Espagne, le retour de l'énigme historique ?

La lettre du vendredi 9 février 2018

Benoît Pellistrandi fait partie de notre comité de rédaction. Historien, ancien élève de l'École normale supérieure, ancien membre, puis directeur des études de la Casa de Velázquez, il est spécialiste de l'Espagne contemporaine. Il revient, pour nos lecteurs, sur l'Espagne, sa culture et sa politique.

Dans les années 1950, deux grands historiens Américo Castro et Claudio Sánchez Albornoz s’étaient livrés à une polémique érudite autour de la signification historique de l’Espagne. Le premier défendait, dans La realidad histórica de España, que l’invasion arabe de 711 représentait une rupture fondamentale avec l’Espagne romaine et wisigothique. Le second s’opposait à cette thèse, dans España, un enigma histórico. La complexité de l’histoire espagnole obligeait à en souligner son caractère énigmatique.

L’observateur contemporain de l’Espagne n’est pas loin de succomber à la même tentation. Comment peut-il faire comprendre l’inflammation des esprits en Catalogne et la poussée d’un nationalisme dont les actions actuelles tournent le dos à la culture politique dont le catalanisme prétendait être porteur ? Les réseaux sociaux semblent aujourd'hui établir la norme de la démocratie. Dans ce contexte, peut-on encore défendre le respect de la loi et de l’ordre constitutionnel ?

À l’automne 2017, l’Espagne a été soumise à une grave crise politique dont les conséquences vont recomposer le fondement de sa vie politique. Peut-être même que les historiens établiront qu’une séquence ouverte avec la Transition démocratique (1976-1978) s’est achevée et qu'un nouveau chapitre commence. L’affaiblissement des deux principaux partis de gouvernement – le Parti populaire et le Parti socialiste ouvrier espagnol – au profit de l’extrême gauche, Podemos, et d’un centre aux contours flous, Ciudadanos, réordonne les équilibres politiques. Les élections municipales de mai 2019 préciseront la portée de ces changements à moins qu’une élection générale anticipée ne les traduise avant.

La crise politique ne devrait pas masquer le redressement économique en cours. Après avoir chuté de près de 9 % entre 2008 et 2013, le PIB, fin 2017, dépasse de deux milliards d’euros celui de 2008. Le chômage, après avoir atteint un pic de 5,5 millions (25 % de la population active), est redescendu à 3,4 millions (16,5 %). Certes les déficits et les incertitudes sur le paiement des retraites demeurent mais l’Espagne inspire à nouveau confiance, comme n’a pas manqué de le souligner le roi Philippe VI à Davos.
Pourquoi ce décalage entre un élan économique retrouvé et une crise politique inquiétante ?

Benoît Pellistrandi

Benoît Pellistrandi

Commentaire N°140/Hiver 2012

L'intensité de la crise économique et sociale ne peut plus être lue comme liée au seul approfondissement de la crise bancaire ainsi qu'aux difficultés de financement des administrations publiques. Elle révèle des réalités structurelles politiques, sociales, culturelles dans un contexte qu'il faut penser comme étant la fin d'un cycle : celui inauguré par la transition démocratique entre 1976 et 1978. Dès lors, le risque est grand de voir la crise entraîner avec elle des acquis essentiels qui avaient fait de la société espagnole une société apaisée.

Benoît Pellistrandi

Commentaire N° 138/Été 2012

Source: Álvaro Ribagorda : El Coro de Babel. Las actividades culturales de la Residencia de Estudiantes. (Madrid, Publicaciones de la Residencia de Estudiantes,2011, 392 pages.)

La Residencia de Estudiantes de Madrid, a été fondée en 1910,. Il s'agissait de moderniser l'Espagne en favorisant le dialogue avec les productions de l'esprit européen. Cela n'allait pas sans ambition laïcisatrice qui attirera la haine des conservateurs et des réactionnaires et qui explique la disparition de l'institution en 1939 lors de la victoire de Franco.. La Residencia s'adressait à des étudiants qu'elle accueille et auxquels elle offre non seulement un hébergement mais également un lieu de vie en commun, une bibliothèque et des activités culturelles. Ce livre, issu d'une thèse de doctorat soutenue à l'université Complutense, et dirigée par Juan Pablo Fusi, retrace, dans une édition richement illustrée, la vie culturelle d'une des institutions les plus originales du Madrid de l'entre-deux-guerres.

Jean Canavaggio

Commentaire N° 127/Automne 2009

Au-delà des Pyrénées, il  existe une légende noire, qui concerne toute une nation : l'expulsion des Juifs par les Rois catholiques, la répression menée par l'Inquisition, la politique de terreur appliquée par Philippe II aux Pays-Bas, les massacres provoqués par la conquête du Nouveau Monde, voilà quelques-uns des chapitres de cette légende qu'a forgée, dès le XVe siècle, la propagande de guerre imaginée par les ennemis de l'Espagne. L'ouvrage qu'a publié il y a près de cent ans Juliân Juderfas a accrédité cette expression. Depuis lors, d'autres études ont poursuivi et élargi son enquête, mais aucune n'avait été jusqu'ici réaliséesur ce sujet en France. Fin connaisseur d'une civilisation à laquelle il a consacré des livres qui font autorité, Joseph Pérez, dans un essai aussi dense que passionnant, reprend aujourd'hui ce dossier.

