Florilège 2019

La lettre du vendredi 3 janvier 2020

Pour bien commencer l'année, la revue vous propose un florilège des citations qui ont jalonné les numéros de Commentaire parus en 2019. Vous en trouverez bien d’autres dans ces numéros qui, comme celles-ci, serviront à nourrir vos réflexions, à renforcer vos aversions et à entretenir vos admirations.

Nous souhaitons à nos lecteurs et à nos abonnés une très belle année 2020.

 

 

Citations des quatrièmes de couverture

165

L’homme est de glace aux vérités ;
Il est de feu pour les mensonges.

La Fontaine

 

166

« Il faut donc appeler amis de la sagesse ceux qui s’attachent en tout à l’essence et non les amis de l’opinion ?
–  Absolument. »

Platon, La République

 

167

Il est bon d’être philosophe, il n’est guère utile de passer pour tel. Il n’est pas permis de traiter quelqu’un de philosophe : ce sera toujours lui dire une injure, jusqu’à ce qu’il ait plu aux hommes d’en ordonner autrement, et, en restituant à un beau nom son idée propre et convenable, de lui concilier toute l’estime qui lui est due.

La Bruyère

 

168

On a dit que le consentement de tous les hommes était une preuve de vérité. Quelle preuve ! Tous les peuples ont cru à la magie, à l'astrologie, aux oracles, aux influences de la lune. Il eût fallu dire au moins que le consentement de tous les sages était, non pas une preuve, mais une espèce de probabilité. Et quelle probabilité encore ! Tous les sages ne croyaient-ils pas, avant Copernic, que la terre était immobile au centre du monde ?

Voltaire

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Numéro 165

Libéralisme politique et libéralisme économique

Élie Halévy

Seule l’Angleterre insulaire sut conserver le principe féodal en en adaptant les formules aux besoins des temps nouveaux. Le roi d’Angleterre n’était plus le roi féodal disposant d’une armée qui était en quelque sorte sa propriété personnelle. Il lui fallait, pour lever et entretenir une armée, le consentement des contribuables. À ceux-ci donc, propriétaires de terre dans les campagnes, financiers de Londres, marchands de Londres et des ville de province, de lui mesurer l’argent qui, trop libéralement consenti, lui eût permis de se constituer une armée permanente, assez forte pour anéantir les libertés publiques. Ainsi apparaît une conception nouvelle et très paradoxale, semble-t-il, de la société et du gouvernement. La meilleure société est celle qui se fonde sur un sentiment de défiance permanente des gouvernés à l’égard des gouvernants, qui met ceux-là en état d’insurrection organisée contre ceux-ci, qui vise non à aider le gouvernement à gouverner, mais au contraire à l’empêcher autant que possible de gouverner.
La doctrine de ce que nous appelons en France le « libéralisme économique » (en Angleterre la locution n’a pas cours) est devenue courante un siècle environ après la doctrine du libéralisme politique : datons-en la naissance pour plus de précision du moment où parut, en 1776, le grand ouvrage d’Adam Smith, Sur la nature et les causes de la richesse des nations.
Les théoriciens qu’on appelle – ou plus exactement qu’on va bientôt appeler – les économistes politiques isolent, dans l’ensemble des phénomènes sociaux, ceux qui ont trait à la production, à l’échange et à la distribution des richesses. Ils découvrent que ce groupe de phénomènes est doué d’une remarquable autonomie par rapport au reste des phénomènes sociaux, et qu’il suffirait d’abandonner à lui-même, préservé contre toute intrusion gouvernementale, le monde de la production et de l’échange, pour qu’il s’organise, par la division spontanée des travaux, une société économique parfaitement constituée, assurant l’harmonie des intérêts individuels avec l’intérêt général, celui-ci n’étant pas autre chose que la totalité des intérêts particuliers. Pas d’intervention de l’État entre les classes, à l’intérieur d’une nation, sous prétexte d’assurer l’harmonie entre l’intérêt de ces classes, de protéger une classe contre l’autre. Pas d’interventions de l’État pour séparer une nation des autres par des frontières douanières, sous prétexte de défendre ses intérêts contre ceux des autres nations. Toutes ces interventions de l’État n’aboutissent qu’à fausser l’équilibre naturel des intérêts individuels. L’idéal des économistes est une société sans gouvernement, ou du moins dans laquelle les fonctions gouvernementales se réduisent à assurer le respect des contrats librement conclus entre les individus.
Ces deux conceptions du libéralisme sont visiblement apparentées l’une à l’autre, puisqu’elles reposent sur un même sentiment d’hostilité à l’égard de l’idée gouvernementale. Il ne faudrait pas croire, à vrai dire, qu’elles se recouvrent exactement l’une l’autre ; et bien souvent il est arrivé dans le courant du xixe siècle que les conceptions du whiggisme politique soient venues se heurter aux conceptions nouvelles de l’économie politique. Les whigs du xviiie siècle étaient patriotes ; ils complétaient leur individualisme de la personne par un individualisme de la nation, et jamais ils n’auraient songé, au temps de lord Chatham, à ne pas protéger par des droits de douane et d’autres règlements l’industrie et la marine marchande contre la concurrence étrangère. De sorte que lorsqu’au xixe siècle, un Palmerston reprenait, avec l’éclat que l’on sait, la tradition du whiggisme guerrier, il se heurtait à l’opposition violente du pacifisme des doctrinaires du libre-échangisme intégral, un Richard Cobden ou un John Bright. Cependant, au plus fort de ces âpres querelles entre deux camps adverses qui se formaient au sein du parti libéral, combien, des deux parts, la philosophie restait la même !

