Le recours au « sublime » ou le secret de la République des Lettres

Marc Fumaroli

N° 157 Printemps 2017

Article


Plusieurs siècles après Périclès et après Démosthène, un rhétoricien inconnu (le « Pseudo-Longin ») avait poussé une superbe plainte : être né en des temps tardifs et stériles, et préconisait les moyens auxquels recourir pour échapper à la décadence. Ce traité Du sublime devait retentir aussi longtemps qu'a duré l'Empire romain, chez Tacite dans son Dialogue des orateurs, chez Quintilien dans son Institutio oratoria, et il s'est fait entendre de nouveau, secrètement, au xv e siècle italien. Il fallut attendre le crépuscule de la Renaissance pour le voir publié en original et en caractères grecs, puis dans une traduction latine très partielle et enfin en traduction française par Boileau, au décours du règne de Louis XIV, et à l'appui de la cause des Anciens ébranlée par le parti des Modernes. Jusqu'à l'initiative hardie de Boileau, ce texte étrange était resté le privilège d'une élite savante, à l'intérieur de la République européenne des Lettres.

M. F.

Une superbe plainte Dans l'Alexandrie des Ptolémée, plusieurs siècles après Périclès et après Démosthène, un rhétoricien inconnu (le « Pseudo-Longin », l'Anonyme) avait poussé une superbe plainte : être né en des temps tardifs et stériles et préconiser les moyens auxquels recourir pour échapper à la décadence. Le sublime traité...

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