Mario Vargas Llosa

Commentaire N°91/Automne 2000

Un des arguments les plus fréquents des adversaires de la mondialisation, tels les contestataires brouillons qu'on a vus s'agiter à Seattle, Davos ou Bangkok, est le suivant : la disparition des frontières nationales et l'avènement d'un monde où toutes les économies sont interconnectées vont donner un coup mortel aux cultures régionales et nationales, aux traditions,  coutumes, croyances et  modèles de comportement qui déterminent l'identité culturelle de chaque pays. En raison de leur impuissance face à l'invasion des produits culturels venant des pays développés (ou, plus précisément des États-Unis) dans le sillage des grandes multinationales, la culture nord-américaine (traitée, non sans arrogance, de « sous-culture ») finira par s'imposer, uniformisant toute la planète, et anéantissant la riche floraison de ses multiples cultures.

Simon Leys

Commentaire N° 87/Automne 1999

Quand, dans une discussion, on traite quelqu'un de « Don Quichotte », c'est toujours avec une intention insultante, ce qui m'étonne. En réalité, il me semble que l'on ne saurait imaginer de plus beau compliment. À voir la façon dont beaucoup de gens invoquent ce nom, on pourrait croire qu'ils n'ont pas lu le livre. Et d'ailleurs c'est souvent le cas. Il serait amusant de faire une petite enquête à ce sujet : qui a lu Don Quichotte? Les résultats seraient sans doute assez surprenants, mais la question risquerait aussi d'embarrasser pas mal de monde, car beaucoup d'hommes éduqués ont cette curieuse notion qu'il existerait un certain nombre de livres qu'il faut avoir lus, et il leur paraîtrait donc honteux de devoir admettre qu'ils ont manqué à cette obligation culturelle.

Marqués (de) Tamarón

Commentaire N° 66/Été 1994

En raison de la guerre civile et de la dictature qui  suivit, l'Espagne est demeurée quarante ans isolée du monde et absente de l'histoire européenne. Cette situation a pris fin en 1985, quand elle a signé le traité d'accession à la Communauté européenne et fait irruption, avec  zèle et  énergie, dans les affaires européennes. Avec les Jeux olympiques de Barcelone et l'Exposition internationale de Séville,  en 1992, l'annus mirabilis de l'Espagne, a été le symbole de ce nouvel épanouissement. C'est ainsi que la sagesse conventionnelle présente les choses. Cependant, si l'on jette sur l'histoire un oeil plus objectif, un panorama différent s'offre au regard. L'Espagne a commencé à se replier sur elle-même en 1808, lors de l'invasion napoléonienne, ou, au plus tard, en 1824, au moment où ses colonies sur le continent américain sont devenues indépendantes.

Guy Hermet

Commentaire N°50/Été 1990

Le spectacle de l'Europe de l'Est redonne vie à l'image d'Épinal des peuples qui secouent victorieusement le joug de leurs tyrans. Mais, comme chacun sait, la chute des dictatures n'obéit que rarement à ce ressort unique. Les protestations populaires se déclenchent souvent par contagion, dans un environnement spatial et temporel qui dicte leur apparition. Et leur observation ne permet pas de répondre aux deux questions toujours posées à ce propos. Pourquoi, d'une part, les dirigeants en place ne se trouvent-ils plus en mesure de réprimer la revendication en faveur de la démocratie ? Comment, d'autre part, s'opère le passage de la dictature à la liberté, spécialement dans les circonstances où le cri du peuple ne se fait guère entendre comme ce fut le cas en Espagne et l'est maintenant en Pologne ?

Marc Lambron

Commentaire N°44/Hiver 1988

« C’était étrange de retourner en Espagne encore une fois. » Première phrase du dernier Hemingway posthume, The Dangerous Summer, que les éditions Gallimard, avec leur célérité habituelle, traduisent trois ans après la publication américaine. Et Papa de continuer : « En 1953, aucun de mes amis n'était plus en prison et je formai le projet d'emmener mon épouse Mary à la feria de Pampelune puis de gagner Madrid pour voir le Prado et après cela, si nous étions encore en liberté, de continuer jusqu'à Valence pour les combats de taureaux avant de nous embarquer pour l'Afrique. Je savais que rien ne pouvait arriver à Mary puisqu'elle n'était jamais allée en Espagne de sa vie et connaissait seulement les gens du meilleur monde. »

Raymond Aron

Commentaire N° 40/Hiver 1987

Voici le texte de la conférence que Raymond Aron devait prononcer- il en fut empêché - sur le grand philosophe espagnol José Ortega y Gasset (1883-1955), le 6 mai 1983, à l'Institut Ortega y Gasset de Madrid. Il permettra une meilleure compréhension du penseur espagnol auteur de La révolte des masses.

Jean-François Revel

Commentaire N° 3/Automne 1978

L'Amérique latine est généralement classée parmi les régions du monde dites « en voie de développement ». Cette appellation offre l'inconvénient, d'évoquer une problématique principalement économique et, ensuite de confondre des pays, voire des continents, séparés par d'énormes écarts de niveau de vie et par de profondes différences. Certes, le globalisme sommaire du concept de « tiers monde » ou de « sous-développement » a été critiqué. Il est heureusement devenu courant de subdiviser ce tiers monde en catégories qui permettent de ne pas inscrire sous la même étiquette la Haute-Volta, le Brésil, le Mexique et Madagascar.

Retrouvez, dans la rubrique Auteurs, l'intégralité des articles
de  Benoît Pellistrandi publiés dans la revue.

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