Pour une conscience écologique

Bertrand (de) Jouvenel

N° 156 Hiver 2016

Article


Les grands partis de gouvernement, comme on dit, ont eu bien tort de laisser les questions écologiques, qui sont réelles, à des apprentis politiques sans expertise ni compétence. Au pays de Carnot et de Pasteur, dans celui des grands ingénieurs du corps des Mines et du corps des Ponts, des grands spécialistes des énergies et des grands biologistes, on entend parler du nucléaire, de l'électricité, des OGM, par des politiciens de second ordre, sans doute désintéressés et de bonne volonté, mais conduits à l'idéologie verte, en rescapés des idéologies rouges, par l'insuffisance de leurs connaissances. On les entend parler parce que pour satisfaire leurs minuscules intérêts électoraux ou médiatiques ils ont confisqué le débat. Pour montrer que l'écologie politique est une chose sérieuse, digne de l'intérêt des meilleurs, nous publions deux articles. Le premier a pour auteur Bertrand de Jouvenel. Il avait paru dans Preuves, revue à laquelle collaborait régulièrement Raymond Aron, en 1965. Cet article inaugure la réflexion sur l'écologie politique, dont Jouvenel fut le grand initiateur (avec Jacques Ellul, aussi, à un moindre degré). De même, fut-il le premier critique, avec Colin Clark, de la prétendue identité entre croissance du produit national brut et accroissement du bien-être ou du bonheur. Problématique reprise il y a quelques années par les écologistes, puis par l'OCDE, puis par les idéologues de la décroissance. Si nous republions cet article, avec l'accord d'Anne et d'Hugues de Jouvenel, ses enfants, c'est parce que personne ne parle plus de Bertrand de Jouvenel et qu'il faut célébrer et saluer l'originalité de sa pensée et son importance. Nous le publions aussi pour inciter le monde politique à porter le débat sur ces questions au même niveau que l'avait fait Jouvenel. Niveau auquel se place justement le deuxième article que l'on trouvera dans ce numéro. Celui de Luc Ferry, qui étudie avec discernement la distinction au sein de la cause idéologique entre les projets réformistes et les projets révolutionnaires, les premiers susceptibles d'une analyse savante, les seconds, proches des idéologies, appelant une critique philosophique. Puissions-nous inciter par ces deux articles à d'autres réflexions, du même ordre et de la même portée.

COMMENTAIRE

Qui visite les ruines de Tyrinthe croit voir les restes d'une fourmilière. Observer les fourmis, c'est rabattre la fierté que nous éprouvons à nous connaître « animaux politiques » : car en voilà d'autres qui savent en commun construire des cités et y mener une existence sociale. Et, puisque nous...

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