Union et désunion du Bel Paese

Antonio Padoa-Schioppa

N° 134 Été 2011

Article


Italie : 1861-2011

« Si les États indépendants de l'Italie étaient envahis ; si l'on imposait des limites ou des obstacles à leurs transformations intérieures ; si on leur contestait à main armée le droit de s'allier entre eux pour consolider une patrie italienne, la République française se croirait en droit d'armer elle-même pour protéger ces mouvements légitimes de croissance et de nationalité des peuples », écrivait Lamartine, ministre des Affaires étrangères, aux agents du Département, le 4 mars 1848. À Vienne, le 13 mars, Metternich, le vieil adversaire de la liberté et de l'unité de l'Italie, prit la fuite. Venise, Milan se révoltèrent. Pour venir au secours des révoltés, Cavour et son roi, Charles-Albert de Savoie, considérèrent « la témérité plus sage que la retenue », et Piémontais et Sardes entrèrent dans la guerre de libération contre les Autrichiens. Malheureusement, le roi de Sardaigne refusa l'aide de la France, Italia fara da se, et il s'ensuivit la victoire de Radetsky, le 24 juillet à Custoza en Lombardie-Vénétie. Puis une nouvelle défaite italienne, à Novare le 23 mars 1849, après que le roi de Sardaigne reprenant le combat contre les Autrichiens se fut porté au secours des républicains romains et toscans. Le pauvre Charles-Albert ne résista pas à ce drame, il s'exila, et son fils, Victor-Emmanuel II, lui succéda et accepta l'occupation d'une partie du Piémont par les Autrichiens. Malheureusement encore, les Français avaient pris la défense du Pape (pour écarter les Autrichiens de Rome), et Oudinot, un peu avant, le 3 juillet, était entré dans Rome et en avait chassé deux héros du Risorgimento, si proche de nous, le Niçois Garibaldi et le Génois Mazzini qui avaient contribué à recréer la République romaine. Une fois de plus, les espérances nées d'une révolution se terminaient en désastre, du moins pour les patriotes Italiens et pour les Français partisans de l'unité italienne.Heureusement, Cavour ne se découragea pas. Napoléon III, dévoué comme son oncle à la cause italienne, était désormais au pouvoir et le 24 juin 1859 à Solferino, Français et Piémontais l'emportèrent sur les Autrichiens. On connaît la suite : le 18 février 1861, le premier Parlement italien se réunit à Turin et proclama Victor-Emmanuel roi d'Italie. Cavour avait réussi, malgré les atermoiements dont, hélas, Napoléon III commençait à témoigner. Néanmoins, la France facilita le rattachement de Venise au Royaume en 1866. Toujours malheureusement, parce que Napoléon III voulut ménager la droite catholique, Rome ne revint à l'Italie qu'après notre défaite en 1870, le 8 septembre, tout de suite après Sedan. Un pape plus intelligent en politique et un empereur français moins sensible à l'opinion bornée de la droite catholique (moins sensible aussi, en 1870, à la gauche belliciste) auraient pu faire en sorte que l'unité italienne se fasse plus vite et mieux et dans une complète harmonie (comme l'auraient souhaité Voltaire, Stendhal, Mérimée et bien d'autres) entre la France et sa sœur l'Italie, à laquelle, comme devait le dire de Gaulle, elle devait sa langue, sa religion et ses arts.Célébrons de tout cœur le centcinquantième anniversaire de l'unité italienne et de la renaissance politique de l'Italie. Trois de nos amis italiens ont bien voulu donner à Commentaire leur opinion sur l'Italie d'aujourd'hui. On admirera la finesse lucide de leurs analyses. Parfois une ombre de tristesse affleure dans leurs propos. Pouvons-nous leur dire que la situation morale et politique de la France, de l'Espagne, de l'Allemagne et des autres nations d'Europe n'est pas meilleure que celle de l'Italie ? Et chantons avec eux, en pensant à l'Europe notre patrie commune :

J.-C. C.

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