Brexit : ce n'est qu'au revoir...

Lettre du vendredi 7 février 2020

Quarante-sept ans après le Royaume-Uni quitte l’Union européenne. Il s’y trouvait mal à l’aise depuis l’origine. Il y reviendra à deux conditions. Que l’Union européenne réussisse à mieux fédérer les nations qui la composent et prouve par la réussite l’excellence de ses institutions. Que dans la négociation qui va suivre chacun traite l’autre en ami et en allié. Ensuite l’Angleterre verra s’il vaut mieux tenter d’être « globale » ou redevenir européenne…comme elle a toujours été. Voici quelques articles parus dans des numéros récents de Commentaire sur les rapports du Royaume-Uni et de l’Europe.

Le Brexit. Chaos politique au Royaume-Uni

Pauline Schnapper
N° 166/Été 2019

Le référendum britannique du 23 juin 2016, qui a abouti à la décision de quitter l'Union européenne, a creusé les divisions au sein de la société britannique et provoqué une succession de crises politiques qui ont atteint une dimension constitutionnelle dont l'apprenti sorcier David Cameron était loin de prendre la mesure en organisant ce scrutin. Le Parti conservateur et le Parti travailliste, divisés comme jamais sur la question du Brexit, sont aujourd'hui dans une position de faiblesse sans précédent. Les conséquences délétères de ce référendum conduisent à s'interroger non seulement sur la sagesse d'y recourir pour traiter de questions constitutionnelles aussi complexes mais aussi plus généralement sur la capacité de la Constitution britannique non écrite à faire face à une crise d'une telle ampleur. [Lire la suite]

 

Le Brexit : souveraineté nationale
et décrochage stratégique

Thomas d'Ibérie
N° 162/Été 2018

Avec le Brexit, le peuple britannique a choisi un projet politique singulier visant au rétablissement de sa souveraineté nationale. Au-delà du coût économique induit par sa sortie du marché unique et de l'union douanière, le Royaume-Uni risque un décrochage stratégique et une marginalisation de son influence internationale. Le Brexit pourrait paradoxalement conduire à une dévitalisation de la souveraineté effective du peuple britannique pouvant aller jusqu'à une remise en cause de l'intégrité même du Royaume-Uni. [Lire la suite]

 

De Gaulle avait raison sur la Grande-Bretagne

Sam Morgan
N° 159/Automne 2017

Dans les années 1960, Charles de Gaulle opposa son veto aux tentatives du Royaume-Uni pour rejoindre ce qu'est aujourd'hui l'Union européenne. Un an exactement après le vote en faveur du Brexit, il est clair que « la Grande Asperge » avait raison d'essayer de maintenir la Grande-Bretagne en dehors du club. [Lire la suite]

 

Vers la sortie. Les difficiles relations
du Royaume-Uni avec l'Union européenne

Helen Wallace
N° 156/Hiver 2016

Brexit signifie donc Brexit, c'est du moins ce que dit Theresa May, le nouveau Premier ministre du Royaume-Uni. Mais qu'est-ce que cela veut dire exactement ? Et comment le Royaume-Uni s'est-il retrouvé à emprunter cette route chaotique menant au retrait de l'Union européenne ? Cet article explique comment on en est arrivé là, analyse le référendum du 23 juin 2016 et identifie certains des problèmes qui attendent à présent le Royaume-Uni et l'UE pour faire face aux conséquences du vote au référendum en faveur de la sortie de l'UE. [Lire la suite]

 

Un succès historique : l'euro

Jean-Claude Trichet
N° 164/Hiver 2018

Lorsqu'on lit certains travaux académiques et des articles signés par des institutions financières et des participants du marché qui n'appartiennent pas à la zone euro, la présentation qu'ils font de l'euro est souvent négative. Les résultats économiques de la monnaie unique auraient été médiocres, particulièrement en comparaison des États-Unis ou de la Grande-Bretagne. L'euro et la zone euro ne seraient pas soutenus par l'opinion publique des pays membres. La confiance dans le projet européen aurait diminué au cours de ces dernières années, ce qui rendrait très difficile la mise en œuvre des réformes indispensables au succès de l'euro. En somme, l'avenir serait sombre et la question de l'existence même de la monnaie unique et de la zone euro serait plus actuelle que jamais. Il s'agit d'une vision erronée qui ne rend pas compte de la réalité et qui peut conduire gouvernements, décideurs et agents économiques, particulièrement hors d'Europe, à prendre de mauvaises décisions. [Lire gratuitement la suite]

Un Brexit, deux histoires

Jean-Louis Bourlanges
N° 155/Automne 2016

Que faire après ?

