Économie et société

La lettre du vendredi 3 novembre 2017

Aujourd'hui, rencontre avec Philippe Trainar, économiste. 
Ancien élève de l'ENA, titulaire de la chaire Assurance du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), Philippe Trainar a été directeur des risques et chef économiste du groupe SCOR. Il est également professeur à l'université Paris-Dauphine et membre du Cercle des économistes.

Les données, tout comme les théories, ne sont rien sans la connaissance de l'esprit des institutions.

Au sortir d’une formation en sciences économiques et politiques, je découvre les auteurs dont l’horizon borné du marxisme universitaire du début des années soixante-dix m’avaient privé. Cet enthousiasme quelque peu anarchique va trouver auprès de deux penseurs, Tocqueville et Aron, ainsi que dans la lecture de Commentaire, une méthode pour se transformer en pensée réfléchie sur les faits sociaux.

Le passage par la direction de la prévision du ministère des Finances me fait découvrir, avec Malinvaud, Laffont et Tirole, les pouvoirs de la micro-économie et de l’économétrie. Je comprends que les développements de ces disciplines emportent avec eux une révolution qui va imposer à l’ensemble des sciences sociales une confrontation systématique avec les statistiques et donc avec les faits. Cette révolution prendra une dimension insoupçonnée avec l’informatique et Internet. Nous avions enfin les moyens de saisir les réalités sociales dans leurs diaprures. Pourtant, cette conquête fait aussi ressortir le caractère fondamentalement ambigu de la réalité perçue à travers le filtre des nombres.

Attiré par la chose politique, conseiller d’un Premier ministre, je retire de cette ambiguïté une certaine déception, puisqu’il me semble perdre tout espoir de trancher le nœud gordien des politiques économiques et sociales idéales… jusqu’à ce que je comprenne que les données, tout comme les théories, ne sont rien sans la connaissance de l’esprit des institutions à laquelle Vico et Montesquieu attachaient tant d’importance. Ceci je le dois à la revue Commentaire, à ses sollicitations amicales et stimulantes ainsi qu’à la générosité avec laquelle elle m’a ouvert ses pages et m’a incité à y tirer les conclusions des développements récents de l’économie.

J’ai été et je reste un économiste, mais un économiste qui se nourrit à la pluralité des sciences sociales. Et, j’ai trouvé dans Commentaire non seulement une formidable ouverture sur le monde, sur ce qu’il est, ce qu’il pense et ses incertitudes, mais aussi une discipline de pensée irremplaçable par rapport aux faits sociaux.

Philippe Trainar

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La lettre du vendredi a retenu la lecture des articles suivants, dont un en libre accès pendant une semaine. 

Philippe Trainar

Il faut revenir sur les spécificités de notre système ainsi que sur ses déterminants de long terme. Nous verrons que les problèmes récurrents d'équilibre et d'équité du système français des retraites sont imputables à une gestion au jour le jour, que l'on a beaucoup de mal à rattacher à une quelconque philosophie cohérente de la répartition. La première priorité consiste donc à clarifier cette philosophie pour en tirer une discipline rigoureuse qui permette d'assurer l'équilibre et l'équité du système dans la stabilité des taux de cotisations. Afin de garantir la pérennité de ce nouvel équilibre, il serait souhaitable de l'accompagner d'un certain nombre de réformes institutionnelles.

John B. Taylor

Jacques de Larosière, « Sur la règle de Taylor » et Jean-Claude Trichet, « Trois observations à ce propos »

Cet ensemble offre une réflexion experte sur le rôle respectif de la politique des finances publiques et de la politique monétaire en faveur de la croissance et de la stabilité, à la lumière des dernières décennies, et principalement de ce qu'il faut nommer maintenant la Grande Récession. Ce qui permet de revenir sur la grande question posée il y a plus de vingt ans par John B. Taylor : dans la conduite de la politique monétaire, les banques centrales doivent-elles privilégier les règles ou l'action discrétionnaire ? John B. Taylor est professeur à Stanford University. Il a joué un grand rôle dans la politique économique des États-Unis. En 1993, dans un article célèbre, il a proposé ce que l'on appelle « la règle de Taylor » qui définit la façon dont la Banque centrale doit de façon prévisible fixer les taux d'intérêt nominaux. On s'accorde à reconnaître que son influence sur la politique des banques centrales a été et reste considérable et que ses analyses permettent de comprendre les échecs et les succès des politiques monétaires des dernières années. Nous avons accompagné son article de deux commentaires, dont les auteurs ont exercé de grandes responsabilités, pour Jacques de La Rosière, à la tête de la Banque de France et du Fonds monétaire international et, pour Jean-Claude Trichet, à la tête aussi de la Banque de France puis de la Banque centrale européenne.

Denis Kessler, Philippe Trainar

Thomas Piketty a relancé le débat sur les inégalités. Son ouvrage est avant tout une « saga » des inégalités, de leur passé, de leur présent et de leur avenir. Servi par une remarquable rhétorique. Il apporte à la contestation des élites une rationalité, la suraccumulation du capital, et une motivation, l’explosion annoncée des inégalités. L’ouvrage est arrivé à point nommé pour apporter un second souffle à la contestation du capitalisme et du libéralisme qui s’épuisait. Il est temps  de dresser le bilan du débat qu’il a suscité en termes de compréhension des inégalités et de la dynamique du capitalisme. Partons du constat que l’on peut dresser des inégalités, pour porter une appréciation critique de la thèse centrale : l’explosion à venir des inégalités.

Philippe Trainar

Supposons que les élections législatives de 2012 soient remportées par le Parti socialiste et ses alliés, quelles seraient les principales lignes du programme qu'il devrait ou pourrait mettre en œuvre pour la législature 2012-2017 ? Nos lecteurs pourront après lecture de cet article suggérer aux élus et à leurs électeurs que la politique n'est jamais rien d'autre que l'art du possible.

Paul A. Samuelson

P.A. Samuelson, prix Nobel de sciences économiques, racontait l'anecdote suivante : « Il y a des années j'étais fellow de Harvard en compagnie du mathématicien Stanislas Ulam. Ulam, qui devait concevoir la méthode de Monte Carlo et devenir un des inventeurs de la bombe à hydrogène, était déjà, à un très jeune âge, un spécialiste de topologie de réputation mondiale. Il était également un délicieux causeur, dont l'esprit errait nonchalamment dans tous les domaines de la connaissance. Il aimait, pour me taquiner, me mettre au défi de trouver dans l'ensemble des sciences sociales une seule proposition qui soit à la fois vraie sans être évidente. Il me prenait chaque fois de court. Mais aujourd'hui, une réponse me vient par l'esprit de l'escalier : la théorie ricardienne de l'avantage comparatif, qui démontre que deux pays tirent mutuellement profit du commerce, même si en valeur absolue la productivité de l'un est supérieure — ou inférieure — à celle de l'autre pour tous les produits. Que cette théorie soit irréfutable, cela n'a pas besoin d'être démontré à un mathématicien. Qu'elle ne soit pas évidente est attesté par les milliers d'hommes éminents qui n'ont jamais été capables de la comprendre eux-mêmes ou de l'accepter après qu'on la leur avait expliquée. »

Retrouvez, dans la rubrique Auteurs, l'intégralité des articles de Philippe Trainar publiés dans la revue.

Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova
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