nombre de ces attaques dans le monde a augmenté d'environ un millier par an au tournant du siècle (1 162 en 2004) à 16 880 en 2014. Le nombre de victimes est passé de 3 278 morts en 2003 à 43 566 en 2014. Mais ce qui a été moins commenté est que, depuis 2014, le nombre de ces attaques et de leurs victimes diminue chaque année. Après une baisse de 20 % en deux ans pour atteindre 13 488 en 2016, le nombre des attaques a baissé de 30 % l'année suivante. Cette évolution vient d'une révolution de l'équilibre politique au Moyen-Orient. L'Iran a perdu sa capacité à prétendre au rôle de puissance militaire régionale. L'Arabie Saoudite est devenue le cœur d'un bloc arabe déterminé à moderniser et à modérer l'islam. Israël s'est installé au sein d'un réseau d'alliances qui contribue à le rendre invincible. On peut espérer que l'impact de ces développements sur l'islam européen sera bénéfique dans les prochaines décennies. [Lire la suite]

 

Inde : triomphe du national-populisme

Christophe Jaffrelot
N° 167/Automne 2019

 

L’Inde n’appartient pas au monde musulman, mais elle comporte, depuis la partition, une importante minorité musulmane et avant d’être colonisée par les Anglais elle l’avait été par les musulmans.
Les élections générales qui se sont tenues en Inde au printemps dernier ont permis au BJP, le parti du Premier ministre sortant, Narendra Modi, de conforter son caractère hégémonique. Cette victoire est moins celle de sa politique économique et sociale dont les résultats sont pour le moins mitigés que celle d'un national-populisme reposant sur l'argument sécuritaire et le besoin d'un homme fort. Ces thèmes, à grand renfort de propagande, ont séduit des électeurs issus de tous les milieux sociaux – et peu convaincus par l'opposition. [Lire la suite]

 

Le Pakistan à la recherche
d'un nationalisme religieux et libéral

Émile Perreau-Saussine
N° 126/Été 2009

Les nouvelles du Pakistan sont alarmantes. En premier lieu, le terrorisme semble y croître régulièrement en importance. L'armée et les services secrets pakistanais ont longtemps aidé les groupes de militants islamistes qu'ils instrumentalisaient à la fois pour tenir l'Inde en haleine au Cachemire et pour imposer un gouvernement pro-pakistanais en Afghanistan (Shuja Nawaz, Crossed Swords : Pakistan, its Army, and the War Within, Oxford University Press, 2008). Mais ces groupes de militants tendent à leur échapper, comme l'ont démontré les attentats de Bombay et de Lahore, sans compter que de récentes tentatives d'attentats en Grande-Bretagne semblent liées à ces groupes. En second lieu, on assiste au morcellement du pays. En avril dernier, le gouvernement a signé un accord avec les talibans qui, en échange d'un cessez-le-feu, instaure des tribunaux islamiques dans la vallée de Swat, dans le nord-ouest du pays. Les écoles mixtes y ont été détruites. Tombée aux mains des islamistes à l'été 2007, la région échappe au pouvoir central et à l'armée. La souveraineté de l'État pakistanais sur son propre territoire est de moins en moins assurée. Les militants de ce qu'on appelle « AlQaïda » apparaissent comme les principaux bénéficiaires du chaos. Pendant longtemps, l'État pakistanais a été aux mains de l'armée, puis aux mains d'un régime théoriquement démocratique qui, dans les faits, n'a pas changé grand-chose : dans l'un et l'autre cas, rien ne semblait devoir gêner le gouvernement dans sa quête d'un pouvoir autoritaire. Aujourd'hui, par contraste, l'Etat semble menacé de déliquescence. [Lire la suite]

Chaque samedi, de 8h à 8h30 et à tout moment en podcast,
retrouvez sur Radio Classique Jean-Claude Casanova et Jean-Marie Colombani.
Voici le lien : Radio Classique

 

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Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova, Philippe Raynaud et Philippe Trainar
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