Histoire et héritage

La lettre du vendredi 22 février 2019

Défendre la liberté, c’est aussi comprendre d’où nous venons, se demander où nous allons et si l’histoire est prévisible, si elle a un sens, ce qui nous ramène à d’autres questions souvent posées : vers où va l’histoire ? A-t-elle une fin ou procède-t-elle par retours ? Que reste-t-il de notre héritage ? Voici, pour nos lecteurs, quelques articles de réflexion historique parus récemment dans Commentaire.

François Furet et l’énigme révolutionnaire

Yann Fauchois
N° 164 Hiver 2018

  Le 16 mai 1858, alors qu’il travaillait à la suite de L’Ancien Régime et la Révolution, Alexis de Tocqueville écrivait à Louis de Kergolay : « Indépendamment de tout ce qui s’explique dans la Révolution française, il y a quelque chose dans son esprit et dans ses actes d’inexpliqué. Je sens où est l’objet inconnu, mais j’ai beau faire, je ne puis lever le voile qui le couvre. Je le tâte comme à travers un corps étranger qui m’empêche soit de le bien toucher, soit de le voir. » S’il existe dans l’œuvre de Tocqueville un hiatus entre son analyse de la France de Louis XVI et ses réflexions sur la période suivant l’avènement de Bonaparte, ce n’est peut-être pas seulement parce que la mort interrompit ses travaux. Mais aussi parce que, tout à son examen des conséquences du mouvement vers l’égalisation des conditions et du développement de la démocratie et tout à son interprétation de la continuité de l’histoire politique et administrative de la France, Tocqueville s’est plus attaché à comprendre les causes et à dégager les résultats de la Révolution française qu’à examiner l’événement lui-même. Il a conceptualisé la continuité de l’histoire mais pas la rupture révolutionnaire. Il allait revenir à François Furet de reprendre le flambeau et de s’emparer de l’énigme révolutionnaire là où Tocqueville s’était interrompu pour élaborer une interprétation générale de la Révolution française. Furet va remplir la page laissée blanche par Tocqueville et proposer une histoire de la Révolution qui concilie la continuité et la cassure. [Lire la suite]

 

L’École de Francfort et la « théorie critique »

Leszek Kołakowski
N° 161 Printemps 2018 (I)
N° 162 Été 2018 (II)
N° 163 Automne 2018 (III)

On se souvient qu’avait paru à Oxford, en 1978, l’année de création de Commentaire, trois volumes, une véritable somme intitulée Main Currents of Marxism. Its origin, growth and dissolution. Le premier volume seul fut traduit et publié à Paris. Nous avons décidé, en accord avec ses héritiers de traduire une partie du troisième volume (celui intitulé The Breakdown), celle qui concerne l’École dite de Francfort (Adorno, Horkheimer, Fromm, Habermas, etc.) qui a transité d’Allemagne en France, puis aux États-Unis avant la guerre, puis est revenue en Allemagne après la guerre, ayant essaimé en Occident dans l’intelligentsia dite para-marxiste ou critique. Ce sont des écrivains influents qui permettent encore d’être plus ou moins marxiste sans être léniniste. Aussi nous ne doutons pas que la clarté incisive de Kołakowski facilitera désormais leur lecture. 
Nous  publions ce chapitre en trois fois. [Lire la suite - (I) - (II) - (III)]

 

La Commune de Paris
I. L’école primaire de la liberté 
II. La guerre civile

Sebastian Haffner
N° 161 Printemps 2018 (I)
N° 162 Été 2018 (II)

Nous sommes heureux d’offrir à nos lecteurs, en deux articles, la première traduction française de cet essai de Sebastian Haffner. Et cela pour deux raisons. Parce que la Commune de Paris fut un événement considérable, qui a inspiré les révolutions du xxe siècle et qui a posé les enjeux de ce siècle et peut-être du nôtre. Parce que Sebastian Haffner appartient à la catégorie de ceux que Raymond Aron appelait « les esprits supérieurs ». Il alliait l’amour de la liberté et une intelligence profonde de l’histoire et de la politique.
Cet essai a été publié en allemand pour la première fois dans le magazine Stern en 1971, puis reproduit dans Im Schatten der Geschichte. Historisch-politische Variationen aus 20 Jahren (Stuttgart, 1985). [Lire la suite - (I) - (II)]

 

Vergennes et « l’équilibre des forces à la française »

Bernard de Montferrand
N° 163 Automne 2018

Dans leur panthéon les diplomates n’ont longtemps eu d’yeux que pour Vergennes et Talleyrand. Peu importe les résultats de leur action, le second a gagné. Vergennes tout en sérieux et en modération a été oublié. Kissinger dans sa somme Diplomacy ne mentionne pas son nom et, lorsque les Américains évoquent la guerre d’Indépendance, leur véritable héros est La Fayette. Pourtant quand on compare les bilans, quelle différence ! Vergennes, permet à Louis XVI de faire preuve en politique étrangère de l’esprit de décision qui lui manque tant, lui qui contribue de façon déterminante à la naissance des États-Unis, lui qui marque, à la fin du XVIIIe siècle, un coup d’arrêt à la domination anglaise des mers et définit un équilibre des forces en Europe favorable à la France. En 1783 elle paraît à son apogée. Louis XVI connaît un grand moment de gloire. Eût-il alors été emporté par le destin qu’il fût resté dans notre histoire comme l’un de nos plus grands rois. Voilà pourquoi il semble nécessaire de rappeler pourquoi Vergennes fut un ministre d’exception. [Lire la suite]

 