Élie Halévy, Grandeur, décadence, persistance du libéralisme en Angleterre, dans Inventaires. La crise sociale et les idéologies nationales, Alcan, 1936, p. 5-8.

 

Aucun pouvoir n’est jamais aimé

Alain

L’homme méprise toujours un peu ses maîtres ; il ne le dit pas toujours ; mais il y a des moments où tout à coup cela se voit. L’ambitieux aperçoit le gouffre. Il accuse les traîtres et les ingrats, vainement. C’est alors qu’il paie la faute qu’il commet toujours de forcer l’admiration.
Celui qui force fait l’opinion en un sens ; en un autre sens, il se condamne à ignorer la véritable opinion. Beaucoup reconnaissent maintenant qu’il y eut, avant la fin de la guerre, des occasions de faire une paix raisonnable. Mais, à la première et timide mention de paix, on croyait entendre aussitôt l’opinion rugissante. Et l’on m’a répété, d’un homme paisible, cette parole, qu’il fallait fusiller ceux qui parlaient de paix. Le pensait-il ? Je crois qu’il pensait plutôt que tous le pensaient ; et ainsi il s’élevait luimême à ce degré de fanatisme, non pas à ce que je crois par prudence, mais plutôt par entraînement. Dans le fait, les pouvoirs, que l’on doit nommer bureaucratiques, réprimaient avec un sinistre entrain toute tentative de penser par soi. Cela faisait un esclavage insupportable pour un petit nombre, mais pour presque tous un enthousiasme d’apparence, chacun se laissant porter par une opinion qui n’était de personne. C’est ainsi qu’il se forme de grands creux sous les pas de l’ambitieux. Dès que la liberté se montre, chacun s’étonne de ne pas plus trouver dans l’autre qu’en lui-même ce qu’il nommait l’opinion de tous. C’est alors que les tyrans font leur chute verticale.
Si l’on déblayait tout de suite, si l’on creusait et grattait jusqu’à l’opinion véritable, jusqu’à l’opinion libre, on trouverait qu’aucun pouvoir n’est jamais aimé. Tel est le fond d’ingratitude sur lequel travaille l’ambitieux.

Alain, Napoléon trahi, propos du 27 janvier 1934, dans Propos, t. 1, Gallimard, Pléiade, 1959, p. 1193.

 

Proust et Pascal

Bernard de Fallois

En parlant de Pascal, si proche de Proust dans sa volonté farouche de détruire toutes nos illusions, au point que leurs pensées, leurs maximes sont souvent interchangeables, nous avons rencontré un allié précieux pour répondre à la dernière question que je voulais que nous nous posions : Proust a-t-il été un adversaire ou un avocat de l’amour ?
Leur pessimisme à tous les deux est en effet radical.

Qui a écrit :

« Celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté, l’aime-t-il ? Non. Car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu’il ne l’aimera plus.
Et si on m’aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m’aime-t-on, moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. […] On n’aime donc jamais personne mais seulement des qualités » ?

Ce n’est pas Proust, c’est Pascal [Pensées, n° 323, édition Brunschvicg].

Et qui a écrit :

« Les liens entre un être et nous n’existent que dans notre pensée. La mémoire en s’affaiblissant les relâche, et, malgré l’illusion dont nous voudrions être dupes et dont, par amour, par amitié, par politesse, par respect humain, par devoir, nous dupons les autres, nous existons seuls. L’homme est l’être qui ne peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu’en soi, et, en disant le contraire, ment » ?

Ce n’est pas Pascal, c’est Proust [À la recherche du temps perdu, « Pléiade », IV, p. 34].

Qui a écrit :

« Il n’aime plus cette personne qu’il aimait il y a dix ans. Je crois bien : elle n’est plus la même, ni lui non plus. […] Il l’aimerait peut-être encore, telle qu’elle était alors » ?

Ce n’est pas Proust, c’est Pascal [Pensées, n° 123].

