Parcoursup : la loi en pratique

Olivier Beaud, François Vatin, Sylvia Marques

N° 164 Hiver 2018

Article


Dans la première partie de cet article, nous avons examiné la loi « Orientation et réussite des étudiants » du 8 mars 2018 d'un point de vue sociologique et juridique. Nous avons conclu qu'elle conduisait : d'une part, à affirmer la séparation de l'enseignement supérieur public français entre son secteur sélectif et son secteur non sélectif (les licences universitaires) ; d'autre part, à combler une lacune des textes antérieurs en résolvant le caractère contradictoire des dispositions qu'ils comprenaient.Ceux-ci affirmaient, tout à la fois, l'obligation faite aux universités d'inscrire dans un cycle de licence tout titulaire d'un baccalauréat et leur droit à fixer, pour ces mêmes licences, des capacités d'accueil. La combinaison de ces deux règles, alors que certaines licences se trouvaient « en tension » (attiraient plus de candidats qu'elles ne disposaient de places), avait conduit les pouvoirs publics comme les universités à diverses contorsions, dont la plus manifeste était l'usage du tirage au sort, utilisé lors de la campagne d'inscription 2017. C'est le scandale qui en a résulté qui fut à l'origine de la rédaction de la loi ORE. Cette loi vise à couvrir juridiquement une nouvelle plate-forme d'appariement des candidats et des formations : « Parcoursup », en remplacement de l'ancienne (APB), qui avait été au fil des années complétée par un ensemble de dispositifs « techniques » non conformes aux textes en vigueur et n'avait pu in fine éviter un recours arbitraire au tirage au sort.Dans ce second volet de l'article, nous allons nous pencher sur la mise en œuvre du dispositif Parcoursup lors de cette première campagne 2018. Nous montrerons que, contrairement aux craintes formulées, dès sa présentation et encore plus lors de la publication des premiers résultats, le 22 mai 2018, ce dispositif a, globalement, montré son efficacité technique. Nous nous pencherons ensuite sur les motifs de sa critique, voire de son rejet, par une partie du corps universitaire, en nous appuyant sur une enquête menée par Mme Sylvia Marques auprès de responsables de licences universitaires de diverses disciplines et universités, à Paris, dans la région parisienne et en province au cours du printemps 2018. Nous montrerons, pour conclure, que Parcoursup a fonctionné comme un révélateur de la crise que traverse l'institution universitaire française.

O. B. et F. V.

Rappelons, avant tout, que cet article a été écrit « à chaud », alors que le dispositif Parcoursup 2018 n'était pas encore arrivé tout à fait au terme du processus d'appariement des candidatures et des places en formation. Par ailleurs, on notera un hiatus entre les deux parties de cet...

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