Jean-Louis Bourlanges

La lettre du vendredi 15 janvier 2021

Il vaut mieux se répéter que se contredire, nous dit la sagesse populaire. Voire. Sans être un théologien néohégélien de la dialectique, on doit admettre que la contradiction est souvent le signe de la vitalité de l’esprit et la condition de la créativité intellectuelle. Là encore la sagesse populaire, qui n’est pas elle-même à une contradiction près, a trouvé les mots pour le dire : « Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas. »

En vérité, ces articles relèvent moins du contradictoire que du balbutiant. C’est un vol de phalènes qui tournoit autour des deux convictions qui éclairent ensemble ma modeste vie publique : il n’y a pas d’avenir pour la liberté, et donc pour la dignité des hommes, hors d’un gouvernement représentatif, fondé sur la pluralité des pouvoirs et le respect de l’état de droit ; il n’y a pas d’avenir pour la France hors d’une Europe consciente de ce qui fonde son identité dans le concert des civilisations et lui donne un éclat singulier sans toutefois l’opposer au reste du monde.

Ces deux convictions débouchent en fait sur deux interrogations quelque peu obsédantes : de quel levier disposons-nous dans la France d’aujourd’hui pour conforter la démocratie libérale en dehors d’une réforme du mode de scrutin et de l’introduction d’une dose plus ou moins massive de représentation proportionnelle ? Peut-on espérer bâtir une Europe forte et unie sans que les Européens consentent à se dire à eux-mêmes ce qu’ils sont, ce qu’ils veulent faire ensemble et selon quelles lois ? À la différence du soleil et de la mort, l’Europe n’a plus le droit ne pas se regarder en face.

Jean-Louis Bourlanges

 

Jean-Louis Bourlanges est membre du comité de rédaction de Commentaire. Ancien député européen, député des Hauts-de-Seine, vice-président de la commission des affaires européennes. Diplômé de Sciences Po, agrégé de lettres modernes, ancien élève de l'École nationale d'administration. Ancien professeur invité à l'école de Saint-Cyr Coëtquidan et associé de l'IEP de Paris.

 

Pour une réforme substantielle du mode de scrutin législatif

N° 172/Hiver 2020

Pourquoi le MoDem souhaite-t-il modifier le mode de scrutin aux élections législatives ? La démocratie représentative est en crise parce que le Parlement est perçu, pour reprendre une image célèbre de Clemenceau à propos de la présidence de la République, comme un organe aussi inutile que la prostate. [Lire l'article]

 

Valéry Giscard d'Estaing ou le centre en majesté

N° 171/Automne 2020

Le 19 mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing est élu président de la République française au terme d'un rude combat contre son concurrent gaulliste, Jacques Chaban-Delmas, qu'il a su marginaliser au premier tour, et son adversaire de gauche, François Mitterrand, qu'il a devancé au second d'une très courte tête. Politiquement, ce scrutin s'inscrit dans un double mouvement décennal d'unification des droites et de subversion graduelle du gaullisme partisan par les forces centristes et modérées issues de la IVe République. Valéry Giscard d'Estaing entend conduire cette évolution à son terme et, en intégrant à la majorité les forces résiduelles de la démocratie chrétienne et du radicalisme, déplacer suffisamment le centre de gravité de la majorité pour y substituer une dominante orléaniste ou tocquevillienne à la dominante bonapartiste du gaullisme en majesté. [Lire l'article]

 

Refuser la tentation du cloître éternel

N° 170/Été 2020

On est très sévère à l'égard de l'Union européenne. A-t-elle su se montrer à la hauteur de la crise ? On pouvait craindre le pire. On n'a pas eu le meilleur, mais presque. [Lire l'article]

             

Patrick Devedjian (1944-2020)

N° 170/Été 2020

La fin tragique de Patrick Devedjian nous a tous bouleversés. Il avait, à sa façon, contribué à faire naitre cette revue, qu'il a par la suite toujours soutenue. Il fut le premier maire de France à inaugurer, à Antony, une rue portant le nom de Raymond Aron. Il aimait le droit, les arts et les lettres. En politique, il était déterminé et avisé, et aussi, trait rare, profondément et absolument courageux. [Lire l'article]

 

Pitié pour la démocratie représentative

N° 168/Hiver 2019

Pierre-Henri Tavoillot a reçu cette année le prix du livre politique décerné par un jury de députés à l'Assemblée nationale, c'est sans nul doute parce qu'en pleine crise des Gilets jaunes, les parlementaires y ont vu un havre, une planche de salut intellectuel et moral pour une idée sérieusement mise à mal sur les ronds-points : la démocratie représentative. [Lire l'article]

 

