Il y a 40 ans, Raymond Aron...

La lettre du vendredi 16 février 2018

Commentaire a été créée afin de fournir une tribune à Raymond Aron qui venait de quitter Le Figaro. La revue fête cette année son quarantième anniversaire, le premier numéro ayant paru en kiosque en janvier 1978. Entre cette date et sa disparition en octobre 1983, Raymond Aron y a publié plusieurs textes importants.
Gwendal Châton, membre de notre comité de rédaction, maître de conférences en science politique à l’Université d’Angers, auteur de Introduction à Raymond Aron (La Découverte, coll. « Repères », 2017), a sélectionné pour nos lecteurs certains articles. 

Sur la politique française, l’apparition de la revue s’insérant dans un contexte marqué par l’incertitude en raison d’une possible victoire de l’Union de la gauche aux élections législatives de mars 1978. Un tel scénario aurait correspondu à une première expérience de cohabitation (« Incertitudes françaises », n°1). La gauche ne parviendra finalement au pouvoir qu’en 1981 : Aron examinera avec sérénité les lendemains de cette alternance (« A contre-courant. Sur la situation politique de la France », n°15).

Sur la politique mondiale, la fin des années 1970 et le début des années 1980 ayant fait craindre un retour des Soviétiques sur la scène internationale, alors même qu’une tentation isolationniste était clairement perceptible aux États-Unis. La perspective d’une inversion du rapport des forces devenait ainsi plausible, (« Mr. X règle ses comptes avec son passé », n°2 ; « De l’impérialisme américain à l’hégémonisme soviétique », n°5 ; « L’hégémonisme soviétique : An I », n°11 ; « En quête de la sécurité », n°20). Monsieur X fait référence au célèbre article de George Kennan.

Sur le libéralisme, Aron abordant la figure inspiratrice de Tocqueville, revenant une dernière fois sur le repoussoir nazi ou encore défendant une philosophie de l’histoire qui, tout en se défiant des déterminismes, n’abandonnerait pas la référence à l’idée de progrès héritée des Lumières (« Pour le Progrès. Après la chute des idoles », n°3 ; « Existe-t-il un mystère nazi ? », n°7 ; « Sur Tocqueville », n°10). A cet égard, on peut clore l’évocation de ces textes par la conclusion de l’article « Les intellectuels et la politique » (n°22), dans lequel Aron exhortait les citoyens à pratiquer l’art difficile de la modération :

 « Le dernier appel que j’adresserais à mes confrères, c’est un appel à la modération. La noblesse et la fragilité de la démocratie, c’est qu’elle tolère à l’intérieur d’elle-même les porte-paroles de ses ennemis. En le critiquant, les intellectuels risquent d’affaiblir leur gouvernement. Risque que les démocraties n’hésitent pas à assumer, pariant sur la force ultime des régimes de liberté. Par la mise en question de leurs représentants, les citoyens témoignent de leur courage : puissent-ils, par leur modération, leur sens de l’unité nationale, témoigner de leur sagesse. »

Ces lignes reflètent l’attitude libérale qui était celle de Raymond Aron et que Commentaire a cherché à incarner depuis sa disparition.

Gwendal Châton

Raymond Aron

Au printemps dernier, mes amis et moi, alors que nous préparions le premier numéro de Commentaire, nous choisîmes ensemble le titre de l'article politique de tête : Incertitudes françaises. Avouons-le en toute humilité : avant les vacances, nous supposions tous que la campagne électorale, prévue de septembre 1977 à mars 1978, se déroulerait bloc contre bloc, droite contre gauche, l'actuelle majorité contre les trois partis signataires du programme commun. Or, à cette date, la victoire de l'opposition nous paraissait pour le moins plausible.

Raymond Aron

Je ne sais combien de mes lecteurs connaissent encore George Kennan et ont lu l'article fameux de Foreign Affairs, en 1946, The sources of Soviet Conduct, signé Mr. X. Sans cet article, tenu depuis lors pour l'exposé séminal de la doctrine du containment, celui qui paraît en tête de ce numéro de Commentaire ne mériterait pas une longue discussion.

Raymond Aron

MARX n'est pas mort ; dans les C.E.S., dans les lycées, même dans les universités, il demeure bien vivant, mine inépuisable de citations, de concepts et de dogmes, référence presque inévitable, sinon maître indiscuté.

Raymond Aron

Il y a trente ans, le professeur des relations internationales et l'homme de la rue se représentaient le monde à peu près de la même manière. Le premier, en langage savant, baptisait « bipolaire » le système interétatique ; le second mettait au centre la rivalité des Etats-Unis et de l'Union soviétique, non sans sous-estimer une supériorité d'ensemble, militaire et économique, de la puissance maritime, la République américaine, comparable par rapport à la masse eurasiatique à la Grande-Bretagne jadis par rapport à l'Europe.

Raymond Aron

La question nazie appartient désormais aux historiens ; la question soviétique (ou stalinienne) reste actuelle. La comparaison entre le nazisme et le soviétisme, classique durant les quinze années qui suivirent la guerre, devient pour le moins difficile. Le IIIe Reich ne dura que treize années : six années et demie de paix (ou de préparation à la guerre), puis les hostilités entre septembre 1939 et mai 1945. 

Raymond Aron

Observateur de sa patrie, Tocqueville a posé un des problèmes majeurs de notre histoire, actuel depuis deux siècles. Comment se composent, dans un pays de vieille monarchie, le centralisme administratif et les procédures du régime représentatif ?

Raymond Aron

L'an passé, j'écrivis, dans cette revue, un article intitulé De l'impérialisme américain à l'hégémonisme soviétique. J'analysais le paradoxe ou la contradiction de la conjoncture présente : dans ses rapports interétatiques, à l'ombre de la force militaire, l'Union soviétique s'élève vers le premier rang tandis que, dans le marché mondial, elle demeure une puissance secondaire.

Raymond Aron

Les entretiens, consignés dans le Spectateur engagé, livre qui vient de paraître chez Julliard, et dont les pages qui suivent sont la conclusion, n'étaient pas destinés à la publication et le style s'en ressent.

Raymond Aron

Peut-on conserver la liberté sans courir les aléas de la Défense ? Au début des années soixante, l'équipe Kennedy établit le programme des 1 000 Minuteman et des 41 sous-marins nucléaires, et introduit dans les conseils de l'Alliance atlantique les idées stratégiques, élaborées par des spécialistes dans les universités ou des Instituts telle la Rand Corporation, plusieurs devenus des quasi universités de recherche.

Raymond Aron

S'adressant au président et aux membres de la faculté de l'Institut Weizmann de Jérusalem, Raymond Aron étudie le rôle des intellectuels dans la démocratie.

Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova
116 rue du Bac – 75007 Paris – ISSN 0180- 8214
Copyright © 1978-2018 Commentaire - Tous droits réservés
twitter
facebook
Si vous ne souhaitez plus recevoir cette newsletter, désabonnez-vous en suivant ce lien pixel