Le retour du débat sur les inégalités

Denis Kessler, Philippe Trainar

N° 154 Été 2016

Article


Le Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty (Grasset, 2013) a relancé le débat sur les inégalités. Cet ouvrage, loin d’être un simple constat empirique, est avant tout une « saga » des inégalités, de leur passé, de leur présent et de leur avenir. Servi par une remarquable rhétorique, l’auteur y affiche les ambitions du Capital d’un Karl Marx, mais libérées des lourdeurs de son hégélianisme. En proposant une vision d’ensemble cohérente et historique, il apporte à la contestation des élites une rationalité, la suraccumulation du capital, et une motivation, l’explosion annoncée des inégalités. L’ouvrage est arrivé à point nommé pour apporter un second souffle à la contestation du capitalisme et du libéralisme qui s’épuisait. Il est temps aujourd’hui de dresser le bilan du débat qu’il a suscité et d’apprécier ce qu’il nous a apporté en termes de compréhension des inégalités et de la dynamique du capitalisme. Nous nous proposons de le faire en partant du constat que l’on peut finalement dresser des inégalités, pour ensuite porter une appréciation critique de la thèse centrale, l’explosion à venir des inégalités, qui a fait le succès de l’ouvrage de Thomas Piketty, et terminer par une analyse des multiples facteurs qui ont contribué à l’évolution récente des inégalités et qui ressortissent à des logiques économiques différentes de celle de l’accumulation dynastique privilégiée par Piketty. Tout au long de l’analyse qui va être présentée, il faut garder à l’esprit que ce que l’on appelle inégalité ressortit le plus souvent à des disparités de revenu et de patrimoine qui sont assez largement « naturelles » ou « explicables », notamment lorsqu’elles sont imputables à des durées de travail ou d’études différentes, ou au cumul, au fur et à mesure de l’âge, des disparités de revenu et de comportement d’épargne.

 

D. K. et Ph. T.

Un accroissement de la part des 1 % les plus fortunés Les travaux récents sur les inégalités reposent largement sur la base de données internationales sur les revenus (World Wealth and Income Database – WWID) construites à partir des données fiscales de 70 pays, par Facundo Alvaredo, Anthony Atkinson, Thomas Piketty, Emmanuel...

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