La crise des démocraties

La lettre du vendredi 21 juin 2019

Le numéro d’été de Commentaire s’ouvre par une rubrique consacrée à la crise des démocraties : en dresser le constat, s’interroger sur ses causes, en observer les symptômes, en retenir quelques traits, comme le populisme ou la défiance. Pour cette lettre du vendredi, nous avons choisi de mettre aussi en avant d’autres articles qui reviennent sur les moments historiques de ce régime politique. Sur son espace aussi : la démocratie française est-elle différente ? Le contrat démocratique induit une prise en compte des individus qui la composent, il dessine différents modèles pour résoudre la question de l’autorité et de l’obéissance. Enfin,  comment articuler idéal démocratique et prise en compte du réel, comment mener l’action politique, comment vivre  les désillusions et les récriminations.

 

Les démocraties et la méfiance

Gérald Bronner
N° 166 Été 2019

Études après études, un peu partout dans les démocraties et en particulier en France, ceux qui sondent les opinions publiques en sont venus à la conclusion inquiétante que les citoyens n’ont plus confiance dans les figures d’autorité, qu’elles relèvent de l’expertise scientifique ou des médias. Ce phénomène est encore plus vrai pour les politiques qui inspirent « dégoût » et « défiance ». Ce n’est pas tout à fait étonnant car les démocraties, dès les premiers moments historiques qui les ont fait advenir, ont ménagé un espace plus ou moins formel de contrôle du politique, toujours suspect de pouvoir trahir le peuple. [Lire la suite]

 

L’autodestruction du politique, 1968-2018

Giovanni Orsina
N° 166 Été 2019

Il est désormais évident que la démocratie traverse une grave période de crise. La très forte progression des partis que nous appelons « populistes » – en l’absence d’adjectifs plus précis – est indéniablement liée à cette crise. Elle n’en est cependant pas une cause, mais une conséquence ou plutôt le symptôme le plus évident d’une maladie bien plus profonde. On cherche souvent les origines de ce mal dans la globalisation, qui a affaibli la capacité des États-nations – à l’intérieur des frontières desquels la démocratie s’est développée historiquement – à protéger leurs citoyens. Ou bien dans le développement rapide des technologies de la communication, qui ont mis sous pression les mécanismes de la représentation et de la décision politique, aux rythmes compassés. Ou encore dans la grande récession de 2007. Sans nier que ces trois phénomènes – l’intégration mondiale, l’avènement d’Internet et la dépression économique – aient eu un impact politique considérable, j’examinerai plutôt ici les causes de la crise démocratique ancrées à l’intérieur même de la démocratie. [Lire la suite]

 

Islam et démocratie. Essai d’analyse comparée (I)

Mohamed Cherkaoui
N° 166 Été 2019

Islam et démocratie sont-ils conciliables ? Existe-t-il un lien entre préférence politique et religion ? Mohamed Cherkaoui a pour objectif de répondre à ces questions en partant des comportements individuels, en croisant des indicateurs de pratique religieuse et des expressions ou attentes politiques. Il établit qu’il existe trois modèles démocratiques et qu’il est bien difficile de classer les pays musulmans dans une catégorie homogène. Il souligne aussi que, pour expliquer les aspirations de chacun, d’autres facteurs que la religion sont à prendre en compte. Voici la première partie de cet important essai. [Lire gratuitement la suite]

 

Le bon populisme

Victor Davis Hanson
N° 166 Été 2019

Victor Davis Hanson a prononcé, le 25 avril 2018, lors d’un gala qu’organise chaque année le New Criterion à New York, cette conférence liée à l’attribution du prix Edmund Burke. Il explique que, depuis l’Antiquité, deux populismes existent : un populisme de revendications et un populisme de rejet et de mécontentement. Cette distinction éclaire les motifs de l’élection de Trump, « Némésis populiste », qui a mis au jour les populistes de la classe moyenne. [Lire la suite]

 

Littérature et confiance

Olivia Leboyer et Jean-Philippe Vincent
N° 166 Été 2019

L’analyse de la confiance est désormais au centre de beaucoup de disciplines : économie, sociologie, philosophie morale, philosophie politique, histoire, science politique, psychologie. C’est désormais une évidence : la confiance est une variable clé du bon fonctionnement des sociétés, anciennes et modernes. Dans son article Adam Garfinkle illustrait son propos en identifiant des lieux spécifiques révélateurs de la défiance (famille, religion, institutions). Nous systématisons cette intuition en analysant en quoi de grandes œuvres, des littératures française et étrangère, peuvent nous aider à comprendre la confiance. [Lire la suite]

 

Pourquoi n'avons-nous plus confiance ?

