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Mondialisation : renouveau conceptuel et renouvellement des politiques

Pascal Lamy

N° 137 Printemps 2012

Article


La théorie économique nous enseigne que des pays qui s'ouvrent aux échanges commerciaux peuvent chacun améliorer leur niveau de vie. Le commerce international n'est pas un jeu à somme nulle. Et l'ouverture des échanges liée à la « mondialisation » des années 80 a, de fait, permis une croissance économique mondiale sans précédent.Pourtant, l'opinion publique des pays occidentaux, en Europe ou aux États-Unis, a du mal à reconnaître les bienfaits de la mondialisation. L'ouverture des échanges conduit chaque pays à se consacrer aux activités dans lesquelles il a un avantage comparatif, ce qui entraîne des changements parfois traumatisants.Au début des années 80, un schéma assez simple semblait se dessiner : aux pays « en développement » les fabrications de produits de masse nécessitant beaucoup de main-d'œuvre non qualifiée, les pays industriels conservant les fabrications de produits haut de gamme à forte valeur ajoutée.Mais depuis les années 2000 ce schéma est remis en question par les progrès des pays devenus « émergents », capables, comme la Chine, de développer recherche et innovation, et donc des fabrications plus sophistiquées.Dans ces conditions, toutes les activités des pays encore qualifiés d'« industriels » ont-elles vocation à être délocalisées ? Ou va-t-on simplement vers une nouvelle division internationale du travail ?Quelle peut être la place de l'Europe et de la France dans cette future division internationale du travail ? Telle était la question posée lors d'un entretien de l'Académie des sciences morales et politiques, le 24 novembre 2011. Trois contributions à cet entretien sont publiées ici.Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, note que, dans un commerce international en plein développement, la part des pays émergents a évidemment augmenté, au détriment des États-Unis et du Japon. De façon surprenante, la part de l'Europe est restée constante, et elle n'a donc pas de raison de se plaindre de la mondialisation. Mais le changement le plus significatif est l'imbrication croissante des économies. Il ne s'agit plus seulement d'échanger d'un côté des matières premières, et de l'autre des produits finis. Chaque production implique l'assemblage de composants fabriqués dans différents pays, alors que le pays où s'effectue l'opération finale est présenté dans les statistiques commerciales comme « le » producteur. Pour analyser la réalité du commerce international actuel, il faudrait raisonner en valeur ajoutée par chaque pays à un stade donné de la filière.Cette analyse par filière peut seule aussi permettre à chaque pays, par une politique appropriée, de développer ses avantages comparatifs, ainsi que le montre une étude publiée par le McKinsey Global Institute.Deux exemples concrets sont présentés par les articles de Patrick Pélata, ancien directeur délégué de Renault, sur le cas de l'automobile, et d'Olivier Coste, ancien d'Alcatel, sur les équipements de télécommunications.Dans le cas des télécoms, l'Europe, qui occupait encore en 2000 une position de leader, l'a perdue en 2010 au profit des Américains et des Chinois. L'Europe s'est affaiblie par la fragmentation des fabricants et des opérateurs européens, les divisions nationales, une politique d'ouverture à la concurrence peu soucieuse de politique industrielle et un manque de flexibilité sociale. La Chine a su ajouter à sa capacité de production à bas coût le développement d'une recherche de perfectionnement de qualité, tandis que les Américains conservaient leur talent pour l'innovation de rupture et protégeaient leur marché au nom de la sécurité nationale.Dans l'exemple de l'automobile, la position de l'Europe est restée forte, mais celle de la France s'est beaucoup affaiblie. Les firmes allemandes ont su profiter d'une évolution beaucoup plus favorable des coûts salariaux et des conditions de travail, d'une position haut de gamme forte, et d'une délocalisation intelligente de fabrications de composants en Europe de l'Est. La France a été pénalisée par le niveau des coûts sociaux et la réduction du temps de travail, et une attitude plus crispée sur toute délocalisation, même partielle.Quelle conclusion tirer de ce débat ? D'abord, que la solution n'est certainement pas dans une fermeture des frontières, qui aurait sur l'économie mondiale les effets désastreux observés après la crise de 1929. Ensuite, qu'il n'y a sans doute pas de fatalité, mais que la place de l'Europe et de la France sera déterminée par leur volonté et leur capacité de développer leurs points forts, dans chacune des filières où elles sont en compétition.

Bertrand  Collomb

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