Bonnes feuilles

La lettre du vendredi 18 octobre 2019

« L'on se contentera d'un raisonnable milieu entre la servitude des flatteries, et la hardiesse des censures. Si l'on juge quelquefois d'un ouvrage, ce sera sans prévention, et sans aucune malignité, et de telle sorte que l'on espère que ceux qui seront intéressés à ce jugement, ne s'en irriteront point. Car nous déclarons premièrement, que nous ne prétendons pas établir aucun préjugé, ou pour, ou contre les auteurs : il faudrait avoir une vanité ridicule pour prétendre à une autorité si sublime... Nous déclarons en second lieu, que nous soumettons, ou plutôt que nous abandonnerons nos sentiments à la censure de tout le monde. En appellera qui voudra ; et nous dirons que n'étant point esclaves de nos opinions, nous les verrons mal traiter, sans nous en mettre en colère. Cela ne doit nullement troubler la satisfaction que les auteurs ont d'eux-mêmes, et de leurs ouvrages. »

Pierre Bayle, 1684.

 

Voici sous quels augures la rubrique « Critique des idées et des livres » commençait dans le troisième numéro de Commentaire. Nous nous efforçons de respecter ce préambule, et nos collaborateurs expriment librement leur opinion sur les livres recensés ou publient des bonnes feuilles de leurs propres ouvrages. On trouvera ici les bonnes feuilles et les notes critiques qui ont paru dans notre dernier numéro (Commentaire N° 167 Automne 2019), actuellement en librairie, ainsi que la rubrique « Lectures », d’un genre proche, paru dans notre numéro 164 Hiver 2018. 

De la Fédération américaine au projet Europa

Valéry Giscard d’Estaing

Georges de La Loyère publie ce trimestre un ouvrage, Alexander Hamilton. Créateur du dollar et tumultueux père fondateur (Éditions Temporis). Le Président Valéry Giscard d’Estaing a consacré à ce livre une longue préface dans laquelle il esquisse un parallèle entre deux grandes expériences historiques de fédéralisme : celle qui achève la Constitution des États-Unis, l’autre, celle de l’Union européenne en gestation. Il a bien voulu nous autoriser à publier en bonnes feuilles cette préface qui est aussi un appel. [Lire la suite]

 

L’offense au chef de l’État

Olivier Beaud

Olivier Beaud publie ce trimestre un ouvrage intitulé La République injuriée. Histoire des offenses au chef de l’État de la IIIe à la Ve République (PUF) . Sur cette question délicate, parce que le principe libéral peut être dépassé par le principe démocratique, il a bien voulu livrer à nos lecteurs la conclusion de sa recherche, avant qu’ils ne remontent, en lisant son livre, aux sources historiques, politiques et juridiques de sa réflexion. [Lire la suite]

 

Il faut redéfinir le rôle de l’audiovisuel public

François de Mazières

François de Mazières, qui fait partie de notre comité de rédaction, a publié un important ouvrage sur les politiques culturelles (Le Grand Gâchis culturel, en collaboration avec Olivier Le Naire, Albin Michel, 2017). Il a bien voulu mettre à jour le chapitre X du livre pour nos lecteurs. [Lire la suite]

 

Débuts dans l’édition

Jean-Claude Zylberstein

Jean-Claude Zylberstein a publié ses Souvenirs d’un chasseur de trésors littéraires (Allary Éditions, 2018). Avocat, critique musical, éditeur, il raconte, dans le passage qui suit, ses débuts dans le monde de l’édition des années 1970 : le jazz, les polars, les études et la place déterminante que Bernard de Fallois, « le plus brillant des éditeurs de sa génération » tint dans sa destinée. [Lire la suite]

 

CRITIQUE

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Du nouveau sur la chute de Rome

Alexandre Grandazzi

Kyle Harper : Comment l’Empire romain s’est effondré. Le climat, les maladies et la chute de Rome. (Traduit de l’anglais par Philippe Pignarre, La Découverte, 2019, 544 pages.)

Quand, comment et pourquoi l’Empire romain cessa-t-il d’exister ? À cette grande et – ô combien ! – classique question historique, le livre de Kyle Harper apporte une réponse qui relève de ce qu’on appelle aujourd’hui la collapsologie, c’est-à-dire l’étude des catastrophes. Non qu’il cède aux mirages du sensationnalisme et des explications faciles ; mais dans un domaine qui pourrait paraître rebattu il place des événements que l’on croyait bien connaître sous un éclairage nouveau qui en change décisivement les proportions et l’ombre portée. [Lire gratuitement la suite]

 

Romain Gary : un cas unique dans l’histoire littéraire

Christophe Mercier

Romain Gary : Romans et récits. Tome 1 : Éducation européenne ; Les Racines du ciel ; La Promesse de l’aube ; Lady L. ; La Danse de Gengis Cohn. Tome 2 : Adieu Gary Cooper ; Chien blanc ; Les Enchanteurs ; Gros-Câlin (Émile Ajar) ; La Vie devant soi (Émile Ajar); Pseudo (Émile Ajar) ; Clair de femme ; Les Cerfs-Volants ; Vie et mort d’Émile Ajar. (Gallimard, Pléiade, 2019, 1 450 et 1 690 pages.)