Et qui a écrit :

« On donne sa fortune, sa vie pour un être, et on sait bien qu’à dix ans d’intervalle, plus tôt ou plus tard, on lui refuserait cette fortune, on préférerait garder sa vie » ?

Ce n’est pas Pascal, c’est Proust [Recherche, III, p. 604-605].

Qui a écrit :

« Le temps guérit les douleurs et les querelles parce qu’on change : on n’est plus la même personne. Ni l’offensant, ni l’offensé ne sont plus eux-mêmes. C’est comme un peuple qu’on a irrité, et qu’on reverrait après deux générations. Ce sont encore les Français, mais non les mêmes » ?

Ce n’est pas Proust, c’est Pascal [Pensées, n° 122].

Et qui a écrit :

« Il est à remarquer que tous les dix ans, quand on a laissé un homme rempli d’une conviction véritable, il arrive qu’un couple intelligent, ou une seule dame charmante entrent dans sa société, et qu’au bout de quelques mois on l’amène à des opinions contraires. Et sur ce point il y a beaucoup de pays qui se comportent comme l’homme sincère […] et qui, six mois après, ont changé de sentiments et renversé leurs alliances » ?

Ce n’est pas Pascal, c’est Proust [Recherche, III, p. 138].

Bernard de Fallois, Sept Conférences sur Marcel Proust,
Éditions de Fallois, 2019, p. 205-206.

 

Le bilan de Jacques Chirac

Édouard Balladur

Ce qui frappe, ce sont les points communs de Chirac avec Mitterrand. Tout d’abord, malgré les oppositions qu’ils ont rencontrées, la durée pendant laquelle ils ont occupé une place de premier plan dans la vie publique, soit une quarantaine d’années chacun. Ensuite, ils ont eu, à la tête de l’État, les deux plus longs mandats : quatorze ans pour Mitterrand, douze ans pour Chirac – ce qui les place devant de Gaulle, resté président de la République pendant dix ans et demi. L’un et l’autre s’y sont repris à trois fois avant d’être élus. L’un et l’autre étaient aussi peu amateurs d’idéologie que possible. Chacun d’eux a suivi des évolutions politiques quelque peu sinueuses, les amenant de la droite vers le centre ou la gauche, selon les circonstances, au point que Chirac a terminé son second mandat en affirmant : « Le libéralisme a fait plus de morts que le communisme », ce à quoi personne n’avait pensé ! De son parcours, il a hérité du gaullisme sa méfiance envers les États-Unis, une certaine conception des relations avec le monde arabe et une politique européenne fondée avant tout sur l’association avec l’Allemagne. Il est resté imprégné d’un radicalisme accompagné de prudence sociale, de respect des communautarismes, d’une volonté de repentance pour les fautes du passé national.
Quelle marque Chirac aura-t-il laissée dans notre Histoire ? Il aura sans doute frappé par sa politique étrangère, qui a été globalement, sauf en matière européenne, une réussite, par sa proximité avec les Français et sa compréhension de leurs attentes. En revanche, pour la politique intérieure, l’image laissée est celle de la timidité, de l’immobilité. Il termine sa carrière, là aussi, comme Mitterrand : l’un et l’autre ont été, durant toute leur vie politique, des bretteurs, des combattants, des polémistes, se défendant eux-mêmes et ne faisant pas confiance aux autres pour les défendre. Qui a été détesté par la gauche plus que Chirac ? Qui a été détesté par la droite plus que Mitterrand ? Pourtant ils ont tous les deux laissé à l’opinion un souvenir teinté d’indulgence, voire de bienveillance.

Édouard Balladur, in Édouard Balladur et Alain Duhamel, Grandeur, déclin et destin de la Ve République, Les Éditions de l’Observatoire, 2017, p. 289-290.

 

Le révolutionnarisme verbal

Raymond Aron

Le révolutionnarisme verbal d’une fraction des intellectuels ne contredit pas le conservatisme borné d’une fraction de la bourgeoisie. Les deux phénomènes sont contrastés mais solidaires. Les révolutionnaires du style de Jean-Paul Sartre n’ont jamais troublé le sommeil d’aucun banquier du monde.

Raymond Aron, Le Figaro Littéraire, 27 septembre 1952,
reproduit dans Polémiques, Gallimard, 1955.