Michel Duclos
N° 155/Automne 2016

 

Pour une Europe 4.00

Alain Lamassoure
N° 155/Automne 2016

Il ne faut ni négliger ni craindre les effets du Brexit. La Grande-Bretagne a pris une décision que l’on peut regretter mais que l’on peut expliquer. D’abord, un Premier ministre, too clever by half, a choisi les voies de la démocratie directe dans le plus vieux pays parlementaire du monde. Il en est résulté cette déconvenue. Bagehot avait pourtant expliqué la supériorité de la représentation : un Parlement informé vaut mieux qu’une opinion sensible à la démagogie. La Grande-Bretagne, autant que le reste de l’Europe, subit les conséquences d’une immigration mal contrôlée qui accroît l’hétérogénéité des populations et nourrit les discordes. Elle subit aussi les effets de la mondialisation ou, si l’on préfère, du libre-échange, source d’instabilité et plus encore d’inquiétude. L’Union européenne n’est responsable ni du libre-échange ni des pressions migratoires, elle en subit les effets négatifs, parce qu’elle ne se donne pas les moyens d’y remédier, alors qu’elle serait en ces domaines bien plus efficace que les nations. Cela dit, le Brexit n’empêchera pas le mouvement politique qui progressivement fédère les nations européennes. Ce mouvement a connu d’autres crises : l’échec de la Communauté européenne de défense ou celui du premier projet de Constitution. Il surmontera celle-ci comme il a surmonté les précédentes. Car il naît de la profonde unité de la civilisation européenne et du souci des nations qui en portent l’héritage de ne pas figurer au « balcon de l’histoire » mais de jouer le rôle qui leur permettra d’en rester de grands acteurs. Or, ce rôle mondial, les petites nations qui constituent l’Europe ne pourront le jouer qu’en unissant leurs forces et leurs volontés. C’est la raison pour laquelle une grande partie de ce numéro est consacrée aux conséquences du Brexit et à l’avenir de la construction européenne. Jean-Louis Bourlanges et Michel Duclos réagissent à l’événement et tracent les chemins possibles de la négociation entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne. Alain Lamassoure, dessine les réformes à accomplir pour rendre l’Union européenne plus active et plus conforme aux aspirations des peuples européens. [Lire gratuitement les articles de J.-L. Bourlanges, M. Duclos et A. Lamassoure]

 

La plus grande défaite de ma vie politique

Timothy Garton Ash
N° 155/Automne 2016

Comme une grande partie de ce numéro est consacrée à l’avenir de l’Europe à la lumière de cet événement, il fallait qu’une voix anglaise soit entendue. Une voix de grande qualité, bien connue en Europe, celle de Timothy Garton Ash. Il a bien voulu nous autoriser à traduire pour nos lecteurs la longue tribune qu’il a consacrée au Brexit dans le Manchester Guardian. Il dit sa tristesse, celle d’un Européen, d’un Britannique et d’un Anglais. Comment à le lire pourrait-on douter encore que l’Angleterre n’appartienne pas à l’Europe ? L’Europe et la liberté lui doivent tant, notre commune civilisation lui doit tant que nous ne pouvons traiter cet événement que comme une triste péripétie sur un chemin qui ramènera les Anglais dans l’Europe à laquelle ils appartiennent. [Lire la suite]

 

L'Europe au miroir de l'Angleterre

Sylvie Goulard
N° 151/Automne 2015

Le Premier ministre britannique a lancé un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne. Il a raison quand il appelle les Européens à agir pour la croissance et la compétitivité, moins quand il demande un statut spécial pour les pays non membres de la zone euro ou un pouvoir renforcé des Parlements nationaux. Les questions les plus délicates, que la France ne pourra éluder, sont toutefois celles qu'il ne pose pas. [Lire la suite]

 

 

Paul Morand (1962)

Entrer dans le Marché commun, c'est périlleux ; ne pas y entrer, c'est dépérir, c'est aller contre l'Histoire. L'Angleterre, c'est le Parlement : rien au-dessus, même pas la reine ; tous les noms de parlementaires illustres gravés sur les chevrons et sur les lambourdes d'Eton le répètent ; or, entrer dans le Marché commun, c'est mettre Bruxelles et Rome au-dessus de Westminster ; écrite ou non, c'est la fin de la Constitution.

Paul Morand, Le Nouveau Londres, 1962.

 

 

Le Royaume-Uni et l'Europe

Ajr Groom
N° 137/Printemps 2012

L'auteur de cet article est britannique. Il montre que la Grande-Bretagne dérive vers l'Europe. Lentement, à contre cœur, mais sûrement. Il n'est donc nul besoin de l'attendre pour avancer dans l'intégration. Elle nous rejoindra quel que soit le point où nous serons partis. Il est inutile de faire preuve de diplomatie à ce stade : le Royaume-Uni a été un obstacle à l'intégration de l'UE pendant la plus grande partie des quatre décennies où il en a été membre. La politique étrangère commune, la coopération militaire et les tentatives pour s'attaquer à la crise de la zone euro sont tombées à l'eau ou bien ont pris des années simplement parce que le Royaume-Uni y mettait son veto. Hier, des parlementaires européens britanniques ont même essayé de bloquer une interdiction dans l'ensemble de l'UE de pesticides nuisibles pour les abeilles. Fort heureusement, cette tentative d'obstruction a été écrasée. Souvenez-vous aussi que le Royaume-Uni n'a rejoint l'Europe que pour diviser la France et l'Allemagne… selon Yes Minister en tout cas. [Lire la suite]

 

 

Jean Monnet (1950-1975)

