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Vie et destin du chiraquisme

Philippe Raynaud

N° 168 Hiver 2019

Article


La mort de Jacques Chirac a été l'occasion, au-delà des hommages officiels, d'une assez large émotion qui semblait témoigner d'une sorte de nostalgie pour ce qu'avait pu représenter le défunt Président. Jacques Chirac a longtemps été mal-aimé, il a fini par remporter l'élection présidentielle de 1995 avec un score très médiocre au premier tour, il a perdu les législatives de 1997 et il n'a été réélu en 2002 que grâce à une conjonction électorale aberrante qui avait éliminé Lionel Jospin au profit de Jean-Marie Le Pen. Cette réélection fait rétrospectivement de Jacques Chirac le symbole commode d'un « Front républicain » aujourd'hui bien fragile mais elle ne correspondait en 2002 à aucune adhésion populaire réelle ; elle a en outre été suivie d'un deuxième mandat qui, alors même que le Président réélu avait choisi de s'appuyer sur une majorité de droite homogène, a débouché sur l'élection d'un Nicolas Sarkozy qui n'a pu l'emporter qu'en se présentant comme le candidat de la rupture avec l'immobilisme de celui qu'il qualifiait de « roi fainéant ». Douze ans après avoir quitté l'Élysée, le mal-aimé apparaît comme le plus populaire des derniers présidents de la Ve République, à égalité avec de Gaulle et loin devant tous les autres, de Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing à Emmanuel Macron, en passant par François Mitterrand, Nicolas Sarkozy et François Hollande. On peut trouver injustes ces variations de l'opinion, qui peut du reste changer dans les années à venir. On doit néanmoins s'interroger sur les raisons pour lesquelles une partie significative du peuple français semble se reconnaître dans un homme que la gauche a longtemps perçu comme un bonapartiste autoritaire et qui a fini par apparaître comme l'incarnation d'une éternelle culture « radicale-socialiste » étayée sur un « pragmatisme » bien « corrézien », tout en continuant de jouir d'une image d'« homme d'État » que n'ont pas ses compatriotes Henri Queuille et François Hollande. Pour tenter de résoudre cette (petite) énigme, je partirai d'une brève analyse de la relation de Jacques Chirac avec les institutions de la Ve République et de son rôle dans l'évolution du système partisan français avant de proposer quelques brèves réflexions sur la « vision du monde » de Jacques Chirac.

Ph. R.

Les métamorphoses du « gaullisme »Tout a été dit sur les débuts de la carrière politique de Chirac, qui commence par l'insertion réussie d'un jeune haut fonctionnaire dans les milieux gaulliste et pompidolien et qui se poursuit grâce à une implantation réussie en Corrèze, due à un incontestable talent...

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