 

De Gaulle : de là, l’intérêt de réunir l’Europe

Roger Belin

9 mai 1962 [Conseil des ministres]

Maurice Couve de Murville [ministère des Affaires étrangères] rend compte de la dernière réunion de l’OTAN : il en retire l’impression qu’il y a une évolution de la doctrine militaire américaine concernant l’emploi des armes nucléaires : les États- Unis hésiteraient de plus en plus à une défense atomique de l’Europe. Messmer confirme cette évolution et pense que l’on s’oriente vers un désengagement nucléaire, notamment pour les armes stratégiques. Le Général [de Gaulle] conclut : « Il faut maintenir l’Alliance atlantique : c’est indiscutable. Mais son organisation est à revoir ; elle a été faite à une époque où les États-Unis avaient un monopole atomique. Tout a changé depuis que l’URSS peut « tuer » les États-Unis. Américains et Russes ne veulent peut-être pas mourir : il n’est donc pas certain que les États-Unis emploieraient des bombes atomiques si l’Europe est attaquée. Les pays européens ne peuvent s’en remettre à un autre pays du soin d’assurer leur défense. De là, l’intérêt de réunir l’Europe.

Roger Belin, Lorsqu’une République chasse l’autre (1958-1962).
Souvenirs d’un témoin, Michalon, 1999, p. 251-252.

 

La politique littéraire

Alexis de Tocqueville

La condition même de ces écrivains les préparait à goûter les théories générales et abstraites en matière de gouvernement et à s’y confier aveuglément. Dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel ; rien ne les avertissait des obstacles que les faits existants pouvaient apporter aux réformes même les plus désirables […].
La même ignorance leur livrait l’oreille et le coeur de la foule. Si les Français avaient encore pris part, comme autrefois, au gouvernement dans les états généraux, si même ils avaient continué à s’occuper journellement de l’administration du pays dans les assemblées de leurs provinces, on peut affirmer qu’ils ne se seraient jamais laissé enflammer, comme ils le firent alors, par les idées des écrivains ; ils eussent retenu un certain usage des affaires qui les eût prévenus contre la théorie pure.
Si, comme les Anglais, ils avaient pu, sans détruire leurs anciennes institutions, en changer graduellement l’esprit par la pratique, peut-être n’en auraient-ils pas imaginé si volontiers de toutes nouvelles. Mais chacun d’eux se sentait tous les jours gêné dans sa fortune, dans sa personne, dans son bien-être ou dans son orgueil par quelque vieille loi, quelque ancien usage politique, quelque débris des anciens pouvoirs, et il n’apercevait à sa portée aucun remède qu’il pût appliquer lui-même à ce mal particulier. Il semblait qu’il fallût tout supporter ou tout détruire dans la constitution du pays.
Nous avions pourtant conservé une liberté dans la ruine de toutes les autres : nous pouvions philosopher presque sans contrainte sur l’origine des sociétés, sur la nature essentielle des gouvernements et sur les droits primordiaux du genre humain.
Tous ceux que la pratique journalière de la législation gênait s’éprirent bientôt de cette politique littéraire. Le goût en pénétra jusqu’à ceux que la nature ou la condition éloignait naturellement le plus des spéculations abstraites. Il n’y eut pas de contribuable lésé par l’inégale répartition des tailles qui ne s’échauffât à l’idée que tous les hommes doivent être égaux ; pas de petit propriétaire dévasté par les lapins du gentilhomme son voisin qui ne se plût à entendre dire que tous les privilèges indistinctement étaient condamnés par la raison. Chaque passion publique se déguisa ainsi en philosophie ; la vie politique fut violemment refoulée dans la littérature, et les écrivains, prenant en main la direction de l’opinion, se trouvèrent un moment tenir la place que les chefs de parti occupent d’ordinaire dans les pays libres.

Alexis de Tocqueville, L’Ancien Régime et et la Révolution,
livre troisième, chapite I, 1856, rééd. Gallimard, 1952, p. 143-144.

 

 

Numéro 166

La ridicule convergence des extrêmes

Henri Heine

Celui qui prend les fleurs rouges du printemps pour les rattacher aux arbres une fois qu’elles sont tombées est aussi insensé que cet autre qui replante dans le sable les branches fanées des lis. Républicains et carlistes sont des plagiaires du passé, et, quand ils se réunissent, cela rappelle ces alliances ridicules des maisons de fous, où la contrainte commune tablit entre les insensés les plus hétérogènes des rapports d’amitié, quoique l’un, qui s’intitule Dieu le Père, méprise du plus profond de son coeur l’autre, qui se donne pour Dieu le fils. C’est ainsi que nous avons vu, cette semaine, Genoude et Thouret, le rédacteur de la « Gazette » et le rédacteur de la « Révolution », comparaître en confédérés devant les mêmes assises ; derrière eux, formant le choeur, se tenaient Fitz-James avec ses carlistes, Cavaignac avec ses républicains. Est-il plus odieux contrastes ? Encore que je n’éprouve pas la moindre sympathie pour la formule républicaine, je n’en souffre pas moins intérieurement de voir les républicains en si indigne société. C’est seulement sur le même échafaud qu’ils seraient en droit de se rencontrer avec ces suppôts de l’absolutisme et du jésuitisme, mais en aucun cas devant les mêmes assises. Et combien, par de telles alliances, ils se couvrent de ridicule !

