L'économie : science maudite ou science utile ?

La lettre du vendredi 2 mars 2018

L'économie a toujours été au coeur des débats de Commentaire ; Didier Maillard, membre du comité de rédaction, revient aujourd'hui sur certains aspects de l'économie. Ancien élève de l'École polytechnique et de l'ENA, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, il est consultant et chercheur dans les domaines de l'économie de la fiscalité, de la gestion d'actifs, de la gestion des risques et de la gestion de patrimoine.

L’économie ouvre de nombreux débats 

L’économie a été un fil conducteur important de ma carrière dans l’administration française, à l’OCDE, dans la banque et enfin comme professeur au Conservatoire national des arts et métiers. Ma fille, d’âge tout juste scolaire et à qui l’on avait demandé quel métier exerçait son père avait savoureusement répondu : il est économe…
Quand on évoque l’économie, on ouvre immanquablement de nombreux débats : de quelle économie parle-t-on, à quoi sert-elle, s’agit-il d’une science, quel contenu mathématique doit-elle intégrer, comment doit-elle être enseignée ?

Commentaire a contribué en de nombreuses occasions à nourrir ces débats. Dans un article de 2015, je défendais le concept d’économie utile : (i) aider à comprendre le monde dans lequel nous vivons ; dans la lignée, aider à prévoir son évolution ; (ii) aider à prendre de meilleures décisions.
Dans le domaine de l’aide à la prise de décision, on pense spontanément à celle des politique, et donc à la politique économique. Mais l’économie peut aussi aider à la prise de décisions privées, par les entreprises certes, mais aussi par les personnes, tout particulièrement en matière d’épargne et de traitement des risques. Cet article s’inscrit dans une série « L’avenir de la science économique », lancée par André Babeau.

On lira aussi de grands articles séminaux : celui de Schumpeter sur Keynes, celui de Samuelson sur l'échange inégal et celui de Jean Tirole sur le chômage.
Personnellement, je me suis beaucoup intéressé à la question de la fiscalité, vue sous l’angle de l’analyse économique et non pas des postures idéologiques (l’efficacité économique n’est pas le seul critère à retenir en la matière, mais elle devrait davantage compter). Commentaire a beaucoup publié sur la taxation, depuis l’article de Pascal Salin aux tout débuts de la revue.

Un mot sur l’inflation : impalpable depuis une dizaine d’années, elle ne devrait pas être oubliée même si sa résurgence a été annoncée à tort à plusieurs reprises. 
Commentaire s’est investi sur la question de l’enseignement de l’économie, depuis le secondaire jusqu’au supérieur. La formation à l’économie peut emprunter d’autres canaux que l’éducation nationale. De la diffusion et de la qualité de la formation dépendra la considération apportée à l’économie par la société.
Comme on le verra en parcourrant cette liste, l'économie permet aussi d'appréhender les grands problèmes qui agitent nos sociétés : les inégalités de revenu, les retraites, la gestion des banques centrales.

Didier Maillard

Joseph Aloïs Schumpeter

Commentaire n° 23/Automne 1983

On célèbre en 1983 un double centenaire : celui de la naissance de Keynes et de celle de Schumpeter. Les éditions Gallimard publie une traduction française, préfacée par Raymond Barre, de l'ouvrage monumental de Schumpeter, l'Histoire de l'analyse économique. Le hasard des anniversaires invite à rechercher quel fut le dialogue entre ces deux économistes, les plus puissants du XXe siècle. Schumpeter a consacré à Keynes les dernières pages de son dernier livre. Elles sont malheureusement inachevées et n'ont pas été revues par l'auteur avant sa mort en 1950, mais il avait consacré à Keynes, à l'occasion de sa mort, en 1946, un superbe article dont on trouvera ici la traduction par M. P.E. Dauzat.

Didier Maillard

Commentaire n° 149/Printemps 2015

Juger du caractère non erroné et utile de la science économique requiert de préciser l'aune utilisée. À quoi sert cette science ? Je retiendrai deux catégories d'usage possible : aider à comprendre le monde dans lequel nous vivons et son évolution ; aider à prendre de meilleures décisions.

