Comprendre l’économie en 2019

La lettre du vendredi 18 janvier 2019

Cédric Argenton, membre du comité de rédaction de la revue, lauréat de l'Institut d'études politiques de Paris, docteur en économie (Stockholm School of Economics), maître de conférences à l'université de Tilburg (Pays-Bas) a bien voulu s’exprimer sur la situation économique de la France en ce début d’année.

Comprendre l'économie en 2019

En ce début d’année, il est difficile de ne pas éprouver d’inquiétude, s’agissant de l’économie et de la France. Mais avant de se laisser emporter par le découragement, il faut suspendre son jugement, balayer les considérations sur la croissance, l’inflation ou le déficit public, qui s’étalent à longueur de pages dans les journaux, et essayer de comprendre les déterminants fondamentaux du niveau de vie d’un pays européen comme le nôtre.

Le mouvement des gilets jaunes, à son origine et pour autant qu’il soit possible d’identifier ses revendications exactes, semble s’être construit autour du sympathique slogan : « Plus d’argent à la fin du mois ! » Le pouvoir d’achat, par définition, est une mesure du salaire réel, c’est-à-dire de la quantité de biens et services que le revenu monétaire peut procurer. C’est le quotient du salaire nominal et du niveau des prix. Curieusement, depuis le début du mouvement, tout le monde réclame un salaire plus élevé mais personne ne parle des prix. D’une certaine manière, c’est une bonne nouvelle : l’inflation a été vaincue en Europe (peut‑être même trop bien) et la stabilité des prix est maintenant considérée comme donnée.

Il est étrange, toutefois, d’ignorer la moitié du problème. Il y a trois canaux fondamentaux de baisse des prix : la baisse des coûts des producteurs, l’intensification de la concurrence sur les marchés et le commerce international. Commençons par le commerce. Il permet (outre l’accès à des produits indisponibles en France comme les oranges ou les voitures coréennes) de spécialiser les économies dans ce qu’elles produisent le mieux. Cette réallocation internationale de la production permet une baisse généralisée des coûts, comme devraient le comprendre tous les acheteurs de smartphones, d’écrans géants de télévision et d’automobiles, c’est-à-dire tous les Français. Il n’y a pas grand-chose à espérer de ce côté. La libéralisation du commerce des biens (quelques secteurs mis à part) est pour l’essentiel achevée. La libéralisation du commerce des services est compliquée et se heurte à de sérieux problèmes réglementaires, dont nous faisons quotidiennement l’expérience au sein d’une zone pourtant homogène comme l’Union européenne. L’humeur dans un monde « trumpisé » n’est pas au libre-échange et l’Organisation mondiale du commerce est paralysée depuis maintenant plus d’une décennie.

La baisse des coûts des producteurs nationaux dépend des prix des facteurs (capital, énergie, travail) mais surtout des progrès de la productivité et donc des capacités d’innovation et de réorganisation de nos entreprises. Ce sont les progrès de la productivité qui permettent aussi la hausse des salaires et l’accroissement de l’investissement.

La concurrence dépend certes de l’activisme des autorités du même nom mais aussi de l’environnement réglementaire dans lequel ces entreprises évoluent. Intensifier la concurrence ou la croissance de la productivité requiert des politiques microéconomiques en matière de formation, de régulation sectorielle, d’université, de marché du travail. Elles sont complexes, lentes à mettre en œuvre et à produire des résultats. Autant dire qu’elles n’intéressent pas le personnel politique et, par suite d’une étrange maladie française, la presse.