Henri Heine, De la France [1837], trad. de l’allemand,
Gallimard, « Tel », 1996, p. 62.

 

Sur les Anglais

Jean Monnet

Leur caractère national les porte à rechercher dans leurs rapports avec les autres une position particulière qui les dispense de changer.

Jean Monnet, Mémoires, Fayard, 1976, p. 528.

 

Trois temps des troubles dans l’histoire de la Russie 

Alexandre Soljénitsyne

Trois grands Temps des Troubles se trouvent réunis sur mes tables : celui du xviie siècle ; je lis les différents historiens qui en ont parlé, et je cherche des leçons à en tirer ; celui de l’année Dix-sept, étudié jusqu’aux tréfonds ; et le Troisième Temps des Troubles, celui d’aujourd’hui, encore plus funeste que les deux premiers, et dont La Roue a raté l’heure, il est trop tard.
Ces soixante-quinze années impitoyables se sont inscrites les unes après les autres sur la face de notre pays – en strates toujours nouvelles, toujours plus écrasantes, abolissant la mémoire du passé, empêchant de reprendre son souffle, de retrouver ses esprits, de comprendre où l’on allait, sur quelle route. Et nous voici de nouveau sur celle-là même, celle de Février : celle qui mène au chaos, aux déchirements, aux dissensions. Et nos démocrates, comme en 17, une fois au pouvoir, ne savent qu’en faire : il leur manque le courage et le professionnalisme.
Au xviie siècle, notre peuple dans les profondeurs du pays était sain, bien nourri, et son assise morale était ferme. Il a su résister. En Dix-sept – il était bien nourri et encore sain de corps. Mais maintenant ? Affamés, malades, désespérés, tous, dans une perplexité complète, se demandent où on les a conduits.

Alexandre Soljénitsyne, 28 novembre 1990,
Journal de La Roue rouge, Fayard, 2018, p. 663.

 

Exagérations

Marcel Proust

L’inverti [M. de Vaugoubert] se croit seul de sa sorte dans l’univers ; plus tard seulement, il se figure – autre exagération – que l’exception unique, c’est l’homme normal.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Gallimard, « Pléiade »,
édition P. Clarac et A. Ferré, tome II, 1954, p. 664.

 

 

Numéro 167

Mitterrand et la gauche

Michel Rocard

Le Point. — Diriez-vous à la lumière de sa trajectoire que Mitterrand était, en fait, un homme de droite ?
M. R. — Tout le démontre. C’est évident. Mitterrand était un homme de droite. N’oubliez pas qu’il est devenu premier secrétaire du Parti socialiste moins de trois jours après avoir pris sa carte… Comme accoutumance à une longue tradition culturelle, c’est un peu bref.
Le Point. — Y a-t-il une chose que vous regrettez de ne pas lui avoir dit ?
M. R. — Non… On s’est tout de même dit beaucoup de choses, par écrit. Ce qui a scellé la qualité de nos relations, c’est quand j’ai écrit, pendant la guerre d’Algérie, qu’il était un assassin. Ministre de la Justice il refusait d’instruire les demandes de grâce des condamnés à mort. Il faisait la grève administrative pour tuer. Forcément, il n’a pas aimé… Nous n’en avons jamais reparlé.
Le Point. — Jamais ?
M. R : Non, cela nous aurait compliqué le travail. Parce qu’on a bien travaillé ensemble. Avez-vous repéré un détail drôle ? Prenez le sondage de popularité du Journal du dimanche sur cinquante ans. Si vous additionnez les cotes de popularité des Présidents et des Premiers ministres, nous sommes le bilan gouvernant le plus populaire ! Nous avions tellement peu de plaisir à être ensemble que nous travaillions très vite. Nous avons fait le RMI ensemble dans l’enthousiasme. Et puis il m’a laissé faire la Nouvelle-Calédonie à ma manière. Et la CSG, certes très discutée, mais qui est tout de même un impôt de justice, et les Français l’ont bien compris […]
Le Point. — Quel autre tabou la gauche doit-elle faire sauter ?
M. R : La gauche française est un enfant déformé de naissance. Nous avons marié deux modèles de société radicalement différents, le jacobinisme et le marxisme. Pas de souveraineté des collectivités territoriales, pas de souveraineté des universités, tout est gouverné par le sommet, c’est ça le jacobinisme. Avec la prétention d’avoir une analyse rationnelle de la production, ça c’est le marxisme. Et, particularité française, la volonté révolutionnaire de travailler à la démolition du capitalisme, ce qui explique l’absence de dialogue social et de culture économique. Pourquoi voulez-vous comprendre le système puisqu’il faut en mettre un autre à la place ? La gauche française se raconte aussi à travers la dynastie de ses chefs : Paul Faure, secrétaire général de la SFIO choisissant le ministre du Travail du maréchal Pétain, ou Guy Mollet, inoubliable créateur de la guerre d’Algérie. D’autres leaders ont contesté l’idée du Grand Soir. Ces progressistes qui voulaient faire marcher l’économie s’appelaient Jean Jaurès ou Léon Blum. Blum, qui était le seul de la bande à avoir lu Marx, a eu cette phrase en 1936 : « À l’évidence la situation n’a rien de révolutionnaire, nous ne pouvons être que des loyaux gérants du capitalisme. » Cette dissidence subversive est restée minoritaire. Les autres pays se sont débarrassés du marxisme. Les Allemands ont, après cette guerre, envoyé la dictature du prolétariat, la lutte des classes, Karl Marx et ses certitudes aux oubliettes de l’Histoire pour se rallier à l’économie de marché. Pas la France, où Mitterrand, qui avait conquis le PS et voulait le pouvoir, avait un besoin stratégique du PC. Très vite il a affirmé que les nationalisations étaient une revendication du milieu ouvrier, et que n’était pas socialiste qui s’y refusait. Alors que partout émerge une social-démocratie réformiste, ralliée à une économie de marché régulée pour limiter chômage et inégalités, la gauche française se distingue. La drôlerie, c’est le vocabulaire : les termes « socialisme » et « social-démocratie » sont interchangeables, alors qu’ils ne recouvrent pas la même définition.
Le Point. — Diriez-vous que la gauche française est la plus rétrograde d’Europe ?
M. R. — Dans toute l’Europe, la gauche française est celle qui a été le plus marquée par le marxisme. Elle en porte les traces. On peut admettre que la pensée politique marxiste, ou ce qu’il en reste, est rétrograde.

