Les dilemmes d'Israël

Jacques Schlanger

N° 140 Hiver 2012

Article


Commentaire publie ci-après une réflexion de Jacques Schlanger sur « les dilemmes d'Israël » face à la question israélo-palestinienne. Cette analyse nous est en effet apparue comme significative des interrogations souvent angoissées qui taraudent la gauche israélienne – et pas seulement la gauche – devant l'impasse à laquelle ont conduit jusqu'ici toutes les tentatives de règlement de ce conflit.Le lecteur y trouvera le rappel opportun de faits insuffisamment connus sur les origines du sionisme, sur l'histoire du conflit, sur l'exiguïté des territoires en cause, sur l'importance des évolutions démographiques, sur les diverses options en présence. S'agissant de l'inventaire de ces options, on notera toutefois que l'auteur ne mentionne pas la formule généralement appelée « option jordanienne », selon laquelle la Cisjordanie serait rattachée à la Jordanie, et la bande de Gaza à l'Égypte, comme cela a été le cas entre 1949 et 1967. Il est vrai que cette formule n'est à ce jour acceptée ni par les Palestiniens ni par leurs voisins arabes.Dans le prolongement de l'appel que lançait l'écrivain Amos Oz à l'Europe dans un livre de 2004, Aidez-nous à divorcer, Jacques Schlanger conclut son analyse par une demande faite aux grandes puissances – États-Unis, Russie, Europe – de prendre les deux parties « par la peau du cou » et de leur imposer une solution. Cette approche tranche avec l'attitude de tous les gouvernements israéliens successifs, de droite comme de gauche, qui se sont toujours battus pour que la solution israélo-palestinienne soit, non pas imposée de l'extérieur, mais librement négociée entre les deux parties. Ils ont toujours estimé, non sans quelque raison, qu'eu égard aux positions traditionnelles des diplomaties européennes, russe et même, à certains égards, américaine, la « solution imposée » serait, sur tous les sujets en litige – délimitation des frontières, garanties de sécurité pour Israël, statut de Jérusalem, revendications palestiniennes du droit au retour –, plus proche des thèses arabes que des intérêts israéliens. Les pressions internationales seraient sans doute plus aptes à pousser les Israéliens à évacuer les territoires qu'elles ne l'ont été jusqu'ici à endiguer le terrorisme ou l'enseignement de la haine dans les territoires palestiniens. Quant aux garanties internationales éventuellement promises, la responsabilité de l'ONU dans le déclenchement de la guerre de 1967, de même que l'inefficacité de la FINUL face au réarmement du Hezbollah au Liban invitent beaucoup d'Israéliens au scepticisme. Il faudrait un changement spectaculaire du rapport des forces internationales pour que l'approche recommandée par l'auteur cesse d'être dans son pays un point de vue extrêmement minoritaire.Un tel changement est d'autant moins vraisemblable que l'évolution des régimes arabes vers des gouvernements islamistes rend les Israéliens particulièrement circonspects. Nul ne sait aujourd'hui comment se comporteront ces gouvernements à long terme. Toutefois, l'idéologie de base des islamistes inclut, du moins en théorie, le refus de l'existence d'un État non musulman – a fortiori s'il est juif – dans ce qui est considéré comme dar el-islam, domaine de l'islam. Quel serait dès lors le sort d'un accord de compromis conclu avec le Fatah de Mahmoud Abbas – qui aurait beaucoup de mal à renoncer au droit au retour des réfugiés palestiniens en Israël – si ce gouvernement devait être remplacé, comme ailleurs dans le monde arabe, par un régime islamiste, en l'occurrence le Hamas, proche des Frères musulmans ? De là, la réticence de beaucoup d'observateurs, en ces temps incertains, à ouvrir sur le front israélo-palestinien une boîte de Pandore qu'il est plus prudent, selon eux, de maintenir pour l'instant fermée.

COMMENTAIRE

Pour comprendre les dilemmes devant lesquels la société israélienne se trouve actuellement, il faut se souvenir des moments historiques cruciaux qui fondent et qui expliquent la situation politique actuelle. Il y a toujours eu un mince filet d'immigration juive vers la Palestine, le plus souvent pour des raisons religieuses...

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