André Babeau

Commentaire n° 145/Printemps 2014

Dans les pays avancés, l'âge d'or des économistes s'est achevé dans les dernières années du xxe siècle. Entendons par là une période où, malgré les débats entre écoles de pensée, la macro-économie – née en 1936 avec la publication de la Théorie générale de Keynes – était considérée comme une discipline ayant obtenu d'indéniables résultats et capable d'orienter les choix politiques. En 2000-2001, cette réputation avait déjà été fortement ébranlée par l'explosion de la bulle Internet : des actifs à taux de rendement négatifs avaient alors été acquis à des prix improbables. Elle a volé en éclats au moment de l'entrée dans la crise des subprimes aux États-Unis en 2007. 

Paul A. Samuelson

Commentaire n° 17/Printemps 1982

P.A. Samuelson, prix Nobel de sciences économiques, racontait une anecdote : « Il y a des années j'étais fellow de Harvard en compagnie du mathématicien Stanislas Ulam. Ulam, qui devait concevoir la méthode de Monte Carlo et devenir un des inventeurs de la bombe à hydrogène, était déjà, à un très jeune âge, un spécialiste de topologie de réputation mondiale. Il aimait, pour me taquiner, me mettre au défi de trouver dans l'ensemble des sciences sociales une seule proposition qui soit à la fois vraie sans être évidente. Aujourd'hui, quelque trente ans plus tard, une réponse me vient par l'esprit de l'escalier : la théorie ricardienne de l'avantage comparatif, qui démontre que deux pays tirent mutuellement profit du commerce, même si en valeur absolue la productivité de l'un est supérieure - ou inférieure - à celle de l'autre pour tous les produits. Que cette théorie soit irréfutable, cela n'a pas besoin d'être démontré à un mathématicien. Qu'elle ne soit pas évidente est attesté par les milliers d'hommes politiques qui n'ont jamais été capables de la comprendre. » La preuve en est la théorie de l'échange inégal. Elle explique que l'échange économique entre pays développés et pays pauvres perpétue l'inégalité. Dans l'article qui suit, P. A. Samuelson relève les failles de ce raisonnement et réaffirme le principe de l'avantage comparatif.

Francis Fukuyama, Seth Colby

Commentaire n° 129/Printemps 2010

La crise commencée en 2007 n'est pas achevée, mais il ne faut pas attendre pour réfléchir aux idées qui ont pu contribuer à cet événement, notamment aux idées des économistes.

Didier Maillard

Commentaire n° 71/Automne 1995

La réforme fiscale apparaît de plus en plus comme l'Arlésienne de la politique économique en France. Presque toujours évoquée comme une nécessité, l'action dans ce domaine se fait attendre. Pourtant, d'autres pays industrialisés, sous des gouvernements tantôt conservateurs (États-Unis, Royaume-Uni), tantôt sociaux-démocrates (Nouvelle-Zélande), ont mis en oeuvre dans les années 80 des réformes de leur système fiscal d'une ampleur et d'une profondeur indéniables. L'absence de réforme d'envergure de la fiscalité française ne fait heureusement pas que traduire une sclérose de la société et un refus des transformations.

Pascal Salin

Commentaire n° 3/Automne 1978

Le but de l'impôt est d'abord et fondamentalement de permettre le financement des dépenses publiques. Mais la répartition du prélèvement entre les citoyens fait nécessairement naître des problèmes d' « équité fiscale ». Par ailleurs, la plupart des budgets publics, de nos jours, prétendent explicitement effectuer des transferts entre citoyens, c'est-à-dire affecter la répartition de leurs ressources.

Louis Schweitzer

Commentaire n° 138/Été 2012

Jean Gatty, « Les hautes rémunérations Constats et causes » et Louis Schweitzer, « Remarques complémentaires » 
Commentaire n° 139/Automne 2012

Le débat sur les rémunérations excessives, les bonus, options et avantages divers des dirigeants d'entreprises n'est pas propre à la France. Sous des formes diverses, les mêmes discussions avec un ton polémique font rage aux États-Unis, en Suède, en Allemagne et au Royaume-Uni où le gouvernement conservateur vient d'annoncer des mesures pour en améliorer le contrôle. Dans tous ces pays on constate une croissance de ces rémunérations et le fait que les procédures plus rigoureuses mises en place auparavant pour définir les éléments de ces rémunérations n'a pas freiné cette croissance. Il convient donc d'analyser l'efficacité et la légitimité de ces rémunérations.

Les trois articles qu'il faut lire à la suite éclairent ces questions.

