Portrait de Pierre Mendès France

Jean-Marie Soutou

N° 135 Automne 2011

Article


Les éditions de Fallois ont publié cet été les Mémoires de Jean-Marie Soutou sous le titre Un diplomate engagé. Mémoires 1939-1979. Jean-Marie Soutou avait préparé son livre par des entretiens avec son ami et collègue Jean-François Noiville. Son fils, notre ami Georges-Henri Soutou, l'a présenté et annoté. Cet ouvrage est à nos yeux d'une grande importance pour deux raisons. La première est paroissiale, si j'ose dire. Jean-Marie Soutou était un ami de Raymond Aron. Il avait succédé à Claude Lévi-Strauss à la présidence de la Société des amis de Raymond Aron, et, comme Jean Laloy et Joseph Rovan, dont il était proche aussi, il a joué un grand rôle à Commentaire, dès la création de la revue et par la suite, en nous guidant et en nous aidant. La seconde raison tient à l'importance des sujets traités : la Seconde Guerre mondiale et le sort de la France occupée, la guerre froide, les régimes communistes observés à Belgrade et à Moscou, la construction de l'Europe et la politique étrangère de la France pendant un demi-siècle dont il a été un témoin privilégié et un acteur important, comme diplomate et, à la fin de sa carrière, comme Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères.Aussi sommes-nous heureux de publier en bonnes feuilles, avec l'accord de Georges-Henri Soutou et de Bernard de Fallois, le chapitre du livre dans lequel est tracé le portrait de Pierre Mendès France, dont Soutou avait été le principal collaborateur en politique étrangère.Dans un prochain numéro de la revue, en 2012, nous reviendrons sur ce livre et sur son auteur. Nous réunirons plusieurs contributions de diplomates et de spécialistes de politique étrangère qui réfléchiront aux sujets traités par Soutou et aux évolutions qui se sont produites depuis. En hommage à Jean-Marie Soutou, nous voulons montrer qu'on doit être fidèle à sa méthode de réflexion sur la politique mondiale, sur l'Europe et sur la France. Nous voulons aussi insister sur l'étroite liaison qu'il a incarnée entre le métier diplomatique et la vie intellectuelle. C'est une grande et ancienne tradition de notre pays qui mérite d'être célébrée. Le diplomate Soutou s'inscrivait dans cette tradition et les différents articles que nous réunirons porteront aussi bien sur lui et les questions toujours vivantes qu'il a traitées que sur cette école à laquelle il appartenait et qui fait l'honneur de la diplomatie française, même si tous les ministres qui prennent successivement en charge le Département n'en sont pas toujours conscients ni même capables de le comprendre.

J.-C. C.

Je vais essayer de tracer un portrait de Mendès France, sans passion, sans « iste », sans « isme ». Je n'étais pas mendésiste, pas plus que gaulliste, cela n'est pas dans ma nature, je ne suis pas « iste » ! Interrogé, j'ai dit des choses que je crois justes, mais quelquefois je...

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