Un Brexit, deux histoires

N° 155/Automne 2016

Il ne faut ni négliger ni craindre les effets du Brexit. La Grande-Bretagne a pris une décision que l’on peut regretter mais que l’on peut expliquer. D’abord, un Premier ministre, too clever by half, diraient ses compatriotes, a choisi les voies de la démocratie directe dans le plus vieux pays parlementaire du monde. Il en est résulté cette déconvenue. Bagehot avait pourtant expliqué la supériorité de la représentation : un Parlement informé vaut mieux qu’une opinion sensible à la démagogie. La GrandeBretagne, autant que le reste de l’Europe, subit les conséquences d’une immigration mal contrôlée qui accroît l’hétérogénéité des populations et nourrit les discordes. Elle subit aussi les effets de la mondialisation ou, si l’on préfère, du libre-échange, source d’instabilité et plus encore d’inquiétude. Il ne fait pas de doute que le libre-échange, en favorisant les spécialisations et en élargissant les échelles de production, contribue à l’enrichissement du monde. Mais il le fait en causant autant de troubles. Les économistes, ses défenseurs attitrés, devraient se souvenir que Ricardo souhaitait l’échange international des biens pour éviter justement les migrations qui rompent « l’attachement naturel des peuples » à leur terre. Cournot redoutait un libre-échange trop immé- diat à cause des bouleversements qu’il entraînait dans la production. Enfin, Pareto montrait que le libre-échange, en rompant les aspirations à la stabilité, qui sont aussi constitutives des sociétés que les aspirations à la mobilité, menaçait l’optimum social qui ne correspond pas nécessairement à l’optimum économique. Pour ces raisons, le mariage de l’économie et de la politique reste toujours difficile. On lira les citations de Jean Monnet qui accompagnent cet article. Elles disent une chose simple : l’Angleterre fait évidemment partie de l’Europe par la géographie, par l’histoire et par la civilisation. Elle s’écarte aujourd’hui des institutions de l’Union européenne. N’en doutons pas, elle y reviendra quand l’Union aura fait la preuve de sa légitimité politique. [Lire l'article]

 

Identité européenne et ambition française

N° 147/Automne 2014

Interroger l'ambition française et en repérer ce qui semble être l'essentielle ambivalence est un exercice utile pour celui qui croit à la pertinence et à la fécondité de la construction européenne et ne parvient pas à s'imaginer l'engagement de notre pays dans cette grande aventure comme un déni du passé et comme la mise en congé d'une histoire millénaire. [Lire l'article]

 

Quatre raisons pour changer le mode de scrutin

N° 139/Automne 2012

Une commission présidée par Lionel Jospin a été mise en place, elle porte sur la rénovation morale de la vie publique et principalement sur les modes de scrutin, le cumul des mandats et le statut pénal du président de la République. Les réformes que cette commission proposera porteront donc nécessairement sur nos institutions. Proposera-t-elle de réformer le mode de scrutin ? [Lire l'article]

             

Misère de l'indignation

N° 135/Automne 2011

Tout vient, on le sait, d'un maigre opuscule de Stéphane Hessel, vieil homme en colère et jeune génie de la communication postmoderne : une dizaine de pages qu'on peut acheter sans s'appauvrir et lire sans s'enrichir. [Lire l'article]

 

Lettre de DSK à Nicolas Sarkozy

N° 135/Automne 2011

New York, le 15 août 2011.
Monsieur le Président,
Je vous fais cette lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps. Et pourtant, je ne suis pas un déserteur, tout au plus un déserté. Je ne serai pas candidat à la prochaine élection présidentielle. Mes amis ne m'écoutent plus. François Hollande ne l'a jamais fait et il n'y a plus guère qu'en vous écrivant que je puis espérer retrouver quelque audience dans la vie publique. [Lire l'article]

 

L'Europe piétine. Analyse d'une déception

N° 125/Printemps 2009

L'Europe piétine. La constatation est évidente. On le mesure au manque de vision des principaux leaders politiques et à la médiocrité de la Commission de Bruxelles. Craignons d'ailleurs que la désignation de ses nouveaux membres ne fasse qu'empirer les choses. Commentaire s'est déguisé en journaliste candide pour interroger Jean-Louis Bourlanges qui est un des principaux collaborateurs de la revue et un spécialiste incontesté des institutions européennes. Européen convaincu, il fait part de son désenchantement. Puisse son pessimisme éveiller des énergies nouvelles. Nous inaugurons ainsi « Une nouvelle enquête sur l'Europe ». [Lire l'article]

 

 

L'adolescent de l'Elysée

N° 121/Printemps 2008

La France serait-elle une cité dont le prince est un enfant ? Les chansonniers brocardent le président de la République sur sa taille. À tort. [Lire l'article]