Philippe Trainar

Commentaire n° 158/Été 2017

Il faut revenir sur les spécificités de notre système ainsi que sur ses déterminants de long terme. Nous verrons que les problèmes récurrents d'équilibre et d'équité du système français des retraites sont imputables à une gestion au jour le jour, que l'on a beaucoup de mal à rattacher à une quelconque philosophie cohérente de la répartition. La première priorité consiste donc à clarifier cette philosophie pour en tirer une discipline rigoureuse qui permette d'assurer l'équilibre et l'équité du système dans la stabilité des taux de cotisations. Afin de garantir la pérennité de ce nouvel équilibre, il serait souhaitable de l'accompagner d'un certain nombre de réformes institutionnelles.

Jean Tirole

Commentaire n° 145/Printemps 2014

La France ne brille pas pour ses performances : le taux d'emploi y est faible, le chômage élevé, les emplois créés de faible qualité, la mobilité insuffisante, les conflits sociaux fréquents et le sentiment d'insécurité dans l'emploi largement répandu. Quelles sont les causes de cette situation déplorable et quelles solutions peut-on avancer ? C'est l'objet de cet article qui propose un remède original : une taxe sur les licenciements. Cette taxe n'alourdirait pas les charges effectives des entreprises et résoudrait beaucoup des difficultés françaises.

Didier Maillard

Commentaire n° 131/Automne 2010

Faut-il se féliciter de l'acquis de la stabilité des prix et vouloir le préserver, ou faut-il remettre en cause l'objectif de 2 % d'inflation, comme le recommandent certains, pour faciliter le traitement de la crise économique et financière dans laquelle le monde est entré en 2008 et d'autres crises à venir ? Il convient de poser cette question au moment où des voix s'élèvent en faveur de plus de souplesse en cette matière.

George (de) Menil

Commentaire n° 157/Printemps 2017

En avril 2008, un jury international a évalué les programmes et les manuels de sciences économiques et sociales dans les lycées français. Les résultats furent publiés intégralement dans Commentaire (automne 2008, n˚ 123). La critique fut sévère. Pierre-André Chiappori la résuma en quelques mots : « On aimerait pouvoir dire [...] que l'élève ne retirera de cet enseignement que peu de bénéfices. Mais même cette conclusion paraît trop optimiste ; il est difficile d'écarter l'hypothèse que cet enseignement, inadapté dans ses principes et biaisé dans la présentation, soit en fait néfaste. »

John B. Taylor

Commentaire n° 156/Hiver 2016-2017

Jacques de Larosière, « Sur la règle de Taylor » et Jean-Claude Trichet, « Trois observations à ce propos »

John B. Taylor a donné à Londres, en 2016 une conférence  pour tirer les leçons de la grande récession. Nous l’avons traduite et accompagnée de deux commentaires, dont les auteurs ont exercé de grandes responsabilités, pour Jacques de Larosière, à la tête de la Banque de France et du Fonds monétaire international et, pour Jean-Claude Trichet, à la tête aussi de la Banque de France puis de la Banque centrale européenne. Cet ensemble offre une réflexion approfondie sur le rôle respectif de la politique des finances publiques et de la politique monétaire en faveur de la croissance et de la stabilité, à la lumière des dernières décennies, et principalement de ce qu'il faut nommer maintenant la Grande Récession. John Taylor a proposé ce que l'on appelle « la règle de Taylor » qui définit la façon dont la Banque centrale doit de façon prévisible fixer les taux d'intérêt nominaux. On s'accorde à reconnaître que son influence intellectuelle sur la politique des banques centrales a été et reste considérable et que ses analyses permettent de comprendre les échecs et les succès des politiques monétaires des dernières années.

Retrouvez tous les articles de Didier Maillard et des auteurs cités dans cette lettre parus dans Commentaire sur notre site www.commentaire.fr


Retrouvez l'ensemble des articles de La lettre du vendredi en libre accès sur notre site commentaire.fr grâce à nos offres d'abonnement "Numérique 100 %" ou "Premium"

Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova
116 rue du Bac – 75007 Paris – ISSN 0180- 8214
Copyright © 1978-2018 Commentaire - Tous droits réservés
twitter
facebook
Si vous ne souhaitez plus recevoir cette newsletter, désabonnez-vous en suivant ce lien pixel