Nos sociétés européennes vieillissent, à la fois parce que la mortalité recule et la durée de vie s’allonge et parce que la fertilité s’est stabilisée à un bas niveau. Nos systèmes de retraite ont changé la vie des gens au XXe siècle. Ils absorbent une part énorme du revenu national et conditionnent véritablement la trajectoire de vie des individus. Il est vital de les préserver. En France, pour autant qu’on puisse faire des prévisions à 20 ou 40 ans, ils ne sont pas solvables, c’est-à-dire qu’ils n’auront pas les moyens de payer les retraites promises sans hausse d’impôts. La gestion des systèmes de retraites, si l’on fait abstraction de tous les détails institutionnels, est simple et se réduit à quelques paramètres. Il semblait, l’an passé, que l’opinion publique se résignât doucement à la baisse inévitable du rendement de ces régimes et à l’allongement de la durée de cotisation. Le gouvernement, de son côté, souhaite unifier ces régimes sans aborder de front les questions de soutenabilité. En aura-t-il même les moyens politiques ?

Sur ces questions, comme sur celles de la productivité du secteur public, de la réforme de la zone euro ou de la régulation du secteur financier, nous sommes toujours au milieu du gué. Avant de vociférer dans la rue, conseillons aux Français de prendre le temps de comprendre les enjeux, comme s’y attache régulièrement Commentaire.

Cédric Argenton

 

Mondialisation économique, climat, paix

Cédric Argenton
N° 161 printemps 2018

Chaque époque se débat avec les problèmes du moment et il est de nombreux exemples de sociétés prospères qui se sont pensées, sur le coup, comme fragiles, en crise, voire en décadence. C’est la responsabilité des jeunes générations de maintenir le minimum d’optimisme et d’ouverture sur l’avenir nécessaire à la poursuite d’objectifs sociaux un tant soit peu ambitieux. Cela dit, loin de moi l’idée de nier les nombreuses incertitudes qui pèsent actuellement sur le destin d’une puissance occidentale moyenne comme la France. Il me semble profitable de sérier les différents niveaux d’analyse. [Lire la suite]

 

Incertitudes… économiques

Philippe Trainar
N° 161 printemps 2018

Les experts nous l’assurent : pour la première fois depuis dix ans, la croissance économique repart un peu partout dans le monde et l’on peut être optimiste pour 2018 et 2019. Pourtant, les doutes et interrogations qui ont agité les esprits au cours de la dernière décennie demeurent. Rarement le monde n’est apparu aussi incertain qu’aujourd’hui ou, pour être plus exact, rarement nos certitudes n’ont paru aussi fragiles, avec ce sentiment diffus que le monde aurait vraiment changé et que nous ne disposerions pas des clés pour comprendre le nouveau monde auquel nous faisons face. Frilosité héritée de la décennie perdue ou prudence légitime au vu de la situation mondiale ? L’observation des faits ferait plutôt pencher la balance en faveur de la deuxième hypothèse. [Lire la suite]

 

Donner sa valeur au nucléaire

Philippe Knoche
N° 161 printemps 2018

À l’horizon 2050, les besoins en électricité vont être multipliés par deux au niveau mondial. Pour lutter contre le dérèglement climatique, la production de gaz à effet de serre devra être divisée par deux. L’équation à résoudre nécessitera le développement de toutes les sources de production bas carbone. Quel rôle jouera le nucléaire pour répondre à ce défi ? Comment la filière française peut-elle y contribuer ? Pourquoi faut-il une industrie nucléaire forte ? [Lire gratuitement la suite]

 

Le Brexit : souveraineté nationale et décrochage stratégique

Thomas d’Ibérie
N° 162 été 2018

Avec le Brexit, le peuple britannique a choisi un projet singulier visant au rétablissement de sa souveraineté nationale. Au-delà du coût économique induit par sa sortie du marché unique et de l’union douanière, le Royaume-Uni risque un décrochage stratégique et une marginalisation de son influence internationale. Le Brexit pourrait paradoxalement conduire à une dévitalisation de la souveraineté effective du peuple britannique pouvant aller jusqu’à une remise en cause de l’intégrité même du Royaume-Uni. [Lire la suite]

 

Des idées économiques pour l’Europe

Cédric Argenton
N° 162 été 2018

La zone euro souffre d’un déficit d’organisation et de gouvernance. Comment y remédier sans être soupçonné de privilégier un intérêt national ? Par une discussion sérieuse entre personnes compétentes. C’est cette tentative que nous analysons. [Lire gratuitement la suite]