 

Sur le mode de scrutin 

N° 121/Printemps 2008

Je me félicite que le Comité [présidé par Édouard Balladur] ait marqué son souhait de voir mettre un terme au « tout majoritaire » caractéristique du mode de scrutin législatif actuel. Je regrette toutefois la timidité de cette remise en cause. [Lire l'article]

 

Lettre sur le centre

N° 119/Automne 2007

La lettre personnelle que Jean-Louis Bourlanges a adressée à François Bayrou quatre mois avant l'élection présidentielle et le projet que celui-ci présente aujourd'hui permettent de comparer deux visions du centrisme. La première se prononce pour une alliance avec la droite. La seconde réaffirme son indépendance. [Lire l'article]

 

La guillotine ou l'ascenseur

N° 114/Été 2006

Les Français sont-ils malades de leurs inégalités ? Dans les faits sans doute pas, dans leurs têtes assurément. Les comparaisons établies par l'OCDE entre dix-sept pays développés sont formelles : nous figurons, avec les Suédois, les Autrichiens, les Norvégiens, les Tchèques et les Allemands, dans le peloton de tête des États à faible écart de revenus. [Lire l'article]

 

À propos de la Turquie
Les contradictions dans la Ve République

N° 107/Automne 2004

Le président de l'UMP [Alain Juppé] ne fait pas dans la demi-mesure. Il pourrait invoquer à l'appui de son refus [de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne] l'incompréhension présente de l'opinion et le non-respect par le candidat de tous les critères de Copenhague. Il n'a que faire de ces hypocrisies et il a raison. Son non à la Turquie n'est ni circonstanciel, ni conditionnel, ni transitoire. [Lire l'article]

 

Il faudra un référendum

N° 106/Été 2004

Avez-vous été convaincu par les arguments de Jacques Chirac sur la « vocation européenne » de la Turquie? Non. Si l'on admet dans l'Union un État qui n'est ni géographiquement, ni historiquement, ni culturellement européen, il n'y a aucune raison de s'arrêter en si bon chemin et de ne pas ouvrir l'Union à tous les peuples du pourtour méditerranéen, du Moyen-Orient et de l'Asie centrale qui en feraient la demande. [Lire l'article]

 

La fin de l'Europe communautaire
Critique du traité de Nice

N° 95/Automne 2001

Nul ne fait l'éloge des Cent-Jours impunément. Il y avait du symbole et du risque à placer à la tête de la diplomatie française un homme qui avait osé publier, non sans talent d'ailleurs, sa fascination pour l'acte final de l'épopée impériale, Les Cent-Jours ou L'Esprit de sacrifice, Dominique de Villepin (Perrin, 2001). [Lire l'article]

 

L'Europe en péril
Entretien avec Cédric Argenton
 

N° 90/Été 2000

Jean-Louis Bourlanges, député au Parlement européen, a bien voulu lors d'un entretien avec Cédric Argenton, répondre à quelques questions essentielles sur le rôle de ce parlement et sur les réformes qui conditionnent l'avenir, désormais menacé, de la construction européenne. [Lire l'article]

 

Au-delà de l'incertitude

N° 85/Printemps 1999

La réflexion de Gilles Andreani sur « l'Europe des incertitudes » devrait faire date. En quelques pages, elle éclaire, beaucoup mieux que tant d'épais volumes consacrés à la construction européenne, l'originalité fondamentale d'une entreprise historique qui demeure, un demi-siècle après le début de l'aventure, une sorte d'énigme aux yeux mêmes de ceux qui la vivent. [Lire l'article]

 

Le Royaume dont le Prince est en exil

N° 81/Printemps 1998

Il y a assurément quelque chose de pourri dans le royaume des droites françaises. Quel contraste entre l'étroitesse de la défaite électorale subie en juin 1997 et l'étendue de la déroute politique que cette défaite a précipitée ! D'un côté, un simple écart de 0,7 % entre vainqueurs et vaincus, de l'autre, une opposition balkanisée, des partis déboussolés, un trop-plein d'apprentis candidats et un déficit de vrai leadership, aucune ligne politique identifiable et le spectre d'alliances tactiques avec ceux-là mêmes qu'on n'a pas cessé de diaboliser depuis seize ans. [Lire l'article]

 

L'Europe à trente : un objet virtuel
Propositions pour la négociation de 1996

N° 70/Été 1995

L'article qui suit a été préparé pour la Fondation Saint-Simon qui a bien voulu nous autoriser à le reproduire. Jean-Louis Bourlanges siège au Parlement européen. Depuis mars 1995 il a succédé à notre ami Jean François-Poncet à la tête du Mouvement européen (section française). [Lire l'article]

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