Les imprévus du nouveau monde

Olivier Mongin

N° 163 Automne 2018

Article


Plus d'un an après la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle, qui oserait dire qu'il ne s'est rien passé ? C'est un fait indéniable, il se passe quelque chose tous les jours et le Président a imposé un style bien à lui. L'emporte cependant un sentiment d'incertitude sinon d'insatisfaction : la « déconstruction » en cours de l'ancien monde politique et « le train des réformes » qui l'accompagne ne permettent pas de saisir si un « nouveau monde politique » est en train de prendre forme, ou si l'effondrement de « l'ancien monde politique » laisse juste la place à des rééquilibrages budgétaires et à des réaménagements pragmatiques. L'idée que je voudrais mettre en avant ici est celle d'un décalage, voire d'une disjonction entre une action hexagonale menée à bride abattue et une difficulté à inscrire celle-ci dans la mondialisation historique en cours, celle du « nouveau monde » qui surgit hors de l'Hexagone tant sur le plan politique (Trump, Poutine, Erdogan, etc.) que sur le plan économique (les avancées chinoises) et technologique (les Gafa). Alors qu'Emmanuel Macron a vanté les mérites d'une mondialisation à la fois technologique, économique et politique, qu'il a énormément voyagé et rencontré les grands de ce monde, l'an I de la Macronie a été très hexagonal. Cela n'est pas un hasard, la crise de la représentation politique est aussi une crise de la représentation historique. Ce qui rend difficile de faire le lien entre le devenir du pays et celui de l'Europe et du monde.Cet article a été rédigé en juin 2018 avant le coup de tonnerre de l'affaire Benalla qui a suivi de quelques jours l'euphorie du mondial de football. Si parler d'affaire d'État et de watergate est caricatural, une telle exacerbation du climat politique montre bien, ce que sous-tend ce texte, que le passage en force des réformes se paie très cher au premier imprévu ou couac venu. Mais aussi que le gouvernement élyséen qui emploie un mode commando exige une prudence absolue. Restaurer la confiance se joue désormais à tous les niveaux, ce qui implique d'inventer des médiations inédites.

O. M.

Un Macron biface Cela tient-il au projet présidentiel et à la manière d'agir du Président dans l'Hexagone ? L'identification du macronisme – un débat récurrent dans des médias qui ne savent pas comment prendre...

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