Sans Émile Ajar, lirait-on encore Romain Gary ? Sans doute peu ; et il resterait comme l’auteur d’un seul livre, le premier, Éducation européenne, et l’inspirateur de films à succès, comme Les Racines du ciel, Clair de femme ou La Promesse de l’aube. Son nom, dans la liste des Prix Goncourt (pour Les Racines du ciel, en 1956), passerait probablement aussi inaperçu que celui de Roger Ikor (1955) ou de Francis Walder (1958) – en 1957, c’est Roger Vailland qui l’obtint pour La Loi, et il fait partie de la dizaine d’exceptions à la règle selon laquelle les académiciens Goncourt couronnent des romans honnêtes et destinés au grand public, des livres d’étrenne dont on sait qu’ils seront oubliés après la période des fêtes. [Lire la suite]

 

La France et l’URSS

Georges-Henri Soutou
Propos recueillis par Françoise Thom

Georges-Henri Soutou : La Guerre froide de la France 1941-1990. (Tallandier, 2018, 588 pages.)

Françoise Thom. — Vous affectionnez la boutade « La France est une petite Union soviétique ». Qu’entendez-vous par là ?

Georges-Henri Soutou. — Les deux pays sont apparentés moins par la centralisation que par une conception similaire de l’administration, fondée sur une approche idéologique. Tout comme un apparatchik du PCUS, un énarque ne doute pas d’être à même de prendre une situation en main sans être un spécialiste du dossier. De part et d’autre, on croit pouvoir gouverner les hommes comme on administre les choses. En cela, la France est proche du système de la défunte URSS. On y trouve aussi une bureaucratie dirigeante qui n’est pas formée pour des tâches spécifiques, comme c’est le cas dans les autres pays. C’est pourquoi les fonctionnaires français qui se rendaient en URSS dans les années 1970 ne s’entendaient pas si mal avec leurs homologues soviétiques, ils se sentaient en terrain familier. [Lire la suite]

 

La nostalgie du soviétisme

Françoise Thom

Galia Ackerman : Le Régiment immortel. (Premier Parallèle, 2019, 285 pages.)

Il est des livres qui entraînent leur auteur hors des pistes initialement balisées par lui parce qu’ils reposent sur une intuition initiale dont les implications ne sont pas immédiatement apparentes. Le Régiment immortel est de ceux-là. Galia Ackerman est partie d’une réflexion inspirée par l’évolution du « régiment immortel », un défilé où chaque participant arbore la photo d’un vétéran de la « Grande Guerre patriotique ». Cette initiative locale et spontanée à l’origine a été récupérée par les autorités russes à partir de 2015 et depuis chaque commémoration de la victoire de 1945 s’accompagne d’un défilé du « régiment immortel » auquel participe le Président Poutine. [Lire la suite]

 

Quand Churchill s’en va-t-en guerre

Eugène Berg

Carlo D’Este : Churchill, seigneur de guerre. (Perrin, Tempus, 2019, 1 238 pages.)

Une des rares figures de l’Histoire, à l’instar de Frédéric le Grand, d’Olivier Cromwell, du duc de Marlborough, son célébré ancêtre, Churchill est « né pour la guerre » comme jadis Napoléon se plaisait à le dire de lui-même. Les deux hommes ne jouaient-ils pas régulièrement aux soldats, dans leur enfance ? Ces hommes-là, auxquels on peut en ajouter bien d’autres, Richelieu, Bismarck, de Gaulle, étaient des chefs qui saisissaient d’instinct tous les aspects d’une situation politique, morale et psychologique, sans parler des éléments de haute stratégie, c’est-à-dire une vision claire, cohérente, déterminée et à long terme des rapports de force et des lieux et des moments où il convient de les mettre en œuvre. [Lire la suite]

 

Le procès de Friedrich Ebert, premier Président de la République allemande

Henri Ménudier

Sebastian Haffner : Allemagne 1918 : une révolution trahie. (Traduit de l’allemand, réédition révisée, Marseille, Agone, 2018, 280 pages.)

Considérée comme inéluctable depuis l’été 1918, la perspective de la défaite militaire provoque de profonds bouleversements politiques et sociaux en Allemagne, avant et après le 11 novembre. Au cours de ces quelques mois, le pays hésite entre la guerre et la paix, l’empire et la révolution, la dictature militaire et la démocratie parlementaire. Le chaos s’installe. [Lire la suite]

 

Qui était Marenches ?

Vincent Laloy

Jean-Christophe Notin : Le Maître du secret. Alexandre de Marenches. (Tallandier, 2018, 560 pages.)

Par destination, les responsables ou dirigeants des services dits secrets opèrent dans la discrétion, évitant de s’exposer en première ligne et s’appliquant à cultiver un légitime anonymat. Ainsi n’est-il pas aisé de se livrer à de savantes biographies, quand bien même sont-ils morts. [Lire la suite]

 

Un Galbraith ne doit pas en cacher un autre

André Babeau

James K. Galbraith : Inégalité. Ce que chacun doit savoir. (Traduit de l’anglais, Seuil, 2019, 284 pages.)

