Des idées et des livres

La lettre du vendredi 17 mai 2019

Nous avons déjà présenté dans La lettre du vendredi des articles au sommaire du n° 165 Printemps 2019 de Commentaire, actuellement disponible en librairie et sur notre site. Le numéro contient aussi une large rubrique consacrée aux livres récemment publiés. Voici quelques-uns des ouvrages recensés.

MeToo et après

Claude Habib

 Eugénie Bastié : Le Porc émissaire. (Cerf, 2018, 176 pages.). Mary Beard : Les Femmes et le Pouvoir. Un manifeste. (Traduit de l'anglais, Perrin, 2018, 160 pages.). Manon Garcia : On ne naît pas soumise, on le devient. (Climats, 2018, 272 pages.). Christopher Lasch : Les Femmes et la vie ordinaire. (Traduit de l'anglais, rééd. Flammarion, Champs, 2018, 252 pages.). Harvey C. Mansfield : Virilité. (2006, traduit de l'anglais, Cerf, 2018, 453 pages.). Laetitia Strauch-Bonart : Les hommes sont-ils obsolètes ? (Fayard, 2018, 220 pages.)

Le genre ne doit plus être compris comme un fait biologique, mais comme un acte de liberté. C'est ce que soutenait Judith Butler, ne reconnaissant plus aucun genre mais seulement des performances de genre, éphémères, spontanées, n'obéissant qu'au désir du sujet dans l'instant. C'est dans le contexte de la déconstruction du genre que le féminisme du XXIe siècle doit se reformuler, et la tâche est ardue, car, si le genre n'existe pas, on voit mal comment penser la domination de genre. La seule voie praticable est celle qu'empruntent aujourd'hui les tenants de l'antiracisme, soutenant simultanément que le racisme est prévalent mais que les races n'existent pas. De la même façon, seuls les sexistes persistent à croire à la différence des sexes. Nous avons choisi de présenter six livres écrits ou traduits, parmi tant d'autres, dans le sillage de MeToo. Ils ne s'inscrivent pas dans cette reformulation contemporaine du féminisme – ni pour en partir, ni pour la contrer. Qu'ils soient féministes ou qu'ils ne le soient pas, aucun ne s'aventure dans ces terres nouvelles. [Lire la suite]

 

Proust avec Fallois

Christophe Mercier

 Bernard de Fallois : Introduction à La Recherche du Temps perdu (Éditions de Fallois, 2018, 316 pages, 2018) ; Sept Conférences sur Marcel Proust (Éditions de Fallois, 2019, 310 pages) et Proust avant Proust. Essai sur Les Plaisirs et les jours. (Les Belles Lettres, mai 2019, à paraître)

Voilà un peu plus d'un an que Bernard de Fallois a disparu et, comme à tous ses amis, sa générosité, son intelligence, sa drôlerie, sa mauvaise foi feinte et son systématique esprit de contradiction me manquent. Lors de nos déjeuners, il parlait peu de Proust, et je préférais lui poser des questions sur Simenon et Pagnol qu'il avait très bien connus (parvenant même à avoir avec Simenon une forme d'intimité, ce qui ne devait pas être facile). Plusieurs fois je lui ai suggéré d'écrire ses mémoires, mais sa réponse n'a jamais varié : il n'en était pas question. Il n'était pas écrivain, disait-il, et tout au plus avait-il accepté du bout des lèvres que Gallimard rééditât son essai, définitif, sur Simenon.
Pourtant, écrivain, il l'était, et voir que, dès qu'il a eu le dos tourné, ses amis publient les textes, majeurs, qu'il avait consacrés à Proust l'aurait sans doute amusé. [Lire la suite]*

*En achetant cet article ou un des articles suivants, vous aurez accès à tous les articles « Critique » du n° 165.

 

Retrouver Michelet et la Révolution

Christophe Mercier

 Jules Michelet : Histoire de la Révolution française. (Gallimard, « Pléiade », 2019, 1 504 et 1 568 pages.)

Plus d'un demi-siècle après la première édition (établie par Gérard Walter, en 1952), une nouvelle Histoire de la Révolution française paraît en Pléiade. C'est certes une bonne nouvelle, mais on peut regretter que la Pléiade n'ait pas choisi, plutôt, de donner à lire l'Histoire de France, ce monument, toujours absente de son catalogue. [Lire la suite]

 

Comprendre la catastrophe russe (1905-1917)

Françoise Thom

 Richard Pipes : Les Révolutions russes 1905-1917. (Traduit de l'anglais, rééd., Perrin, 2018, 1 200 pages.)

