De François Gorand à Michel Duclos

La lettre du vendredi 19 janvier 2018

Ce vendredi, la lettre donne la parole à un de ses auteurs à double signature, Michel Duclos, alias François Gorand. Ancien ambassadeur à Damas (2006-2009), Michel Duclos est l'auteur de Syrie. En finir avec une guerre sans fin (note de l'Institut Montaigne, juin 2017). Il est membre du comité de rédaction de Commentaire.

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J’ai longtemps fréquenté Commentaire sous un pseudonyme, parce que j’étais diplomate et qu’il ne me semblait pas convenable pour un « agent du Département », de faire connaitre à visage découvert ses opinions. J’avais probablement tort, d’autant qu’au fil des décennies mon pseudonyme était devenu complétement transparent pour mes collègues.

En y réfléchissant avec le recul, je me rends compte que les deux institutions auxquelles j’aurai été le plus constamment fidèle sont le Quai d’Orsay et Commentaire. Le Département reste, à mes yeux, une « des grandes choses du monde » comme le dit le général de Gaulle de l’armée française au moment où, jeune homme, il rejoignait ses rangs. 

Je suis très impressionné de constater que les jeunes diplomates français d’aujourd’hui, souvent mieux formés que les générations antérieures, disposant d’une culture plus diversifiée, ont la même flamme, le même patriotisme, la même foi dans la vocation de la France à améliorer l’état du monde que leurs prédécesseurs.
Mais pourquoi Commentaire 

D’abord bien entendu par amitié pour ceux qui font la revue au jour le jour et qui eux-mêmes pratiquent sans ostentation une fidélité exemplaire. Ensuite, parce que je crois à l’action réfléchie, et donc à l’utilité d’un espace de libre réflexion, où l’on peut examiner des idées sans préjugé à condition de les appuyer sur des faits et des raisonnements solides. L’un des attraits de Commentaire est son rattachement à la pensée libérale, une autre vertu réside dans sa capacité à s’intéresser à tout. 


 

Je m’en suis tenu le plus souvent pour ma part aux sujets de politique étrangère, au gré des affectations ou de l’actualité. Une excursion dans un autre domaine - une longue recension d’un roman de Milan Kundera, dont je n’étais pas absolument mécontent – m’avait valu un froncement de sourcils de Jean Laloy, grand serviteur de l’État et grand ami de la revue.
On peut naturellement se demander si un lien particulier unit le libéralisme et la diplomatie. J’ai longtemps pratiqué pour ma part une sorte de dichotomie à connotation laïque : attachement aux valeurs libérales à titre personnel, primat des intérêts de l’État comme diplomate. Il était à mes yeux naturel que nos plus hautes autorités invoquent les grands principes, mais en pratique la seule boussole de notre politique étrangère devait être les intérêts de la France. 
La mode depuis quelques années est de reprocher à nos gouvernants un engouement pour les valeurs, pour les droits de l’homme notamment. J’avoue avoir fait le chemin inverse. Je trouve maintenant qu’une boussole morale, à coté de la boussole des intérêts, cela n’est pas si mal. L’affaire syrienne, qui me touche de prés puisque j’ai servi à Damas de 2006 à 2009, a en partie détérminé cette évolution. Elle est confortée par une analyse plus générale : sous les apparences du monde global multipolaire, un nouveau conflit bipolaire réapparait sous nos yeux, entre les pouvoirs autoritaires et les démocraties libérales.
Raymond Aron s’inquiétait, à la toute fin de sa vie, de l’avenir des institutions libérales. Or, l’illibéralisme progresse aujourd’hui,  parce que le rapport des forces dans le monde défavorise les vieilles démocraties et parce qu’au sein même de celles-ci les valeurs libérales sont mises en cause par de puissants courants. C’est un immense sujet pour une revue telle que Commentaire, et ce devrait être un immense défi à relever pour une diplomatie française et européenne renouvelée.

Michel Duclos

François Gorand

Le sommet de l'Alliance atlantique les 10 et 11 janvier 1994 à Bruxelles a été l'occasion d'un débat sur un éventuel élargissement de l'Alliance à l'Est. Les États d'Europe centrale, voire d'autres comme la Lituanie, étaient candidats à l'adhésion. Après avoir quelque peu varié dans sa position, la Russie a émis de fortes objections à une extension limitée de l'O.T.A.N. Et donc, comme devait le remarquer Hora Lewis après le sommet, c'est, sous couvert d'un débat sur l'élargissement de l'Alliance, la question russe qui s'est trouvée ainsi posée.