On se souvient de John Kenneth Galbraith, membre actif du Parti démocrate et ambassadeur en Inde du temps du Président Kennedy. Économiste à succès, il était très critique à l’égard de la science économique de son temps et de ses collègues. Ces derniers le lui rendaient d’ailleurs bien puisque Paul Krugman ne le considérait finalement que comme un bon communicant et d’autres collègues, au mieux, comme un économiste « institutionnaliste ». Son souvenir ne doit pas masquer le talent et la perspicacité d’un autre Galbraith, son fils. [Lire la suite]

 

Le renouveau du patriotisme démocratique à gauche

Alexis Carré

William A. Galston : Anti-pluralism. The Populist Threat to Liberal Democracy. (New Haven/Londres, Yale University Press, 2018, 158 pages.)

Ancien élève d’Allan Bloom et de Joseph Cropsey, William Galston est une figure importante de la gauche modérée aux États-Unis. Il fut conseiller politique de l’administration Clinton après de longues années d’enseignement à l’Université. Ses publications concernent particulièrement la notion d’engagement civique et de citoyenneté. [Lire gratuitement la suite]

 

Benjamin Constant revu et corrigé

Philippe Boulanger

Gérard Minart : Benjamin Constant, économiste. Pour un libéralisme économique qui concilie efficacité et justice. (L’Harmattan, « L’Esprit économique », 2019, 278 pages.)

Ce livre revisite une légende et rend justice à l’un des grands penseurs du XIXe siècle : Benjamin Constant n’est pas seulement l’un des pères du libéralisme politique, un romancier voluptueux et un amant volage ; il est aussi un économiste perspicace qui se penche sur l’industrie et le commerce de son temps et refuse de séparer liberté politique et liberté économique. [Lire la suite]

 

Marx et Darwin au présent ou pourquoi j’ai traduit ce roman ?

Bernard Lortholary

Ilona Jerger : Marx dans le jardin de Darwin. (Roman, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, Éditions de Fallois, 2019, 296 pages.)

Pourquoi avoir voulu traduire un roman sur Darwin et Marx ? Parce que, dans un domaine littéraire trop souvent dominé par l’autofiction et le thriller à l’américaine, deux espèces proliférantes et dangereusement invasives, le livre d’Ilona Jerger, par son originalité, me paraissait redonner tous ses droits à l’imagination véritable. [Lire la suite]

 

Cinquante nuances d’anti-intellectualisme

Éric Thiers

Sarah Al-Matary : La Haine des clercs. L’anti-intellectualisme en France. (Seuil, 2019, 394 pages.)

Que l’anti-intellectualisme soit en France monnaie courante, chacun le sait. Dans un pays où les élites font l’objet d’un rejet – et parfois d’une haine – tenace, les intellectuels, comme les politiques, n’échappent pas aux critiques populistes. On aurait tort pourtant de s’arrêter à ce constat banal et l’étude aussi charpentée qu’élégante de l’historienne Sarah Al-Matary nous invite à explorer plus en profondeur un invariant de notre culture politique. [Lire gratuitement la suite]

 

Récit d’un retour au pays natal

Jean-François Roseau

Jean-Noël Pancrazi : Je voulais leur dire mon amour. (Gallimard, 2018, 128 pages.)

C’est d’un seul souffle que l’auteur raconte son retour à la terre d’origine qu’il avait jusque-là refoulée dans les friches de l’enfance. Avec Je voulais leur dire mon amour, Jean-Noël Pancrazi retrace une odyssée intime sur le sol d’Algérie trop longtemps cantonnée aux terres du passé et de l’exil. Cette distance imposée, entretenue comme une plaie qu’on chérit, l’auteur la devait moins à l’Histoire qu’à la conscience tourmentée d’un homme cultivant les doutes de la mémoire contre les certitudes de la désillusion. Avec ce texte au ton de confession, Pancrazi livre un témoignage émouvant où passé et présent se confondent au sein d’un décor indistinct brouillant la part de la fiction et celle de la réalité. [Lire la suite]

 

LECTURES

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FABRICE BOUTHILLON, Mao sur écran
DONATIEN GRAU, Rome
ROLAND HUREAUX, Revenir à Cochin
BÉATRICE MAJNONI D'INTIGNANO, De l'apprentissage et du genre
JEAN-THOMAS NORDMANN, Cocteau et Radiguet
JEAN-THOMAS NORDMANN, Histoire de la Chine
RÉMY PRUD'HOMME, Termites de l'État
PIERRE RIGOULOT, Un imposteur de génie
SERGIO ROMANO, L'or de Moscou
ÉRIC THIERS, Amitiés
PHILIPPE TRAINAR, Élections et sociétés
JEAN-PHILIPPE VINCENT, Les proconsuls de Vichy

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Commentaire est une revue fondée par Raymond Aron et dirigée par Jean-Claude Casanova
116 rue du Bac – 75007 Paris – ISSN 0180- 8214
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