Récits de la démocratie espagnole

Benoît Pellistrandi

N° 164 Hiver 2018

Article


La Constitution espagnole fête ses quarante ans. Ratifié par le référendum du 6 décembre 1978, ce texte né du consensus politique de la Transition démocratique a donné à l'Espagne les années les plus brillantes de son histoire contemporaine (88 % des électeurs votèrent oui. Le taux de participation avait atteint 67 %). Tel était le discours général en 1998, pour ses vingt ans, et peut-être encore en 2008 alors que, déjà, la crise économique et sociale commençait d'ébranler les certitudes des Espagnols. Aujourd'hui, dans un pays marqué par les effets de la « Grande Dépression », la recomposition accélérée de son système des partis et par la crise sécessionniste catalane, le consensus de la Transition a volé en éclats. L'Espagne est désormais accusée de tous les maux : un système politique vérolé par la corruption, une économie déséquilibrée et peu compétitive, une démocratie imparfaite. Comment est-on passé de la success story espagnole à un sentiment de crise généralisé, voire à l'idée d'un épuisement du système politique ? Au-delà d'un simple rappel des quarante années écoulées, il me semble que doit être menée une réflexion plus générale sur la représentation que la démocratie espagnole s'est donnée d'elle-même.

B. P.

À peine arrivé au pouvoir, le nouveau chef de gouvernement, le socialiste Pedro Sánchez, décidait de forcer l'exhumation du dictateur Franco de la basilique de la Valle de los Caídos où il avait été enterré le 22 novembre 1975. La décision était politicienne avant d'être politique : il s...

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