Le goût de la connaissance et l'esprit de liberté

La lettre du vendredi 6 octobre 2017

Aujourd'hui, rencontre avec Nicolas Baverez. 
Ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de sciences sociales, Nicolas Baverez est l'auteur, entre autres, de Raymond Aron (Lyon, La Manufacture, 1986) ; Raymond Aron. Un moraliste au temps des idéologies (Flammarion, 1993, rééd. 1995 et 2005), et plus récemment : Nouveau Monde, vieille France (Perrin, 2006) ; Que faire ? Agenda 2007 (Perrin, 2006) ; En route vers l'inconnu (Perrin, 2008) ; Après le déluge. La grande crise de la mondialisation (Perrin, 2009, rééd. 2011) ; Réveillez-vous ! (Fayard, 2012) ; Lettres béninoises (Albin Michel, 2014) ; Danser sur un volcan (Albin Michel, 2016) et Chroniques du déni français (Albin Michel, 2017).

Commentaire fut d'abord
 une éducation à la liberté

J’avais dix-sept ans lorsque Commentaire est née de la volonté de Raymond Aron et de ses proches de donner à la pensée libérale un lieu d’expression en France après la disparition de Contrepoint. J’ai découvert la revue au cours de ma scolarité à l’Ecole normale, au début des années 1980. Elle ne m’a plus quitté.

Commentaire fut d’abord une éducation à la liberté. Au moment où la France prétendait rompre avec le capitalisme et divergeait des grands pays développés, la revue tranchait par sa défense de la raison économique, par son ouverture internationale, par la diversité de ses centres d’intérêt. Elle pratiquait le libéralisme authentique qui n’est pas une idéologie, mais l’art du débat entre des points de vue argumentés.

Comme beaucoup d’autres, je dois à Commentaire de m’avoir ouvert ses colonnes en publiant mes premiers articles, mais plus encore de m’avoir accueilli parmi les siens. Sa galaxie n’a rien d’une secte, tant les individus qui la composent sont éclectiques et leurs opinions diverses. Elle n’entend pas faire école et n’a pas de corps de doctrine. Elle se définit par le respect de la connaissance, par une éthique de la discussion et par la défense de la liberté politique. Elle n’impose rien, mais sait donner confiance.

            

Commentaire est enfin intimement associée à la plupart de mes recherches et de mes livres, qu’il s’agisse des travaux sur Raymond Aron et Elie Halévy, des réflexions sur la trajectoire heurtée de la France, des difficultés des démocraties face aux risques globaux du XXIe siècle. Le grand débat sur le déclin de la France est ainsi né dans ses colonnes.
C’est donc très largement à Commentaire et à son compagnonnage que je dois, après avoir emprunté bien des chemins de traverse, de partager ma vie entre une activité d’éditorialiste et la profession d’avocat.

A la veille de fêter son quarantième anniversaire, l’histoire de Commentaire croise celle de la France et du monde. La génération de ses fondateurs a vu en 1989 aboutir son combat pour la démocratie avec l’effondrement de l’Union soviétique. Mais, par un étrange paradoxe, la France a célébré le bicentenaire de sa Révolution en se détournant de la liberté autour de laquelle se réunifiait l’Europe et du capitalisme qui s’universalisait. Elle s’est alors coupée de l’histoire du XXIe siècle dont le principe réside dans la mondialisation, de l’Union européenne et de l’Allemagne qui connaît un second miracle économique depuis les réformes de l’Agenda 2010. Elle l’a payé d’une crise économique et sociale qui s’est élargie en une crise politique et nationale sans précédent depuis les années 1930.
A la victoire politique et intellectuelle sur les idéologies du XXsiècle a succédé l’interminable échec dans la modernisation de la France, dont les racines remontent à la fin des années 1970. C’est le défi auquel la génération qui a suivi celle des fondateurs de Commentaire, la mienne, n’a pas su répondre ; c’est le défi qu’une génération nouvelle doit relever.

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La lettre du vendredi suggère la lecture des quatre articles suivants, dont deux sont en lecture gratuite pendant une semaine. 

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Retrouvez, dans la rubrique Auteurs, l'intégralité des articles de Nicolas Baverez publiés dans la revue.

Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova
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