Économie et société

La lettre du vendredi 10 janvier 2020

 

Les données, comme les théories, ne sont rien sans la connaissance de l'esprit des institutions.

« Au sortir d’une formation en sciences économiques et politiques, je découvre les auteurs dont l’horizon borné du marxisme universitaire du début des années soixante-dix m’avaient privé. Cet enthousiasme quelque peu anarchique va trouver auprès de deux penseurs, Tocqueville et Aron, les bases à partir desquelles mener une réflexion rigoureuse sur les faits sociaux contemporains, qui ne mette pas entre parenthèse la liberté de l’homme et sa dignité mais qui les présuppose.

Le passage par la direction de la prévision du ministère des Finances me permet de m’initier aux arcanes de la micro-économie et de l’économétrie. Je comprends rapidement que les développements récents de ces disciplines emportent avec eux une révolution qui va imposer aux sciences sociales une confrontation systématique avec les données. Cette révolution prendra une dimension insoupçonnée grâce à l’informatique qui nous donnera progressivement les moyens de saisir les réalités économiques et sociales dans leurs diaprures. Pourtant, cette conquête fait aussi ressortir le caractère ambigu de la réalité perçue à travers le filtre des nombres.

Attiré par la chose publique, conseiller d’un Premier ministre exigeant et stimulant, Édouard Balladur, je comprends peu à peu que les données tout comme les théories socio-économiques ne sont rien sans la connaissance de l’esprit des institutions, à laquelle Vico et Montesquieu attachaient tant d’importance. Je dois cette prise de conscience non seulement à mon expérience professionnelle, mais aussi à la revue Commentaire et à Jean-Claude Casanova, à ses sollicitations amicales et stimulantes ainsi qu’à la générosité avec laquelle il m’a ouvert les pages de sa revue.

J’ai été et je reste un économiste, mais un économiste qui se nourrit à la pluralité des sciences sociales. Et, j’ai trouvé dans Commentaire non seulement une formidable ouverture sur le monde, sur ce qu’il est, ce qu’il pense et ses incertitudes, mais aussi une discipline de pensée irremplaçable par rapport aux faits économiques et sociaux. »

Philippe Trainar

 

Ancien élève de l'ENA, Philippe Trainar a été directeur des risques et chef économiste du groupe SCOR. Il est professeur titulaire de la chaire assurance du CNAM, directeur de la Fondation SCOR pour la science et membre du Cercle des économistes. Il est un des trois directeurs de la revue.

De la dette publique comme souci politique raisonnable

Philippe Trainar
N°168/Hiver 2018

Avec la montée des incertitudes économiques, financières, politiques et géostratégiques, le débat sur le rôle des finances publiques est relancé. L'on s'interroge sur l'efficacité des politiques budgétaires actuelles et notamment sur la pertinence des stratégies de réduction des déficits publics et des dettes publiques. Plutôt que de rechercher coûte que coûte à poursuivre ces stratégies, ne faudrait-il pas s'inquiéter des signes de ralentissement qui s'accumulent, tirer parti des faibles taux d'intérêt et privilégier un soutien de la demande par les finances publiques ? [Lire la suite]

 

Qui a peur des déficites budgétaires ?

Jason Furman et Lawrence H. Summers
N°167/Automne 2019

Le déficit budgétaire annuel des États-Unis doit atteindre cette année près d'un billion de dollars, plus de 4 % du PIB, soit une progression de 585 milliards de dollars par rapport à 2016. En raison du maintien du déficit, la dette publique – montant total dû par l'État américain – devrait s'envoler au cours de la prochaine décennie et passer de son niveau actuel de 78 % à 105 % du PIB. Ce niveau élevé d'endettement est sans précédent aux États-Unis en période de prospérité économique. Est-ce important ? [Lire la suite]

 

Coût budgétaire et social de la dette publique en période de faibles d'intérêt

Olivier Blanchard
N°167/Automne 2019

Début janvier, j'ai eu l'honneur de prononcer l'allocution présidentielle à l'American Economic Association (AEA). J'ai profité de cette tribune pour traiter des coûts et des avantages de la dette publique. Comme je l'espérais, ce discours a suscité de nombreux et nécessaires débats – ainsi que de nombreuses objections. L'objet de cet article de politique économique est de présenter le raisonnement en termes plus simples que dans un document originel publié par ailleurs, d'intégrer les objections adressées à ce raisonnement et d'analyser les implications pratiques en termes de politique budgétaire. O. B. [Lire la suite]