Adam Garfinkle
N° 164 Hiver 2018

Parmi les problèmes de l'Amérique, l'hémorragie de la confiance sociale est un élément déterminant pour l'avenir, nous dit Adam Garfinkle dans cet important article. Il en est de même dans les démocraties européennes. Les faits crèvent les yeux : les citoyens n'ont plus, dans une très large majorité, confiance dans les institutions et dans les hommes qui les incarnent. Le débat que devrait, nous l'espérons, susciter cet article en est d'autant plus important. Pierre Manent a bien voulu réagir immédiatement et on lira son article à la suite de celui d'Adam Garfinkle, que nos lecteurs connaissent bien et qui a publié son texte original dans The American Interest en avril dernier. Nous remercions Charles Davidson et Adam Garfinkle d'avoir bien voulu nous autoriser à traduire et à publier cet article. [Lire la suite]

 

Sur l’avènement de la démocratie

Marcel Gauchet
Entretien avec Hocine Rahli
N° 163 Automne 2018

En 2017, Marcel Gauchet a publié, chez Gallimard, le quatrième et dernier volume de son important ouvrage L’Avènement de la démocratie, intitulé Le Nouveau Monde (768 pages). À cette occasion, il s’est entretenu avec Hocine Rahli pour préciser le sens et la portée de son interprétation de la démocratie moderne. Nous sommes heureux de publier cet entretien qui éclairera nos lecteurs sur une des réflexions les plus puissantes de notre époque. [Lire gratuitement la suite]

 

Situation de la démocratie française

Raymond Boudon
N° 131 Automne 2010 

Pourquoi les réformes nécessaires sont-elles en France interminablement différées ? Pourquoi celles qui sont entreprises aboutissent-elles souvent à des demi-mesures ? Pourquoi le pouvoir de la rue est-il plus fort en France que dans des démocraties voisines ? Pourquoi la France présente-t-elle un caractère oligarchique plus marqué que ses voisines ? Pourquoi les élites politiques, médiatiques et culturelles apparaissent-elles sur maints sujets en rupture avec l’opinion publique ? Ces questions m’amenèrent sur le terrain de la sociologie politique comparative : pourquoi la démocratie française est-elle différente ? [Lire la suite]

 

Les problèmes actuels de la démocratie

Pierre Manent
N° 98 Été 2002

Pour entrer dans ce grand sujet de la démocratie contemporaine, pour nous donner quelques moyens de l'évaluer sereinement à l'heure de son triomphe – un triomphe trop complet pour ne pas susciter les inquiétudes de l'observateur du train ordinaire des choses humaines –, je propose, pour une première orientation, de considérer l'histoire de la démocratie, plus précisément la chronologie de ses interrogations sur elle-même, les grandes phases, la succession des grands thèmes de la musique démocratique – histoire non des « idéologies dominantes » mais, si j'ose dire, des « questionnements dominants ». [Lire la suite]

 

Démocratie

Jean Baechler
N° 121 Printemps 2008

Le fait marquant et la divine surprise, depuis 1978, furent évidemment la disparition du communisme et la dissolution de l’URSS. Elles ont eu pour conséquences principales la remise en marche de l’histoire, bloquée et déviée depuis 1914, et la diffusion universelle de l’idéal démocratique. Ce triomphe a été suivi de désillusions et de récriminations, comme si la démocratie, étant œuvre humaine, pouvait ne pas être disgraciée et si le choix était entre la cité idéale et une cité imparfaite, alors que notre nature et notre condition nous condamnent à devoir préférer ce qui marche normalement mal à ce qui le fait anormalement. Définissons la démocratie comme une certaine manière de régler les relations de pouvoir entre acteurs humains, réunis pour réaliser ensemble la bonne vie, dont la condition première de possibilité est la paix par la justice. des inquiétudes, des indignations et des dénonciations de sens opposés, malgré les démentis constants des faits et les conseils du bon sens. Je retiens deux mésinterprétations et deux imputations mal ciblées. Elles sévissent depuis des siècles et agacent tout particulièrement le démocrate sensé et rassis. [Lire gratuitement la suite]

 

« La contre-démocratie » en débat : À propos de Pierre Rosanvallon

I - Une « démocratie impolitique » ?

