Lettre à Maritain et à Mauriac

Joseph Czapski

N° 169 Printemps 2020

Article


Joseph Czapski (1896-1993) était issu d'une famille aristocratique. Il naquit à Prague, vécut son enfance dans un château de l'actuelle Biélorussie et fit ses études de droit à Saint-Pétersbourg. En 1919-1920, il participa en tant qu'officier de la toute nouvelle armée polonaise à la guerre contre les bolchéviques puis alla étudier la peinture à Paris. En 1939, il rendossa l'uniforme polonais et fut fait prisonnier par les Soviétiques. C'est au Goulag qu'il écrivit son admirable Proust contre la déchéance. Après que l'Allemagne eut attaqué l'URSS en juin 1941, Staline décida de créer, à partir des Polonais prisonniers ou déportés en URSS, une armée placée sous la direction du général Anders, qu'il fit sortir de prison. L'armée Anders, qui relevait du gouvernement polonais en exil à Londres, quitta la Russie par l'Iran et rejoignit les troupes alliées par l'Afrique du Nord pour participer à la campagne d'Italie. Les Polonais s'illustrèrent notamment au Mont-Cassin (mai 1944). Anders avait confié à Czapski la tâche de s'occuper de la propagande et des communiqués de presse au sein de cette armée. À ce titre, il était responsable de l'hebdomadaire Orzel Bialy (« L'Aigle blanc »). C'est dans cet organe qu'il publiera en français le 5 octobre 1944 la lettre ouverte à Jacques Maritain et à François Mauriac qu'on va lire. En juillet 1944, les Russes avaient atteint les faubourgs de Varsovie et les Allemands commençaient à évacuer la ville. Le général polonais Bor-Komorowski donna le 1er août 1944 l'ordre de lancer les opérations. L'armée de l'intérieur(AK) n'avait que quatre jours de munitions et ne pouvait l'emporter sur la Wehrmacht qu'avec un soutien extérieur, qui ne vint pas. Après une soixantaine de jours de combats, les derniers soldats de l'AK se rendirent. Le bilan fut terrible : 200 000 victimes civiles (dont 50 000 fusillés), 20 000 morts du côté de l'AK, et Varsovie en cendres.Ni Maritain ni Mauriac ne réagiront publiquement à cette lettre ouverte.

BERNARD MARCHADIER

Exemple de non-conformismeJ'ai eu le bonheur de vous connaître dans mes années d'apprentissage à Paris1. J'admirais votre intégrité de penseur, dans d'écrivain, votre courage. Pour moi, étranger, vous n'étiez pas seulement Maritain ou Mauriac, vous étiez la France, une tradition d'intégrité intellectuelle, une...

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