 

Chute de Bretton Woods et vulnérabilité du système financier

Jacques de Larosière
N°166/Été 2019

Les évolutions dramatiques qui se sont produites depuis les quarante dernières années (par exemple, une économie surendettée, le recours prolongé à une politique monétaire hyperactive, des taux d'intérêt très bas, l'exacerbation des cycles financiers…) ont une origine commune : la chute de Bretton Woods. J'ai moi-même vécu, en 1971-1973, cette chute du système des changes de l'après-guerre. En réfléchissant, plus tard, à ces événements, il m'est apparu clairement que l'abandon du système des taux de change stables ne pouvait qu'avoir des conséquences profondes, conséquences qui n'ont pas été comprises à l'époque et sont encore largement sous-estimées aujourd'hui. [Lire la suite]

 

Sur les inégalités de revenu

Christian Morrisson
N°165/Printemps 2019

Peu de mots sont aussi dangereux que le terme inégalité. Il alimente quotidiennement les débats politiques sur un ton polémique pour accuser des adversaires supposés la favoriser ou en profiter et de fait c'est une arme infaillible car l'accusé est toujours condamné sans qu'on sache bien ce que le terme recouvre. Il serait plus honnête de la définir et d'en comparer les coûts et les avantages, opposant, par exemple, l'Agenda 2010 du chancelier Schröder qui, pour rétablir les équilibres macroéconomiques et permettre une croissance plus rapide, a assumé une politique augmentant l'inégalité des revenus, tandis que la France préférait coût et bénéfice inverses. [Lire la suite]

 

Réforme des retraites : poser les bonnes questions

Didier Maillard
N°164/Hiver 2018

Le gouvernement français projette une grande réforme des retraites. Plusieurs raisons sous-tendent ce projet. Parmi celles-ci, on peut citer le poids croissant des dépenses de pensions, qui sont pour l'essentiel en France des dépenses publiques. On peut citer également la volonté de répondre à un possible sentiment d'injustice dans la population, au regard d'un foisonnement des régimes de retraite, chacun ayant ses propres règles. La réforme s'inscrit aussi dans le souhait de garantir la pérennité des régimes. Il ne fait guère de doute que le grand projet se heurtera à de grandes résistances, et il est difficile de prévoir ce qui ressortira des conflits et négociations à venir. Le but visé par cet article est de décrire aussi objectivement que possible l'état des lieux et la manière dont les dispositifs existants ou à venir répondent aux objectifs d'un système de retraites. Première question à se poser : quels sont donc ces objectifs ? [Lire la suite]

 

Les retraites : problèmes et solution

Philippe Trainar
N°158/Été 2017

Il faut revenir sur les spécificités de notre système ainsi que sur ses déterminants de long terme. Nous verrons que les problèmes récurrents d'équilibre et d'équité du système français des retraites sont imputables à une gestion au jour le jour, que l'on a beaucoup de mal à rattacher à une quelconque philosophie cohérente de la répartition. La première priorité consiste donc à clarifier cette philosophie pour en tirer une discipline rigoureuse qui permette d'assurer l'équilibre et l'équité du système dans la stabilité des taux de cotisations. Afin de garantir la pérennité de ce nouvel équilibre, il serait souhaitable de l'accompagner d'un certain nombre de réformes institutionnelles. [Lire la suite]

 

Les leçons de la Grande Récession, Sur la règle de Taylor
et Trois observations à ce propos

