Trois ans après

Philippe Raynaud

N° 170 Été 2020

Article


L'année 2019 s'est terminée par un vaste « mouvement social » contre la réforme du système des retraites qui, prenant le relais de la longue contestation des Gilets jaunes, semblait devoir jouer un rôle déterminant dans la préparation de la prochaine élection présidentielle. Or, alors même que la crise des retraites semblait trouver une issue parlementaire au moins provisoire pour laisser la place à d'autres controverses (sur l'écologie, sur la laïcité, etc.), l'épidémie du Covid-19 a fini par prendre le pas sur tous les autres sujets, à commencer par les élections municipales, dont le premier tour a été fort peu commenté, sinon pour critiquer la décision de le maintenir à la veille de l'annonce du « confinement » de l'ensemble du pays. Au moment où j'écris (20 mai 2020), le thème général des commentaires est que, comme après chaque crise, « rien ne saurait plus être comme avant » parce qu'il faudra repenser l'économie, les relations sociales, le rapport à la nature, les mœurs et même les manières (qui ne manqueront pas de changer après quelques mois de « distanciation sociale »). Mais cet appel général à la refondation s'accompagne curieusement d'une surprenante stabilité des convictions, qui est d'autant plus forte qu'on demande des changements plus radicaux. La gauche sociale pense que la crise a confirmé la nécessité de défendre et d'étendre l'État-providence et le service public à la française, quand elle ne se félicite pas de la fin programmée de l'« austérité », les écologistes veulent accélérer la lutte contre le changement climatique pour préparer les prochaines crises sanitaires et on ne compte pas les discours enflammés contre la mondialisation. Comme le débat public n'est par ailleurs nullement apaisé par les appels du Président à l'union nationale dans la « guerre » contre le virus, il me semble qu'on peut considérer que les lignes de partage de la politique vont pour l'essentiel rester les mêmes jusqu'à l'élection présidentielle, qui ne se jouera pas seulement sur la sortie de crise ou sur la manière dont le gouvernement aura agi pendant l'épidémie. Je me contenterai donc de proposer une analyse et un premier bilan de l'action du président Macron sur la période qui va de son élection jusqu'au début du confinement et qui couvre à peu près les trois cinquièmes de son mandat.

Ph. R.

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