L'historien de la Russie contemporaine ne cesse de tourner autour des mêmes questions lancinantes. Pourquoi la Russie a-t-elle raté sa transition vers la monarchie constitutionnelle ? Pourquoi a-t-elle implosé en 1917 alors qu'elle avait connu un développement spectaculaire depuis la fin du XIXe siècle ? Comment expliquer les spécificités de la Révolution russe comparée aux révolutions européennes qui l'ont précédée ?
De façon magistrale, Richard Pipes retrace les étapes qui mènent à l'effondrement de la dynastie des Romanov et à l'échec démocratique de la Russie. Il commence par dresser l'inventaire des facteurs de blocage dans la Russie d'Ancien Régime, en haut et en bas. [Lire la suite]

 

Quand la France commença à se regarder

Olivier Grenouilleau

 Léonard Dauphant : Géographies. Ce qu'ils savaient de la France (1100-1600). (Champ Vallon, 2018, 318 pages.)

« Que savaient les Français des XIIe-XVIe siècles de leur pays ? » La question est passionnante, tout comme le sont la méthode et les apports de L. Dauphant. Jusque-là, les synthèses relatives à l'émergence de la nation France renvoyaient en effet surtout à des processus « descendants ». On s'attachait à voir comment, à partir du haut de la pyramide des pouvoirs, avaient pu se développer une idéologie, des représentations, des institutions ou bien des cercles influents au service de la construction d'une certaine identité favorable au renforcement de la monarchie. La démarche est ici différente. Il s'agit de comprendre la manière dont les Français (« Ils ») percevaient leur pays. Qu'il s'agisse de ruraux, d'urbains, de paysans, de marchands ou de seigneurs. Sachant regarder d'un œil nouveau et croiser des sources connues (poèmes, romans, proverbes, récits de voyage, pièces de théâtre), l'auteur fait véritablement œuvre de géohistoire. [Lire la suite]

 

La parenthèse libérale

Antoine-Baptiste Filippi

 Jean-Baptiste Noé : La Parenthèse libérale. Dix-huit années qui ont changé la France. (Calmann-Lévy, 2018, 176 pages.)

Les lois des hommes changent mais les lois du politique sont immuables. Vae victis, l'histoire est écrite par les vainqueurs. Ainsi la monarchie de Juillet ne serait qu'un intermède, au mieux une curiosité dont le sort a le secret, dirigé par un roi bourgeois sans pouvoir et dont les ministres ont clamé : « Enrichissez-vous ! » La plus grande faute de ce régime devant le tribunal de l'histoire serait de n'avoir point péri dans une défaite héroïque gage de la renommée. 1848 ne sera pas 1815. Si l'Empire s'effondre à l'issue d'une guerre belle et terrible au cri de « la garde meurt mais ne se rend pas ! », Louis-Philippe, lui, ne pourra compter que sur les « dépêchez-vous, ne soyez pas si long ! » énergiques et paniqués de ses proches, lorsqu'il rédige sa lettre d'abdication. Et pourtant Louis-Philippe présida aux destinées de la grande nation pendant dix-huit ans. Il sera, avec Napoléon III, le dirigeant au pouvoir le plus longtemps depuis la Révolution, et l'un des plus grands chefs d'État que la France ait eus à sa tête. [Lire la suite]

 

Lectures romaines

Claude Fouquet

 Claudia Moatti : Res publica, histoire romaine de la chose publique. (Fayard 2018, 467 pages.). François Cadiou : L'Armée imaginaire. Les soldats prolétaires dans les légions romaines au dernier siècle de la République. (Les Belles Lettres, 2018, 485 pages.)

Pour les Romains, la chose publique avait manifestement quelque chose d'insaisissable. Peut-être parce qu'ils y voyaient un reflet du divin. Cicéron évoquait le « nom très saint de res publica (rei publicae nomen sanctissimum) ». Et encore, quelques siècles plus tard, saint Augustin y voyait une idée fondée sur la justice divine. Pour lui, le populus est moins une notion juridique qu'une éthique, une notion fondée sur des valeurs définies par Dieu. Reprenant les termes de Cicéron, il propose une nouvelle définition de la res publica : « Un peuple est l'association d'une multitude raisonnable unie dans la paisible et commune possession de ce qu'elle aime. » [Lire la suite]

 

Histoire d’une migration heureuse

Antoine Jeancourt-Galignani

 Diana Cooper-Richet : La France anglaise. De la Révolution à nos jours. (Fayard Histoire, 2018, 360 pages.)