 

Les maux de l’ignorance économique

Claude Fouquet et Sophie Garreau
N° 163 automne 2018

Ces propos sur les maux que produit l’ignorance économique sont tirés du livre que publient ce trimestre Claude Fouquet et Sophie Garreau aux Éditions Terra Cotta. Ce livre porte pour titre Histoire européenne de France. C’est dire qu’il traite des multiples problèmes d’une France toujours différente de ses voisins et pourtant si semblable. [Lire la suite]

 

Un succès historique : l’euro

Jean-Claude Trichet
N° 164 hiver 2018-2019

Lorsqu’on lit certains travaux académiques et des articles signés par des institutions financières et des participants du marché qui n’appartiennent pas à la zone euro, la présentation qu’ils font de l’euro est souvent négative. Les résultats économiques de la monnaie unique auraient été médiocres, particulièrement en comparaison des États-Unis. L’euro et la zone euro ne seraient pas soutenus par l’opinion publique des pays membres. La confiance dans le projet européen aurait diminué au cours de ces dernières années, ce qui rendrait très difficile la mise en œuvre des réformes indispensables au succès de l’euro. En somme, l’avenir serait sombre et la question de l’existence même de la monnaie unique et de la zone euro serait plus actuelle que jamais.
Il s’agit d’une vision erronée qui ne rend pas compte de la réalité et qui peut conduire gouvernements, décideurs et agents économiques, particulièrement hors d’Europe, à prendre de mauvaises décisions. [Lire la suite]

 

Réforme des retraites : poser les bonnes questions

Didier Maillard
N° 164 hiver 2018-2019

Le gouvernement français projette une grande réforme des retraites. Plusieurs raisons sous-tendent ce projet. Parmi celles-ci, on peut citer le poids croissant des dépenses de pensions, qui sont pour l’essentiel en France des dépenses publiques. On peut citer également la volonté de répondre à un possible sentiment d’injustice dans la population, au regard d’un foisonnement des régimes de retraite, chacun ayant ses propres règles. La réforme s’inscrit aussi dans le souhait de garantir la pérennité des régimes.
Il ne fait guère de doute que le grand projet se heurtera à de grandes résistances, et il est difficile de prévoir ce qui ressortira des conflits et négociations à venir. Le but visé par cet article est de décrire aussi objectivement que possible l’état des lieux et la manière dont les dispositifs existants ou à venir répondent aux objectifs d’un système de retraites. [Lire la suite]

 

Dix ans après la crise… menace !

Ambroise Laurent
N° 164 hiver 2018-2019

L’année des commémorations s’achève. Entre celles des événements de mai 68 et de l’armistice de novembre 1918, nous avons eu en septembre celle de la faillite de Lehman Brothers qui a donné lieu à quantité de débats sur les causes, les responsabilités et les conséquences de la crise financière qui a marqué toute la décennie 2008-2018. Mais, comme nous ne faisons que sortir de ce profond séisme, les commentateurs n’ont pas fait état du même recul que celui qui a prévalu dans l’analyse des deux autres événements précités. [Lire la suite]

 

Affinités idéologiques, sortilèges mathématiques et finance

Jacques Lautman
N° 164 hiver 2018-2019

Jacques Lautman défend l’idée qu’avec l’abandon de la convertibilité du dollar, deux changements de grande importance sont intervenus dans nos sociétés (notamment aux États-Unis) et qui ont permis l’expansion du capitalisme financier. Le premier est le retournement idéologique : l’abandon du keynésianisme de Bretton Woods et la préférence accordée au libéralisme à la Hayek. Le second est la mise en œuvre par des mathématiciens de la finance de résultats assez récents du calcul stochastique grâce à quoi les marchés de dérivés ont pu se développer. Personne n’avait imaginé la conjonction des effets. [Lire la suite]

 

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