John B. Taylor, Jacques de Larosière et Jean-Claude Trichet
N°156/Hiver 2016

Cet ensemble offre une réflexion experte sur le rôle respectif de la politique des finances publiques et de la politique monétaire en faveur de la croissance et de la stabilité, à la lumière des dernières décennies, et principalement de ce qu'il faut nommer maintenant la Grande Récession. Ce qui permet de revenir sur la grande question posée il y a plus de vingt ans par John B. Taylor : dans la conduite de la politique monétaire, les banques centrales doivent-elles privilégier les règles ou l'action discrétionnaire ? John B. Taylor est professeur à Stanford University. Il a joué un grand rôle dans la politique économique des États-Unis. En 1993, dans un article célèbre, il a proposé ce que l'on appelle « la règle de Taylor » qui définit la façon dont la Banque centrale doit de façon prévisible fixer les taux d'intérêt nominaux. On s'accorde à reconnaître que son influence sur la politique des banques centrales a été et reste considérable et que ses analyses permettent de comprendre les échecs et les succès des politiques monétaires des dernières années. Nous avons accompagné son article de deux commentaires, dont les auteurs ont exercé de grandes responsabilités, pour Jacques de La Rosière, à la tête de la Banque de France et du Fonds monétaire international et, pour Jean-Claude Trichet, à la tête aussi de la Banque de France puis de la Banque centrale européenne. [Lire la suite : J. B. Taylor, J. de Larosière et J.-C. Trichet]

 

Le retour du débat sur les inégalités

Denis Kessler, Philippe Trainar
N°154/Été 2016

Thomas Piketty a relancé le débat sur les inégalités. Son ouvrage est avant tout une « saga » des inégalités, de leur passé, de leur présent et de leur avenir. Servi par une remarquable rhétorique. Il apporte à la contestation des élites une rationalité, la suraccumulation du capital, et une motivation, l’explosion annoncée des inégalités. L’ouvrage est arrivé à point nommé pour apporter un second souffle à la contestation du capitalisme et du libéralisme qui s’épuisait. Il est temps de dresser le bilan du débat qu’il a suscité en termes de compréhension des inégalités et de la dynamique du capitalisme. Partons du constat que l’on peut dresser des inégalités, pour porter une appréciation critique de la thèse centrale : l’explosion à venir des inégalités. [Lire  gratuitement la suite]

 

Quelle politique économique et sociale de gauche ?

Philippe Trainar
N°133/Printemps 2011

Supposons que les élections législatives de 2012 soient remportées par le Parti socialiste et ses alliés, quelles seraient les principales lignes du programme qu'il devrait ou pourrait mettre en œuvre pour la législature 2012-2017 ? Nos lecteurs pourront après lecture de cet article suggérer aux élus et à leurs électeurs que la politique n'est jamais rien d'autre que l'art du possible. [Lire la suite]

 

Illogisme de la doctrine néo-marxienne de l'échange inégal

Paul A. Samuelson
N°17/Printemps 1982

P.A. Samuelson, prix Nobel de sciences économiques, racontait l'anecdote suivante : « Il y a des années j'étais fellow de Harvard en compagnie du mathématicien Stanislas Ulam. Ulam, qui devait concevoir la méthode de Monte Carlo et devenir un des inventeurs de la bombe à hydrogène, était déjà, à un très jeune âge, un spécialiste de topologie de réputation mondiale. Il était également un délicieux causeur, dont l'esprit errait nonchalamment dans tous les domaines de la connaissance. Il aimait, pour me taquiner, me mettre au défi de trouver dans l'ensemble des sciences sociales une seule proposition qui soit à la fois vraie sans être évidente. Il me prenait chaque fois de court. Mais aujourd'hui, une réponse me vient par l'esprit de l'escalier : la théorie ricardienne de l'avantage comparatif, qui démontre que deux pays tirent mutuellement profit du commerce, même si en valeur absolue la productivité de l'un est supérieure — ou inférieure — à celle de l'autre pour tous les produits. Que cette théorie soit irréfutable, cela n'a pas besoin d'être démontré à un mathématicien. Qu'elle ne soit pas évidente est attesté par les milliers d'hommes éminents qui n'ont jamais été capables de la comprendre eux-mêmes ou de l'accepter après qu'on la leur avait expliquée. » [Lire la suite]

 

Retrouvez dans la rubrique « Auteurs » l'intégralité des articles de Philippe Trainar publiés dans Commentaire.

 

À partir de demain, 11 janvier 2020,

vous pourrez entendre chaque samedi à 8 h (ou quand vous le voudrez en podcast) l'émission intitulée Commentaire sur Radio Classique animée par Jean-Claude Casanova et Jean-Marie Colombani.

 

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Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova, Philippe Raynaud et Philippe Trainar
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