Il fallait en finir. Le lendemain, nous proposâmes à tous les gouvernements le texte de notre communiqué où ne figuraient plus, dans un esprit d'apaisement, les mots « principes » et « engagements essentiels de la proposition du 9 mai », mais où la Haute Autorité devenait un « objectif immédiat » [1950]. Nous demandions une réponse avant vingt heures, le 2 juin. Tout avait été dit, la suite ne serait plus que tentatives de justification pour l'opinion publique. « La différence d'approche demeure », écrivirent les Anglais qui refirent l'exégèse des texes. Finalement, on convint de rester informés de part et d'autre, « dans l'intention, disions-nous, de tenir le plus grand compte du point de vue du gouvernement britannique qui aurait la faculté de se joindre ou de s'associer à l'œuvre commune au moment où il le jugera possible ». Le 3 juin, six gouvernements publièrent ensemble le communiqué qui ouvrait le chemin de l'unité européenne. L'ambassade britannique à Paris salua à sa manière cet événement : « Il existe des précédents d'organisations internationales créées au son des fanfares et des trompettes et qui ne rencontrent que difficultés et déceptions le moment venu de les mettre en pratique. » Sir Olivier Harvey ne croyait pas si bien dire en parlant de trompettes. Comme celles de Jéricho, les nôtres avaient ébranlé les remparts majestueux des certitudes britanniques. Dans la presse, à la Chambre des Communes, au sein des partis, un débat passionné allait s'engager. Ce débat résumait déjà tous les états d'âme que l'Angleterre allait connaître face au problème de l'Europe pendant vingt-cinq ans, jusqu'au référendum populaire qui mit fin à ses hésitations en 1975. On y retrouve à l'état natif, pure des scories que la polémique sur les coûts économique du Marché commun introduirait plus tard, l'image que les Anglais se faisaient de leur destin national. Le révélateur en fut un document de l'exécutif national du Parti travailliste publié inopinément le 13 juin – le jour même où Attlee s'expliquait aux Communes sur l'échec des conversations. […] « Nous rejetons toute forme d'autorité supranationale, disait le manifeste. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un bon système international pour promouvoir des accords librement négociés. » Le refus de règles communes, et principalement de la règle de la majorité dans les relations entre les peuples, était affirmé, de même qu'étaient clairement énoncés deux principes fondamentaux de la politique anglaise d'alors : aucune modification dans les rapports entre la Grande-Bretagne et l'Europe de l'Ouest ne doit diminuer sa position comme centre nerveux du Commonwealth et banquier de la zone sterling. Aucune délégation de pouvoir ne peut être consentie à une autorité supranationale qui interférerait dans l'expérience socialiste britannique. Enfin, on pouvait lire cette phrase révélatrice : « Nous sommes plus près de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande que de l'Europe par la langue, les origines, les mœurs, les institutions, les conceptions politiques et les intérêts. » Attlee tenta de prendre quelque distance par rapport au manifeste de son parti, mais les effets psychologiques en furent profonds dans toute l'Europe et aux États-Unis. Les socialistes du continent ne cachèrent pas leur gêne, car la participation de la Grande-Bretagne était une garantie dont ils eussent fait volontiers une condition si le Labour n'avait pas pris une attitude d'intransigeance totale. Les Français et les Belges se déclarèrent « vivement heurtés ». Finalement, les conservateurs conduits par Churchill et Eden renoncèrent à exploiter l'affaire contre leurs adversaires et le débat tourna court : ni les uns ni les autres ne voulaient de la Haute Autorité. J'en eus la confirmation un mois plus tard avec les contre-propositions que Macmillan fit à Strasbourg : l'Autorité n'y était plus qu'un comité de représentants des industries intéressées, dotés de pouvoirs proportionnels à la production de leur pays et flanqués, dans le cadre du Conseil de l'Europe, d'un comité ministériel ayant le droit de vote. En m'adressant son projet par une lettre amicale, Macmillan me donna l'occasion de réagir contre un si profond malentendu qui, je le prévoyais, retarderait le moment de la nécessaire participation anglaise. Je lui écrivis une lettre qui circula à Strasbourg. « Les propositions Schuman, disais-je, sont révolutionnaires ou elles ne sont rien. Leur principe fondamental est la délégation de souveraineté dans un domaine limité, mais décisif. À mon avis, un plan qui ne part pas de ce principe ne peut apporter aucune contribution utile à la solution des grands problèmes qui nous assaillent. La coopération entre les nations, si importante soit-elle, ne résout rien. Ce qu'il faut chercher, c'est une fusion des intérêts des peuples européens, et non pas simplement le maintien de l'équilibre de ces intérêts. » Cela, Macmillan le comprendrait un jour. Pour l'instant, je souhaitais qu'il ne semât pas trop le trouble. « Je connais assez le peuple britannique, ajoutais-je, pour savoir qu'il ne s'opposera jamais à une mesure de progrès prise dans l'intérêt de l'Europe, même si les problèmes particuliers auxquels il a à faire face l'empêchent actuellement de s'associer entièrement à l'exécution de ce projet. »

Jean Monnet, Mémoires, 1976.

 

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