Jacques Chevallier
N° 119 Automne 2007

Alors que Pierre Rosanvallon avait privilégié jusqu’à présent une démarche historique, en s’efforçant de retrouver les fondations et de dégager les lignes de force d’une généalogie complexe, l’étude porte ici sur les démocraties contemporaines, dont il s’agit de comprendre la dynamique d’évolution ; à partir de là, l’ambition de l’auteur est d’élaborer « une théorie renouvelée des formes de la démocratie ». Ce faisant, l’ouvrage doit être rangé dans la catégorie des travaux de théorie politique, au prix de certaines équivoques liées à ce statut. Les analyses se situent en effet sur trois plans différents, dont l’articulation reste problématique. [Lire la suite]

 

II - Le rôle des institutions représentatives

Olivier Beaud

La présentation synthétique qu’a faite Jacques Chevallier de ce livre nous dispense d’en reprendre les thèses et de répéter les doutes d’ordre épistémologique portant sur le statut de cet ouvrage écrit par un intellectuel engagé. Elle ne nous dispense cependant pas de souligner son grand intérêt, sa richesse qui résulte de sa dimension historique et comparatiste. Richesse qui conduit d’ailleurs à écarter de notre commentaire la quatrième partie du livre. On proposera une interprétation un peu décalée dans la mesure où ce livre, qui n’a pas de vocation juridique, sera examiné du point de vue du droit constitutionnel lato sensu. [Lire la suite]

 

Le sens de la contre-démocratie

Pierre Rosanvallon
N° 120 Hiver 2007-2008

Je remercie très vivement Jacques Chevallier et Olivier Beaud d’avoir pris la peine de lire avec attention mon ouvrage La Contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance (Seuil, 2006). Leurs critiques et leurs interrogations me donnent l’occasion de clarifier ou de développer certaines de mes analyses. [Lire la suite]

 

La démocratie providentielle

Dominique Schnapper
N° 97 Printemps 2002

La démocratie providentielle se donne pour légitimité d'assurer l'égalité réelle des individus-citoyens. Elle privilégie tout ce qui est « réel », l'économique, l'historique et l'ethnique, aux dépens de la transcendance civique; les libertés réelles tendent à prendre le pas sur les libertés formelles. Entraînée par sa dynamique interne et son ambition prométhéenne – assurer l'égalité de tous –, elle privilégie toujours plus la recherche du bien-être des individus et la reconnaissance de leurs droits historiques. Elle tend à refuser toutes les limites. L’inclusion politique devrait s'étendre toujours plus largement; l'aspiration à une vie plus longue et à des conditions de vie meilleures ne devrait pas connaître de bornes ni la reconnaissance publique de la dignité des individus et des groupes. [Lire la suite]

 

Sur l'histoire de l'État moderne : de l'Ancien Régime à la démocratie. Libres réflexions inspirées de la pensée de Guglielmo Ferrero

Emmanuel Le Roy Ladurie
N° 75 Automne 1996

L’histoire de l’État est évidemment capitale pour chacun d’entre nous. Pendant toute notre vie adulte, nous sommes, pour la plupart, des contribuables. Nous sommes aussi électeurs, ce qui n’était certes pas le cas voici deux siècles pour nos prédécesseurs ou ancêtres sur le territoire français, et ailleurs. Parlons donc de l’histoire de l’État moderne depuis l’Ancien Régime jusqu’à nos démocraties contemporaines. [Lire la suite]

 