C'est d'abord une histoire mondaine que nous raconte Diana Cooper-Richet, la grande historienne des relations culturelles dans l'Europe du XIXe siècle.
Comment depuis la fin du XVIIIe siècle des Anglais de plus en plus nombreux, de plus en plus divers ont traversé la Manche pour visiter la France, y faire des séjours ou même s'y établir à demeure. Avant la Révolution ce sont surtout des aristocrates cultivés ou des écrivains tels Horace Walpole qui sont attirés par Paris, véritable capitale des arts et des lettres de l'Europe. [Lire la suite]

 

Les préjugés en économie

Michel Pébereau

 Jacques de Larosière : Les 10 préjugés qui nous mènent au désastre économique et financier. (Odile Jacob, 2018, 216 pages.)

Jacques de Larosière a poussé un cri d'alarme en 2017 avec son essai Les lames de fond se rapprochent. Il va plus loin aujourd'hui en dénonçant en 200 pages « dix préjugés qui nous mènent au désastre économique et financier ». C'est le titre de son ouvrage.
La raison d'être de son essai ? Je le cite : « Le monde de la communication et de l'Internet nous inonde d'informations alors que nous avons souvent du mal à penser, à réfléchir, à dire le vrai. Ce n'est pas que la matière ou les faits se dérobent : ils sont là amplement disponibles. C'est ce qu'on en tire qui est souvent irraisonné et surprenant. »
Sur chacun des sujets qu'il a choisis, dans le domaine économique et financier, il donne une idée de l'écart qui sépare les conceptions qu'on se fait souvent des choses, de leur réalité sous-jacente. Il tente de répondre à l'interrogation de la reine d'Angleterre après la crise de 2008, devant un groupe d'économistes : « Pourquoi tout cela ? Comment a-t-on pu laisser faire ? » [Lire la suite]

 

De l’utopie communiste au réalisme européen

André Babeau

 Philippe Herzog : D'une révolution à l'autre. Mémoires. (Monaco, Éditions du Rocher, 2018, 393 pages.)

Philippe Herzog est à la fois un ingénieur-économiste qui a compté parmi nos premiers « modélisateurs » et a beaucoup enseigné, un homme politique au parcours malaisé et un philosophe doté d'une grande culture.
« Deux siècles de révolutions se sont achevés avec la dissolution de l'Union soviétique. » Ce rapprochement de 1989 et 1789 n'est pas des plus évidents, mais le titre des Mémoires que l'auteur nous propose évoque clairement le passage de la révolution communiste, à laquelle il a cru jadis, à une révolution souhaitée qui, quant à elle, concerne l'avenir de l'Europe dans le monde et le rôle qu'y pourrait tenir notre pays : « Une révolution graduelle et pacifique commence par l'interactivité et la créativité des peuples. » Il s'agit de régénérer l'image et le rôle de l'Europe dans le monde. S'impose donc une proposition inédite de refondation de l'Union européenne, indissociable d'une vision du monde. [Lire la suite]

 

Quand l’autorité est en panne

Michel Duclos

 Guillaume Larrivé : Le Coup d'État Macron. Le Prince contre la nation. (Les Éditions de L'Observatoire, 2018, 208 pages.)

Le livre de Guillaume Larrivé prend une résonance nouvelle depuis que la France est affectée par la fronde des ronds-points et les troubles du samedi au cœur des villes.
L'insurrection hebdomadaire est-elle la version française de la vague populiste qui submerge les démocraties ? L'équivalent fonctionnel, dans notre vieux pays de tradition révolutionnaire, de ce qu'est le Brexit au Royaume-Uni, le trumpisme aux Etats-Unis, la montée de l'extrême droite en Allemagne et en Hongrie, l'alliance anarcho-néo-fascisante au pouvoir en Italie ? Pour pouvoir apporter des éléments de réponse à cette interrogation, il faudrait pouvoir résoudre une question préalable : dans la situation que traverse notre pays, comment faire la part de ce qui relève de facteurs de fond (politiques publiques, changements sociologiques, etc.), de ce qui résulte d'éléments purement contingents, telles les maladresses du pouvoir, ou encore d'évolutions institutionnelles au long cours ? [Lire la suite]

 

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Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova
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