Michel Rocard, « Notre gauche est la plus rétrograde »,
Le Point, n° 2285, 23 juin 2017, p. 28-32.

 

La presse et le poison de la calomnie

Léon Blum

Il n’y a pas d’antidote contre le poison de la calomnie. Une fois versé, il continue d’agir, quoi qu’on fasse, dans le cerveau des indifférents, des « hommes de la rue », comme dans le coeur de la victime. Il pervertit l’opinion. Car, depuis que s’est propagée chez nous la presse du scandale, vous sentez se développer dans l’opinion un goût de scandale. Tous les bruits infamants sont soigneusement recueillis et avidement colportés. On juge superflu de vérifier, de contrôler, en dépit de l’absurdité, parfois criante. On écoute et on répète, sans se rendre compte que la curiosité et le bavardage touchent de bien près à la médisance, que la médisance touche de bien près à la calomnie, et que celui qui publie ainsi la calomnie devient un complice involontaire du calomniateur.

Léon Blum, discours du 22 novembre 1936 à Lille aux funérailles de Roger Salengro, in Œuvres de Léon Blum, Albin Michel, vol. IV, tome 1, 1964, p. 338-342.

 

 

Numéro 168

J’accuse Boisdeffre et Mercier

Paul Cambon

À Jules Cambon
Paris, le 16 juin 1899,

Tu me parais croire que tout le bruit fait autour de l’affaire Dreyfus est le résultat d’un complot sémite. Ce n’est pas cela. La publication de l’enquête par le Figaro a jeté un jour si profond et si clair sur toute l’affaire qu’à moins d’être obtus ou de mauvaise foi on ne peut pas après la lecture de cette enquête douter non seulement de l’irrégularité de la procédure mais même de l’innocence de Dreyfus. Je t’ai écrit que cette publication amènerait une réaction terrible. Nous y sommes et il faut être aussi niais que Jules Lemaître ou Coppée, ces poètes égarés dans l’action, pour essayer de reprendre l’affaire en se mettant au point de vue des intérêts de l’armée.
Ce qu’il y a de navrant c’est que, grâce aux résistances des ministres de la Guerre qui se sont succédé et qui ont été les uns ineptes, les autres lâches, l’affaire est devenue un conflit entre l’Armée et la Justice : il eût fallu éviter cela à tout prix. C’est là que l’infortuné Boisdeffre a manqué de jugement. Il savait toutes les irrégularités. Il savait les faux et il a cru que tout cela pourrait être couvert. L’agitation juive n’eût été rien si elle ne s’était fondée sur une iniquité juridique.

À sa mère
Londres, le mardi 12 septembre 1899,

Je suis occupé à décacheter les lettres d’injures qui me sont envoyées à l’occasion du jugement de Rennes. C’est dans la presse anglaise et dans la presse du monde entier un tollé. Ce jugement n’est pas défendable ; l’admission des circonstances atténuantes dans un cas qui n’en comporte pas prouve que les juges n’étaient pas sûrs de la culpabilité et qu’ils n’ont condamné que pour ne pas donner un démenti à l’état-major. Cela crève les yeux.
C’est pour la France une cause de diminution morale dont on ne peut calculer les conséquences et dont vont profiter les nombreux ennemis que nous comptons de par le monde. Jamais homme n’aura fait autant de mal à notre pays que ce général Mercier.