Situation des démocraties

Jean-Claude Casanova
N° 72 Hiver 1995

Nos sociétés et nos nations sont devenues plus dépendantes les unes des autres, par les échanges de biens, de services et de capitaux, par les migrations et par l'interpénétration des cultures. La « révolution » d'octobre 1917 en Russie avait donné naissance à une puissance totalitaire et hégémonique, l'U.R.S.S., qui, par la crainte qu'elle a entretenue et la répulsion qu'elle a inspirée, a joué un rôle majeur dans l'histoire mondiale et dans l'évolution des pays occidentaux. La « révolution » de 1989, en entraînant la fin du communisme, la disparition de l'Union soviétique, la désagrégation du bloc de l'Est, constitue l'événement le plus considérable de la fin du siècle. Ces deux changements historiques sont d'une telle ampleur et ils affectent si considérablement les économies, les sociétés et les valeurs de nos pays qu'ils devraient influencer le fonctionnement de nos systèmes démocratiques. Comment ? [Lire la suite]

 

Gouvernement représentatif et pouvoir exécutif

Harvey C. Mansfield
N° 36 Hiver 1986

Le gouvernement représentatif et le pouvoir exécutif sont deux inventions de la science politique moderne. On ne rencontre ni l'un ni l'autre dans la science politique antique ou médiévale (en dépit de quelques apparentes anticipations), et on peut repérer avec précision leur commencement à tous deux, au moins dans le domaine de la théorie, chez les plus illustres des premiers philosophes politiques modernes. Aujourd'hui ils font partie l'un et l'autre de tous les régimes qui se veulent modernes, des deux côtés du fossé qui divise notre monde politique le plus profondément, entre les démocraties libérales et les régimes communistes. Tout gouvernement moderne prétend représenter le peuple, et aucun ne croit pouvoir survivre sans un pouvoir exécutif fort. [Lire la suite]

 

Peut-on apprivoiser la démocratie ?

James M. Buchanan
N° 36 Hiver 1986

James M. Buchanan vient d'obtenir le prix Nobel de sciences économiques. Notons qu'il a récemment publié, en collaboration avec G. Brennan, un livre bref et éclairant sur les meilleurs choix dans l'ordre constitutionnel : The reason of rules. Constitution use political economy (Cambridge University Press, 1985, 150 p.). [Lire la suite]

 

Démocratie et liberté

Pascal Salin
N° 36 Hiver 1986

Pour James Buchanan, le concept de démocratie est considéré dans le cadre d'un modèle politique qui est « individualiste et contractuel » et c'est le même concept que nous retiendrons. D'un point de vue méthodologique et même, pourrait-on dire, éthique, le fonctionnement d'une société doit être évalué en fonction des individus qui la composent et même plus précisément d'individus dont les droits sont respectés. Nous avons alors à apprécier dans quelle mesure la démocratie peut contribuer à une organisation satisfaisante de la vie sociale dans une société libre, c'est-à-dire dans un système de coopération sociale pacifique où les droits de propriété sont respectés. En effet, les désirs des individus peuvent être incompatibles et il faut trouver des procédures susceptibles de permettre la survie des sociétés. Or, deux types de solutions sont concevables : le recours à la violence ou la coopération pacifique dans le respect des droits de chacun. La relation entre la démocratie et le marché libre est la question la plus importante de la philosophie politique et c'est pourquoi il est important de se demander si la démocratie constitue un moyen efficace de défendre la liberté et les droits de l'homme (en particulier les droits de propriété) ou si elle n'est qu'un instrument supplémentaire pour accroître le contrôle étatique de la société. [Lire la suite]

 

La crise des politiques économiques et sociales et l'avenir des démocraties

Raymond Barre
N° 25 Printemps 1984

Le problème que je voudrais examiner se situe au point de rencontre de deux interrogations. La première consiste à se demander pourquoi la confiance portée depuis les années 1950 à l’efficacité des politiques économiques et sociales a fait maintenant place à un scepticisme étendu quant à l’aptitude de ces politiques, et de la science économique qui les inspire, à maîtriser les difficultés d’aujourd’hui et de demain. La seconde concerne l’avenir des démocraties industrielles, qui jouent dans le monde un rôle fondamental de direction et d’entraînement de l’économie internationale : ces démocraties peuvent-elles espérer retrouver durablement la croissance et la stabilité économique qui sont indispensables au maintien et au progrès du niveau de vie de leurs populations, et développer leur capacité de concurrence, donc de survie, dans un monde d’où la compétition s’annonce particulièrement dure ? [Lire la suite]

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