François Gorand

Syncrétiser, tout ce qui est en train de syncrétiniser le siècle, la société, les temps modernes, et de préparer par la même occasion notre crétinisme à nous. Notre saint-crétinisme, notre politique du toutes les religions sont une, c'est-à-dire notre égalitarisme métaphysique roulant dans les débris du progressisme aussi bien que dans les morceaux du réincarnationisme, le tout formant la petite liturgie de la middle-class planétarisée d'aujourd'hui. » Je vous disais que ce livre est scandaleux. Vous haussiez les épaules. Vous imaginiez déjà Philippe Muray ressortant l'attirail poussiéreux des avant-gardismes de grand-papa, les bons vieux sadismes, les incestes mitonnés, les drogues passablement éventées, tout le gâtisme increvable de la masturbatoire modernité, fortes audaces pour rire ou plutôt pour pleurer, pleurer d'ennui à force de les voir se répéter... Eh bien non... 

Bernard de Fallois

Bertrand Morlino et Bernard de Fallois publient ce trimestre, aux éditions Julliard, les Essais d'Emmanuel Berl. Ce volume qui rassemble, en plus de 700 pages, des articles et des textes impossibles à retrouver, vient à son heure, car Emmanuel Berl est très injustement oublié. Modèle d'esprit critique, sans conformisme, sans sectarisme, sans dogmatisme, il est un représentant très original de la pensée libérale. Il est aussi, par l'acuité de son jugement et la limpidité de son style, un grand moraliste français. Nos lecteurs trouveront ici le portrait que Bernard de Fallois trace de lui.

François Furet

Portrait d'Allan Bloom

Allan Bloom avait une personnalité d'un extra- ordinaire éclat, qui était faite pour un plus vaste théâtre que celui de la vie universitaire. Mais il avait choisi le métier de professeur, qu'il aimait et qu'il exerçait avec passion. Ce personnage hors série déployait son espèce de génie dans des salles de classe. Contraste qui donnait à sa présence à l'Université de Chicago un charme si particulier et si puissant que sa mort a pour moi désenchanté cette auguste institution. L'Université de Chicago est située assez loin du coeur de la grande ville. Elle s'étend au sud sur une quinzaine de rues perpendiculaires au lac Michigan, qui forment une enclave à l'intérieur de l'immense ghetto noir. Les relations sociales y sont plus ou moins contenues dans ce petit périmètre académique. Allan Bloom suppléait à ce qu'elles peuvent avoir d'étroit par la pédagogie, l'amitié, le téléphone et l'imagination. C'est peu de dire qu'il a été un grand professeur.

Pierre Hassner

Ce texte s'inspire de mon dialogue avec François Furet sur les passions révolutionnaires. Je la dédie à sa mémoire, ainsi qu'à celle des interprètes du xxe siècle auxquels il se rattache, comme Élie Halévy et Raymond Aron, et, au-delà, aux grands anciens comme Montesquieu, Constant, Tocqueville, qui tous ont su analyser les passions politiques de leur temps, à la fois en les vivant de l'intérieur et en prenant une distance critique par rapport à elles.

François Gorand

Du 14 au 16 septembre 2005, s'est tenu, dans le grand hall de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, un sommet rassemblant la plupart des chefs d'État et de gouvernement du monde. Objectif : relancer le multilatéralisme global. Ce sommet, qui a peu retenu l'attention des opinions, était l'aboutissement d'un cycle de deux ans.

François Gorand

Dans les premiers mois de 2013, l'impression a prévalu que le régime de Bachar el-Assad reprenait la main. Un tournant s'est produit après le 21 août, à la suite de l'usage des frappes chimiques par le régime. Ce sont les conséquences de ce tournant, du retournement américain et du succès diplomatique russe, qu'il faut examiner pour savoir si l'on peut encore sauver la Syrie des deux fléaux complices : la tyrannie et le terrorisme islamiste.

Michel Duclos

Le rôle d'Assad dans le conflit en Syrie et dans son règlement éventuel se prête à des prises de position à l'emporte-pièce. En mettant l'exigence de son départ au centre de leur rhétorique, nos dirigeants ont en fait tactiquement rendu plus difficile l'éviction du personnage, puisqu'ils heurtaient de front l'aversion pour le regime change largement répandue de par le monde. En reprochant aux gouvernements occidentaux de trop « personnaliser » la question syrienne, les critiques ont empêché de voir qu'en effet, la plupart des fils du drame syrien remontent à, et se nouent autour de, la personne du Président, même réduit de facto à un rôle de seigneur des seigneurs de guerre. Nous avons demandé à Michel Duclos, ancien ambassadeur à Damas (2006-2009), auteur d'une note remarquée pour l'Institut Montaigne en juin de cette année sur la Syrie (« Syrie : en finir avec une guerre sans fin »), de donner son sentiment.

Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova
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