Andalousie : une nouvelle histoire politique commence-t-elle en Espagne ?

La lettre du vendredi 21 décembre 2018

Benoît Pellistrandi fait partie de notre comité de rédaction. Historien, ancien élève de l'École normale supérieure, ancien membre, puis directeur des études de la Casa de Velázquez, il est spécialiste de l'Espagne contemporaine. A l’occasion des quarante ans de la Constitution espagnole, il publie, dans Commentaire, n° 164, actuellement disponible, une réflexion sur la représentation que la démocratie espagnole s’est donnée d’elle-même (Benoît Pellistrandi, « Récits de la démocratie espagnole »). Dans cette lettre du vendredi, il analyse, pour nos lecteurs, le résultat du test électoral qu’ont représenté les élections du Parlement andalou qui ont eu lieu le 2 décembre dernier.

 

Le scrutin régional du 2 décembre ouvre un nouveau cycle électoral. Le 26 mai prochain, treize communautés autonomes renouvelleront leur parlement, tandis que dans l’ensemble du pays, on votera pour les élections municipales et les élections européennes. Mais la mère des élections seront les élections générales qu’on prévoit anticipées tant la base parlementaire de l’exécutif socialiste est faible (84 députés sur 350). Tenir jusqu’en juin 2020, terme normal de la législature, alors que le budget 2019 n’est pas assuré d’être présenté et plus encore voté par le Parlement, ne semble guère possible.

 

Le test électoral andalou permettait de mesurer les effets politiques de la motion de censure et la popularité du gouvernement de Pedro Sánchez. Or, l’Andalousie, chasse gardée du PSOE depuis 1982, devait être un terrain favorable aux intérêts socialistes.

Les résultats ont invalidé tous les pronostics. Avec une participation faible (58%, alors que la moyenne des dix élections précédentes est de presque 68%), le PSOE a subi un recul spectaculaire. Il passe de 35,3% à 28,5% des voix et de 47 à 33 députés (sur un total de 109). Passant de justesse la barre du million de voix, il en perd presque 400 000 par rapport à 2015.

Le PP dont l’effondrement devait marquer la déliquescence a mieux résisté que prévu : avec 750 000 voix (20,75%) et 26 élus, le PP recule de 6 points par rapport à 2015 (1,07 million de voix et 33 élus).

Adelante Andalucía, la coalition de Podemos rassemble 584 000 voix et 16,2% (17 élus). En 2015, la convergence des gauches avait obtenu près de 800 000 voix et 20 sièges, mais sous deux listes concurrentes. L’alliance n’a pas créé de dynamique favorable.

Ciudadanos devait être le grand gagnant du scrutin et il l’est : passant de 370 000 voix à 660 000 (de 9,2% à 18,3%), le parti apparaît bien comme la promesse de renouvellement du centre-droit.

Mais la surprise, à l’origine du séisme électoral qui s’est produit, vient du résultat de Vox, un parti qualifié d’extrême droite, fondé par des anciens militants du PP désolés de l’attentisme et de la modération de Mariano Rajoy. Les derniers sondages avaient détecté le phénomène. Mais aucun n’avait prédit la lame de fond. Vox entre au parlement régional avec 12 élus et rassemble près de 400 000 voix (11%) ! Ces douze élus font basculer la majorité du parlement andalou à droite. De plus, les 400 000 voix doivent venir autant des électeurs de droite que de gauche, et peut-être même davantage de la gauche. En effet, le total PP-C’s est de 1,4 million de voix tant en 2018 qu’en 2015 tandis que le PSOE perd bien 400 000 voix… Naturellement, le schéma réel est sans doute beaucoup plus complexe. Mais le vote radical qui surgit à droite n’est pas seulement imputable à la réémergence d’une extrême droite qui se serait cachée pendant quarante ans. Il exprime une insatisfaction et une colère qui procède de droite et de gauche.

La crise catalane, l’introduction dans le débat public de la question migratoire, l’émergence d’un « dégagisme » à l’espagnole expliquent sans doute les motivations d’un électorat désorienté. Quarante ans après l’unanimisme de l’approbation de la Constitution démocratique, l’Espagne découvre l’ampleur des bouleversements qui interrogent, par-delà la méfiance qu’inspirent les partis et leurs responsables, jusqu’à son modèle politique.

Benoît Pellistrandi

 

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Récits de la démocratie espagnole

Benoît Pellistrandi
N° 164 Hiver 2018-2019

 

La Constitution espagnole fête ses quarante ans. Ratifié par le référendum du 6 décembre 1978, ce texte né du consensus politique de la Transition démocratique a donné à l’Espagne les années les plus brillantes de son histoire contemporaine (88 % des électeurs votèrent oui. Le taux de participation avait atteint 67 %). Tel était le discours général en 1998, pour ses vingt ans, et peut-être encore en 2008 alors que, déjà, la crise économique et sociale commençait d’ébranler les certitudes des Espagnols. Aujourd’hui, dans un pays marqué par les effets de la « Grande Dépression », la recomposition accélérée de son système des partis et par la crise sécessionniste catalane, le consensus de la Transition a volé en éclats. L’Espagne est désormais accusée de tous les maux : un système politique vérolé par la corruption, une économie déséquilibrée et peu compétitive, une démocratie imparfaite. Comment est-on passé de la success story espagnole à un sentiment de crise généralisé, voire à l’idée d’un épuisement du système politique ? Au-delà d’un simple rappel des quarante années écoulées, il me semble que doit être menée une réflexion plus générale sur la représentation que la démocratie espagnole s’est donnée d’elle-même. [Lire la suite de l'article]

 

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