Paul Cambon, Correspondance 1870-1924, tome II, Grasset, 1940.

 

La science économique est une science d’observation

Maurice Allais

La science économique est avant tout une science d’observation et une science appliquée. L’utilisation des mathématiques y est indispensable en tant que procédé de déduction et d’analyse, mais elle ne peut être féconde que si elle part d’une excellente connaissance des faits. C’est la raison pour laquelle il est indispensable pour un économiste digne de ce nom de ne pas rester étroitement spécialisé, mais d’avoir de vastes connaissances, non pas seulement en économie pure et appliquée, mais également en sociologie, en science politique et en histoire. En aucun cas, il ne doit se cantonner dans l’économie pure. Il n’y a pas plus grand danger.
C’est la raison pour laquelle nous n’avons cessé de donner à nos élèves désireux d’approfondir la science économique le conseil de commencer par acquérir une expérience approfondie de la vie économique pratique, et en particulier de la vie concrète des entreprises, en passant quelques années dans l’industrie ou dans un poste administratif permettant de garder constamment un contact étroit avec les affaires. Rien n’est plus faux qu’une connaissance purement livresque du monde économique. La seule lecture de quelques pages de certains auteurs contemporains suffirait pour nous en convaincre.
Pour toutes ces raisons le recrutement des économètres exige des esprits de tout premier ordre. Comme l’a si bien souligné le professeur Ragnar Frisch : « L’économétrie est un instrument puissant, mais c’est également un instrument dangereux. Il y a tant de chances d’en abuser, de faire avec lui plus de mal que de bien, qu’il devrait seulement être mis dans les mains d’hommes de toute première classe. Les autres devraient être absolument découragés de faire de l’économétrie. »

Maurice Allais, Prix Nobel d’économie, Econometrica, vol. 22, n° 1, janvier 1954, p. 70.

 

L’illusion fondamentale de la gauche persiste-t-elle ?

Tony Judt

En Europe, il convient tout d’abord de préciser la signification de la chute du communisme. L’effondrement des systèmes politiques dérivant, par leurs formes et leurs légitimités, du léninisme remet non seulement en question la crédibilité du communisme, mais aussi celle de la tradition socialiste européenne dont l’hérésie léniniste, certes source de conflits, demeurait néanmoins partie intégrante. Il est aussi trop facile d’oublier l’insistance avec laquelle même les sociaux-démocrates (spécialement ceux de RFA) ont continué de soutenir, jusqu’au début de 1989, que le communisme, convenablement réformé, appartenait toujours à la famille de la gauche européenne. Il y a juste quatre ans, le SPD publiait une déclaration commune avec le SED d’Allemagne de l’Est dans laquelle les deux partis reconnaissaient fièrement « les racines humanistes communes » du communisme et de la social-démocratie. Mais la fin du communisme n’a pas en elle-même créé la crise d’identité actuelle de la gauche occidentale ; elle n’a fait qu’accélérer brutalement une inévitable confrontation avec ses illusions perdues. Le silence embarrassé que la gauche continue d’afficher aujourd’hui quant à son incapacité à condamner par le passé les évolutions du bloc soviétique confirme ce point. En effet, l’absence virtuelle de toute participation active de la gauche non communiste occidentale aux événements de 1989 a permis d’illustrer et de démontrer les insuffisances et la mauvaise foi qui avaient prévalu pendant de très nombreuses années.
En évitant soigneusement de procéder à l’indispensable remise en question rigoureuse de la pertinence des postulats fondamentaux du socialisme européen, la gauche a sans doute trahi sa faiblesse la plus criante. La lutte contre le communisme à l’intérieur comme à l’extérieur, étant menée sous la bannière de la « démocratie », il devient commode de supposer que :

a. tout ce qui était anti ou non communiste était ipso facto démocratique ;
b. pour clarifier les positions de chacun sur l’éventail des idées politiques, il suffisait d’établir la distinction entre la gauche « démocratique » et « non démocratique » […]