La « popularité » : une hantise sous la Révolution

Lucien Jaume
N° 163 Automne 2018

Durant la Révolution française (entre 1789 et 1799), on constate une permanente inquiétude vis-à-vis du phénomène de la popularité politique. Il existe d’ailleurs un éventail sémantique reflétant les découvertes et les perplexités de cette époque : « être populaire », « populariser quelqu’un » ou aussi « dépopulariser une personne », voire un groupe (les Girondins par exemple) ou une institution (le pouvoir exécutif). La popularité révolutionnaire constitue un phénomène fascinant et souvent inquiétant pour les acteurs politiques, non sans liens avec deux composantes du nouveau champ politique : l’opinion publique, la représentation. [Lire la suite]

 

Gabriele D’Annunzio entre en guerre (1914-1915)

Maurizio Serra
N° 162 Été 2018

Comme on va le voir, Gabriele D’Annunzio entra en guerre avant son propre pays et cet épisode important de sa vie contribue à expliquer son rôle dans l’histoire italienne et européenne. [Lire la suite]

 

Les responsabilités de la guerre de 1914 et Alfred Fabre-Luce

Georges-Henri Soutou
N° 162 Été 2018

La Grande Guerre hanta Alfred Fabre-Luce toute sa vie. Il avait quatorze ans à la déclaration de guerre et il vit disparaître une partie des générations de jeunes gens qui précédaient la sienne. Aussi il consacra à cette guerre une partie importante de son œuvre historique : en 1924, La Victoire (Gallimard), connut un grand retentissement, ensuite toute une partie d’un autre livre publié en 1967, L’Histoire démaquillée (Laffont) et enfin une partie d’un de ses derniers livres : Douze Journées décisives, en 1981 (Julliard).
La Victoire indigna Maurras, Poincaré et beaucoup d’autres, pour une raison simple. La guerre avait provoqué tant de morts et tant de morts parmi les jeunes Français que ceux qui, pour des raisons peut-être légitimes et sans doute sincères, avaient soit applaudi à son déclenchement, soit l’avaient souhaitée, soit encore l’avaient favorisée, étaient pétrifiés à l’idée qu’on puisse penser que la politique française pourrait avoir la moindre responsabilité dans les causes de la guerre. On comprend que la France se soit divisée sur cette question. On comprend aussi le choc immense que provoqua le livre de Fabre-Luce.
À l’âge de 25 ans, bien avant tous les autres, Fabre-Luce aboutit par ses analyses à cette formule très juste : « L’Allemagne et l’Autriche ont fait les gestes qui rendaient la guerre possible ; la Triple Entente a fait ceux qui la rendaient certaine. » [Lire la suite]

 

Sur l’entrée en guerre en 1914
I. Éclairagistes et architectes
II. Une formule très juste

Serge Sur (I)
Georges-Henri Soutou (II)
N° 164 Hiver 2018

Fabre-Luce écrivait : « L’Allemagne et l’Autriche ont fait les gestes qui rendaient la guerre possible ; la Triple Entente a fait ceux qui la rendaient certaine. » Georges-Henri Soutou approuvait cette formule. Serge Sur, que nous sommes heureux d’accueillir, la désapprouve. Il soutient un point de vue radicalement opposé. Et Georges-Henri Soutou, lui répond, maintient son opinion. [Lire la suite - (I) - (II)]

 

L’héritage du christianisme aujourd’hui

Alain Besançon
N° 161 Printemps 2018

Qu’est-ce que le christianisme ? Si l’on demande aux gens ce que c’est, on aura des réponses extraordinairement variées, vagues ou pas de réponse du tout, que la personne interrogée soit chrétienne ou pas.
Il existe des résumés canoniques : ce sont les credo, ou symboles qui ont été fixés vers le milieu du Ve siècle. Ils sont le produit de terribles querelles, le dépôt final après décantation d’innombrables hérésies et, tels quels, ils sont à peu près incompréhensibles aux oreilles d’aujourd’hui.
Comment présenter objectivement ce qui s’est passé ? [Lire la suite]

 

L’héritage des Lumières aujourd’hui

Philippe Raynaud
N° 161 Printemps 2018

Si, dans la culture contemporaine, l’héritage des Lumières apparaît comme une évidence aux yeux de la conscience commune, les différents courants de critique radicale de la modernité y voient au contraire une source majeure de nos malheurs. D’un côté, en effet, on imagine mal un responsable politique ou même religieux qui remettrait ouvertement en question les valeurs ou les principes que nous sommes supposés avoir hérités du XVIIIe siècle, qu’il s’agisse de la tolérance religieuse, de la confiance dans la connaissance scientifique ou de ce qu’on appelle communément l’État de droit. D’un autre côté, et dans la mesure même où les Lumières sont censées être à l’origine de notre monde, il est assez naturel qu’elles soient remises en question par ses ennemis déclarés ou par ceux qui s’inquiètent le plus de son évolution. [Lire gratuitement la suite]

 

Le message d’Albert Camus

Antoine Antonini 
N° 161 Printemps 2018

Raymond Aron, qui, comme Sartre, préférait  l’écrivain Camus  au philosophe, taquinait parfois Antoine Antonini sur sa défense philosophique de Camus. Voici pour nos lecteurs le texte d’une conférence qu’Antoine Antonini a prononcée à l’Institut français de Naples en 1960, peu de mois après la disparition de Camus. Nos lecteurs pourront comme l’entendre et imaginer la défense de Camus qu’il aurait présentée à Aron. [Lire la suite]

 

Le Régent et Rabelais

Marc Fumaroli
N° 161 Printemps 2018

Marc Fumaroli écrit, en ce moment, un livre sur la guerre et la paix.
Il prépare un chapitre sur le temps de la Régence, il en a détaché l’extrait que l’on va lire et qui montre ce que fut dans l’ordre de la littérature et des mœurs la réaction qui suivit la fin du règne de Louis XIV. [Lire la suite]

 

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