Si seulement les choses étaient si simples ! Quand bien même ce tour de passe-passe linguistique permettrait de récolter quelques bénéfices électoraux, ce qui est au demeurant peu probable, il laisse entiers les problèmes de fond, toujours au coeur des principaux postulats sur lesquels repose encore l’essentiel de la sensibilité de la gauche occidentale, qu’elle soit social-démocrate, socialiste ou ex-communiste.
L’illusion fondamentale de la gauche réside dans la croyance rassurante de s’être paradoxalement débarrassée de ses illusions. Sous une forme ou sous une autre, tous les partis socialistes et sociaux-démocrates d’Europe occidentale ont subi un « Bad-Godesberg ». Ils ont, à différents moments au cours des trente dernières années, cessé de croire à l’existence d’une classe révolutionnaire – le prolétariat –, à l’imminence d’un tournant historique – la « révolution » –, à un théorème métaphysique – le marxisme – et à un palliatif politico-métaphysique – l’État universel et tout-puissant. Les partis socialistes (sous diverses appellations) participent aux élections, administrent des économies mixtes et mettent en oeuvre des réformes sociales dont les réalisations nécessairement incomplètes et imparfaites ne sont plus considérées avec mépris comme autant de preuves des « contradictions » fondamentales et irrémédiables du capitalisme. Que de telles transformations au sein de la gauche aient été dictées par les contraintes politiques et économiques, ou qu’elles constituent le résultat d’une réflexion suscitée par la vision déplaisante d’une gauche empreinte d’un stalinisme impénitent, peu importe. Cette évolution est réelle, mais a conduit à un résultat paradoxal : elle a permis à la gauche de faire l’économie d’une analyse plus rigoureuse, et douloureuse, des fondements et de la crédibilité de ses idées. Il en résulte un compromis instable dans lequel la gauche demeure privée du sens de son identité et de son projet.

Tony Judt [1948-2010], « Que reste-t-il de la gauche ? », in Rigueur et passion. Mélanges en hommage à Annie Kriegel, L’Âge d’homme/Cerf, 1994, p. 76-78.

 

Qu’est-ce qu’un régime totalitaire ?

 Simon Leys

« Dictature post-totalitaire » : l’expression est de Liu Xiaobo lui-même (et il a raison de l’employer). Le régime de Mao était totalitaire, le régime actuel est despotique, tyrannique, mais pas totalitaire. Dans un régime totalitaire, le dissident est seul ; même devant sa femme et ses enfants, il est plus prudent de s’autocensurer. Et même devant soi-même, finalement : avoir raison tout seul contre tout le monde, c’est être fou. Dans un régime tyrannique (mais non totalitaire, ou post-totalitaire : la Chine aujourd’hui, ou autrefois l’Italie de Mussolini, l’Espagne de Franco, etc.), il est parfaitement possible, bavardant entre copains, dans l’intimité, de blaguer et maudire le Suprême Leader, le Parti et le gouvernement. C’était inconcevable (dément !) sous Staline et sous Mao. (Ce n’était peut-être pas totalement inconcevable sous Hitler.)

Simon Leys, juin 2013, in Quand vous viendrez me voir aux antipodes. Lettres à Pierre Boncenne, Philippe Rey, 2015, p. 167.

 

Le monde ne sera plus le même après Trump 

 Gérard Araud

Il était inévitable qu’en dehors de Washington, confit en atlantisme, des esprits simples de demandent pourquoi les Européens n’assurent pas eux-mêmes leur défense face à une Russie qui n’a ni la puissance ni les intentions de l’URSS ; pourquoi les États-Unis assument le rôle de gendarme du monde. C’est chose faite : dans un sondage de l’Eurasia Group Foundation de février 2019, 47 % des experts de politique étrangère considéraient que « le leadership américain était nécessaire à la stabilité globale et donc à la prospérité et à la sécurité des États-Unis », tandis que ce pourcentage n’était que de 9,5 % dans l’ensemble de la population ; 9 % des premiers estimaient que les États-Unis devaient se concentrer sur leurs problèmes intérieurs contre 44 % de l’ensemble des Américains. Je suis donc convaincu que le génie est hors de la bouteille et n’y rentrera plus. Le prochain Président, qu’il soit élu en 2020 ou 2024, essaiera sans doute de rassurer les Européens après les foucades de Trump mais la question de la présence militaire américaine en Europe et, au-delà, du rôle des États-Unis dans le monde restera posée. La réponse qui lui sera donnée comportera, en tout état de cause, un repli plus ou moins accentué de la présence américaine dans le monde.
Aux questions sur la politique étrangère de Trump, je réponds parfois en évoquant le conte d’Andersen, Les Habits neufs de l’empereur, où un enfant crie « l’empereur est nu » alors que la foule fait semblant d’admirer des vêtements inexistants, que seuls des gens intelligents seraient capables de voir. Trump, c’est l’enfant ! Capable de poser des questions de bon sens que les conventions, le conformisme et la routine interdisaient de poser. Oublions son vocabulaire parfois primitif et écoutons ses questions ; elles sont celles d’une certaine Amérique que les experts ne connaissent pas. Le monde ne sera plus le même après Trump.

Gérard Araud, Passeport diplomatique.
Quarante ans au Quai d’Orsay, Grasset, 2019, p. 362-363.

 

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